Par Emery Jacquillat, président de CAMIF

TRIBUNE. Alors que la balance commerciale n’a jamais été autant déficitaire, atteignant son niveau historique le plus bas à 84,7 milliards en 2021, et que la France a perdu un demi-million d’emplois industriels en 10 ans, le « made in France » s’impose comme l’un des principaux remèdes. Ses bénéfices sont quadruples : création d’emplois, revitalisation territoriale, souveraineté économique et réduction des émissions de carbone. Si les Français y sont de plus en plus sensibles, il demeure des obstacles à faire tomber pour répondre aux aspirations croissantes.

Tout d’abord, afin de développer la consommation « made in France », il convient de le rendre plus visible : il est urgent de rendre obligatoire l’affichage du lieu de fabrication des produits manufacturés, mesure qui ne coûte rien et qui change radicalement l’orientation du pouvoir d’achat des Français en faveur de la fabrication locale. De même, la création d’un “score des achats français” affichant le pourcentage des achats « made in France » de toutes les entreprises faciliterait l’engagement des citoyens-consommateurs et l’attractivité des entreprises qui jouent le jeu. Il convient ensuite de rendre le « made in France » plus accessible, en baissant la fiscalité sur les produits écoresponsables et la réparation par l’instauration d’une TVA responsable plus basse, mesure entièrement financée par la fiscalité carbone aux portes de l’Union européenne.

Un grand fonds d’investissement du « made in France »

Côté production et afin d’accroître et d’amplifier les initiatives industrielles, l’État doit mettre en place un grand fonds d’investissement du « made in France » alimenté par la BPI, les dix entreprises françaises les plus riches et par l’épargne des Français. En outre, des territoires à mission, sur le modèle des sociétés à mission, dotés d’une raison d’être et d’objectifs sociaux et environnementaux inscrits dans le plan de développement économique du territoire permettraient de multiplier les projets d’écologie industrielle et territoriale, afin de tisser plus de liens entre tous les acteurs du territoire, faciliter l’innovation croisée et le développement de l’économie circulaire.

Ils faciliteront le financement des entreprises engagées et l’installation de nouvelles sur le territoire (notamment pour les projets de relocalisation), par la création d’un fonds d’investissement territorial. Ce dernier sera alimenté par la Banque des Territoires, les entreprises locales et l’épargne locale, pour aider au développement de start-up qui choisissent la fabrication française et le passage à l’échelle de PME.

L’innovation « made in France » est aussi à stimuler. Pour ce faire, il est indispensable de pérenniser sur dix ans un crédit d’impôt recherche (CIR) et innovation bonifié pour appuyer financièrement la recherche, la conception et/ou le développement de prototype des entreprises qui s’engagent à fabriquer en France.

C’est faire du « made in France » une source d’innovation durable et saisir les opportunités des révolutions digitales (e-commerce, robotisation, blockchain, industrie 4.0, IoT, Big data, fabrication additive…) et frugales (nouveaux modèles économiques, économie de la fonctionnalité, industrie servicielle, économie circulaire, écodesign…).

Nous ne pouvons plus tolérer l’importation de produits fabriqués par des enfants

Soutenir le « made in France » passe aussi par des exigences que notre pays doit porter au niveau européen. Ainsi, obtenir l’annulation de l’interdiction de la préférence locale dans la commande publique est impérative. Et en termes environnementaux, l’extension de la fiscalité carbone aux portes de l’Union aux biens de consommation dans le cadre du « Green Deal », actuellement négocié, assurerait, de son côté, une concurrence non faussée.

Enfin, il est plus que temps de rétablir un cadre de concurrence loyale. Cela passe par l’interdiction d’accès aux produits fabriqués en dehors d’Europe dans des conditions sociales contraires aux droits de l’Homme. Nous ne pouvons plus tolérer l’importation de produits fabriqués par des enfants ou des esclaves à l’autre bout du monde.

On le voit, l’enjeu du « made in France » se joue à tous les niveaux et ne peut que constituer une priorité absolue pour le futur locataire de l’Élysée. C’est pourquoi il nous faut remettre au cœur de la campagne un enjeu clé du prochain quinquennat: inverser la tendance (balance commerciale, désindustrialisation, perte d’emplois industriels et de souveraineté), en faisant du « made in France » un axe stratégique, engageant toutes les forces vives, citoyens, consommateurs, entreprises, territoires et État.

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