Witt Jacques/Pool/ABACA

Tribune. Le retour de l’agitation  des rues avec les inévitables black blocs qui viennent chercher l’affrontement castagneux, colore d’une manière désagréable mais véridique la réalité politique de la société.

Sur un fonds de haine sociale qui déborde toute forme d’expression, la reconduction de celui qui passe pour le représentant de la finance n’est pas sans poser le problème de sa légitimité. Avec un vote qui a totalisé 13% des  inscrits, c’est peu, c’est à dire un tiers des suffrages exprimés en sa faveur, les deux autres tiers pouvant être raisonnablement attribués à Melenchon qui avait appelé à faire barrage à Marine le Pen d’une part, le conglomérat additionnel des verts, LR,  socialistes et communistes pour le dernier tiers d’autre part (13% X 3 = 39%).

C’est dur de peser peu. Pendant ce temps, la rue s’agite et le diable se profile. C’est le moment qu’a choisi Gallimard, venant aux droits de Denoël, son éditeur historique, pour publier le manuscrit retrouvé de Céline, intitulé fort à propos « Guerre« . A lire bien sûr, pour comprendre ce qui se passe.
Tout de jouera aux élections législatives, et peut-être même la guerre justement.

La cacophonie s’installe avec les refus de Hollande, Castaner, le Foll et quelques autres, d’entériner l’accord Melechon-PS.

De toutes façons la cacophonie est déjà dans le programme des « insoumis » qui vogue sur l’islamo-gauchisme en oubliant les martiales proclamations laïcardes d’antan de son chef aux couleurs bariolées d’opportunisme. « Paris vaut bien une messe » avait déjà dit le bon roi Henri IV. Donc Paris vaut tous les lieux de culte que l’on peut imaginer, Ô Clemenceau!

Le maître de céans, nouveau Prince de  Hombourg, va inaugurer sous peu un Palais rénové. Quel sera son Premier Ministre?

Avant les élections législatives ce n’est pas d’un intérêt profond de le savoir, vu que le gouvernement expédiera les affaires courantes. Après, c’est tout le débat des élections, et leur enjeu précisément. Le résultat sera capital . Chef des Armées certes, le President doit pouvoir s’appuyer sur le parlement et le chef du gouvernement pour agir en toute liberté vis à vis de ses alliés.

Doit-on lui laisser les coudées franches en lui accordant une majorité à l’Assemblée nationale ? C’est toute la question. Les électeurs ont la parole. La montée aux extrêmes n’est certainement pas l’intérêt de l’Europe et les tonitrueurs les moins susceptibles d’être de bons conseils en cette période où, plus que jamais, c’est de diplomates dont on a besoin et non de matamores. Il est toujours facile d’être héroïque avec la peau des autres.

Le dilemme qui se pose au Président est de savoir s’il compte mener la politique étrangère du pays comme l’avaient fait magistralement Jacques Chirac avec Dominique de Villepin pendant la guerre d’Irak ou Georges Pompidou avec Michel Jobert au moment de la guerre du Kippour, ou s’il va se laisser entraîner à suivre le fil défini par l’axe non dit Washington-Berlin qui remplace presque à l’identique l’ancien tandem Washington-Bonn de l’époque Kissinger-Willy Brant. Le voilà le danger. Il y va de la crédibilité de la France comme puissance nucléaire indépendante.

En 1973, Michel Jobert, Ministre des Affaires Etrangères avait déjoué avec subtilité et tact le piège répétitif de l’alignement atlantique que poursuivait la diplomatie américaine menée par Henry Kissinger. C’est toujours le même débat depuis le début de la V ème République, où, sous couvert d’Europe on ressert avec obstination sous d’autres couleurs la proposition illusoire de la communauté européenne de défense (CED). Le débat sera là à n’en pas douter, la France veut-elle d’un retour de Jean Lecanuet à la direction de ses affaires ou préfère-t-elle garder en main la maîtrise de son destin ?

Il est naturel que cette question se pose à la faveur du retour de la guerre en Europe. La France est née  d’un choix en 843 au traité de Verdun qui consacra la séparation de l’Empire de Charlemagne entre la terre de Royaume et la terre d’Empire. C’est l’acte de naissance  du Royaume de France.  Depuis cette date tous les souverains, Rois, Empereurs et Présidents ont eu à coeur de poursuivre le même dessein.

Il ne peut être question que la guerre étrangère modifie cette ligne qui est la colonne vertébrale de la nation française, sinon pourquoi avoir célébré le 8 mai ? Rappelons à cette occasion que le testament de Charlemagne est le premier document écrit en français, ce qui fait naître consubstentiellement le pays avec sa langue.

Le quinquennat qui s’ouvre sera jugé aussi à l’aune de la préservation de celle-ci. 

Jean-François Marchi

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