On n’a pas fini de reparler de ce que le trio Niel-Zouari-Pigasse vient de concocter pour partir à l’assaut des plus belles pépites de ce que notre tissu économique compte dans le secteur agroalimentaire ou de la consommation dite « durable, alternative et responsable », pour reprendre leur propre expression, et dont ils veulent devenir, ni plus ni moins, le champion européen ! Pourquoi pas, d’ailleurs ?

Prenez trois de nos meilleurs capitaines d’industrie. L’un devenu emblématique de l’entrepreneur français performant, Xavier Niel, qui a fondé de zéro l’un des plus grands opérateurs télécoms européens (Free). Présent au capital de multiples start-up, il est devenu un symbole, sorte de nouveau Bernard Tapie, la gouaille et l’émission « Ambitions » sur TF1 en moins.

Son action décisive dans le lancement de l’incubateur géant parisien Station F fait impression et également des émules. À l’instar du grand publicitaire Maurice Levy, emblématique ex- patron du géant mondial de la pub, le français Publicis (aujourd’hui dirigé par Arthur Sadoun), qui lui aussi lance un incubateur, L’Escalator, une excellente initiative.

Niel accompagné de son acolyte, le banquier d’affaires Matthieu Pigasse (ex Lazard), avec qui il avait repris notamment le quotidien Le Monde avec Pierre Bergé, récidive en s’alliant à Moez-Alexandre Zouari, la nouvelle coqueluche de la grande distribution hexagonale. En quelques années, Zouari a construit avec son épouse l’un des groupes les plus prospères du secteur. Se payant le luxe de mettre la main sur leader du surgelé, Picard, le couple Zouari, connu pour gérer au plus près tout en maintenant un esprit d’entreprise sans pareil, a même bluffé Niel himself !

Ce dernier, qui a visité certains Franprix parisiens aux aurores, a même lâché : « Chez lui, j’ai vu des salariés souriants et heureux, des magasins au sol clair et aux fenêtres ouvertes ! J’ai mieux compris pourquoi il cartonne, c’est un entrepreneur fantastique ! »

Une alliance modèle entre grands entrepreneurs grâce à l’effet de levier financier du SPAC

Bluffant ? Oui peut être, excepté pour les entrepreneurs performants qui savent que le succès se conquiert tous les jours sur le terrain et dans chaque magasin. Le formidable entrepreneur breton, Louis Le Duff, créateur de la Brioche Dorée, m’avait dit une chose un jour. Après lui avoir dit que « la difficulté, avec la presse, c’est que le produit change à chaque nouvelle sortie », la réponse du patron de Del Arte na pas tardé : « Tu sais, Robert, chez nous dans la restauration, c’est pire que dans les médias. Car, dans tous mes Brioche Dorée, il faut que je sois sûr que toutes les vendeuses aient bien le sourire et toute la journée. »

Bien vu, chaque secteur a ses difficultés propres, mais la règle commune, c’est qu’une fois la stratégie commerciale bien définie, c’est sur le terrain et dans le détail que les résultats s’obtiennent ! Les hommes de distribution comme Zouari le savent mieux que quiconque. Il y en a plein d’autres, d’Yves Rocher à Jean-Claude Bourrelier (Bricorama) ou Michel-Edouard Leclerc. Chaque soir, ils savent avec le chiffre des ventes de la journée si cela été bon ou non. Les résultats mentent rarement.

Tout cela , Niel et Pigasse le savent. Et s’ils sont visiblement conquis par la stratégie de Zouari, c’est qu’ils estiment que de l’alliance de leurs compétences peut sortir un carton. Réunir les talents, les réseaux, le métier d’un côté, la finance de l’autre : cela permet d’aller loin.

C’est d’ailleurs très exactement ce qu’avait entrepris aussi le fondateur de Free, dans un autre secteur florissant, celui de la production audiovisuelle, en s’associant au jeune entrepreneur normand Pierre- Antoine Capton avec Mediawan. En 3 ans, la pépite de l’audiovisuelle s’est muée en géant du secteur (un milliard d’euros de chiffre d’affaires) après une boulimie d’acquisition (26 au total, de Lagardère Studios à AB).

Visiblement, le nouveau trio veut récidiver dans un autre secteur, celui de la consommation durable avec M2X Organic. Sans parler de l’effet de levier financier qui devrait être le même, une vraie martingale. Rendez-vous compte, grâce à leur crédit, les trois associés mettront quelques millions d’euros et pourront lever pour leurs emplettes la bagatelle de deux milliards d’euros grâce à l’astucieux mécanisme d’une SPAC. Un véhicule d’acquisition (Special Purpose Acquisition Company) dans lequel le trio investira quelques 40 millions d’euros au total pour lever quelques 300 millions sur les marchés financiers, avec un effet de levier leur permettant d’investir quelques deux milliards d’euros dans une acquisition !

Les cibles de M2X Organic concernent l’agroalimentaire, le bio, le naturel ou le durable. Les trois mousquetaires parlent même de créer le « Tesla du consommer responsable ». Une magnifique initiative à prendre d’autant plus au sérieux que déjà rejoint par des managers de haut vol : à commencer par Cécile Cabanis, la directrice générale de Danone ou l’ex patron de Biocoop, Gilles Piquet-Pellorce.

Cela en dit long sur l’ambition du neo groupe de la « French food » qui, de surcroît, pourra compter sur un bon référencement dans les magasins du groupe Zouari (200 Franprix et Monop et 43 % de Picard). Certains estiment même déjà que le trio pourrait s’intéresser à un certain groupe Casino pour essayer de sortir la famille Naouri des griffes d’un certain Daniel Kretinsky (qui vient de franchir le seuil de 10 %), le fameux tycoon franco-tchèque qui lorgne aussi sur le quotidien Le Monde. Tiens comme on se retrouve !

Au delà de ces rivalités, une chose est certaine : cette initiative par sa forme et dans son fond reste une des plus intéressantes qui aient été générées par le capitalisme hexagonal ces dernières années. Elle devrait inciter d’autres capitaines d’industrie à emprunter ce même chemin. Ce serait formidable et certainement pourvoyeur d’emplois et de devises. La France a tout pour réussir, encore faut-il que ses entrepreneurs se mobilisent comme le font à grande échelle les promoteurs de M2X Organics !

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