Vincent Bollore

Nul ne songe à critiquer Vincent Bolloré de vouloir se défaire de ses activités logistiques en Afrique, et notamment de sa filiale Bolloré Africa Logistics. Une superbe entreprise de 20 000 salariés avec des terminaux portuaires et quelques concessions ferroviaires dans quelques 22 pays africains (Côte d’Ivoire, Togo, Cameroun, Guinée, Congo …) et un chiffre d’affaires global de 2,1 milliards d’euros.

On se souvient que le patron de Vivendi (24,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour l’ensemble de son groupe) n’a été que très mollement soutenu par les autorités françaises, c’est le moins qu’on puisse dire, quand il en aurait eu besoin. Le soutien aurait pourtant été nécessaire au regard de l’enjeu bien stratégique de ses positions portuaires de premier choix qui restent l’objet de convoitises multiples de la part des puissances dominantes. À commencer par la Chine qui outre la zone pacifique et aussi le Moyen-Orient, comme le rappelle Dominique Moisi, est en train de vouloir faire de la corne de l’Afrique sa zone de prédilection privilégiée.

Le patron de Vivendi qui, rappelons- le, a effectué une garde à vue en 2018 dans son propre pays pour une obscure affaire de publicité via sa filiale Havas, drôle de façon d’être remercié au passage pour tant d’activités, pour maintenir des positions françaises sur le continent, Et l’on peut saisir qu’au moment de quitter ses fonctions opérationnelles au sein du groupe familial, le magnat breton souhaite laisser à ses enfants un conglomérat de premier ordre dans le secteur des médias par exemple mais pas seulement.

Le groupe suisse MSC, de la famille Aponte, deuxième armateur mondial derrière le leader Maersk, et leader sur le marché des croisières, n’a pas tardé à réagir aux rumeurs de cession. Des informations que le magazine Entreprendre a été l’un des premiers à relayer dès le 18 octobre 2021.

Aujourd’hui, un accord d’exclusivité et une offre de reprise ferme a même été conclue avec l’armateur suisse. Elle a court jusqu’au 31 mars 2022. Ce qui donne largement le temps aux autorités françaises pour tenter de mettre sur pied une offre tricolore alternative s’appuyant par exemple sur le géant marseillais du fret maritime CMA – CGM du groupe familial Saadé.

D’autant que celui-ci, particulièrement actif ces derniers temps, a fait des activités portuaires un élément stratégique et complémentaire de son groupe. CMA-CGM vient ainsi de racheter le troisième terminal du port de Los Angeles pour 2,1 milliards d’euros. Pour pouvoir reprendre Bolloré Africa Logistics, l’entreprenant patron Rodolphe Saadé, troisième armateur mondial, pourrait être appuyé par Abou Dhabi, un petit état richissime du Moyen- Orient qu’Emmanuel Macron a visité récemment. L’armateur marseillais est également candidat au rachat du quotidien « La Provence » détenu jusque-là par Bernard Tapie.

Les cartes peuvent donc être largement rebattues. Vincent Bolloré, en habile et expérimenté négociateur qu’il est, le sait parfaitement et en joue opportunément en mettant le gouvernement au pied du mur et cela à quelques semaines du premier tour des élections présidentielles. La décision du gouvernement français sera scrutée avec d’autant plus d’attention par les candidats comme Éric Zemmour ou Marine Le Pen, et cela d’autant plus que la notion de souverainisme économique est revenue, à la faveur de la crise sanitaire, au premier plan des préoccupations des Français. Arnaud Montebourg ou Valérie Pécresse ne seront pas insensibles non plus à l’évolution de ce dossier, véritablement emblématique de la présence française sur le continent africain.

Vincent Bolloré ne s’y est pas trompé en indiquant vouloir continuer à afficher « une présence importante  » en Afrique francophone ne serait-ce que dans les médias avec Canal+, premier opérateur de télévision payante et aussi avec MultiChoice, premier opérateur de télé payante en Afrique anglophone dont Vivendi reste un important actionnaire

On se souvient qu’il n’y a pas si longtemps, le ministre de l’économie Bruno Le Maire n’avait pas hésité à mette tout son poids pour s’opposer à la vente de Carrefour à Couche-Tard, un groupe de distribution canadien, qui plus est,plus petit que lui. Il serait singulier qu’il ne fasse pas autant d’efforts pour maintenir les ports africains du groupe Bolloré dans le giron national. D’autant avec CMA- CGM, il peut s’appuyer en l’occurrence sur un groupe solide et
expérimenté.  Sur ce dossier emblématique, nous allons pouvoir voir, si en matière de souverainisme économique, le gouvernement se paye également de mots. Un désengagement d’Afrique pourrait faire vraiment désordre. Emmanuel Macron doit en être conscient.

Robert Lafont

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