Pas courant de rencontrer une chef d’entreprise qui ne jure que par Margaret Thatcher : « C’est ce qu’il nous faudrait pour remettre en ordre notre pays. Comme l’a fait la Dame de fer au Royaume-Uni (de 1979 à 1990). Ne pas plier face aux syndicats ou aux corporatismes avec le sens du devoir et de la patrie chevillé au corps… ».

Les propos sont cash tant Laëtitia de Ménibus-Gravier semble exaspérée face à l’impéritie de nos dirigeants. Même Zemmour n’a pas droit à ses éloges : « Il est courageux et dit beaucoup de vrai, mais pourquoi autant provoquer ? Moi, dans mon entreprise, quand je suis arrivée en 2003 :  c’etait simple, la boîte appartenait aux syndicats . C’est eux qui décidaient de tout, ils contrôlaient même les recrutements un peu comme à la SNCF ou l’EDF, et de père en fils. On en crève de ces arrangements. J’ai tout remis à plat. J’ai reçu des menaces de mort. Même les élus locaux ne jouaient pas le jeu. Or l’administration doit être au service de nos acteurs économiques et non l’inverse. Aujourd’hui, ils ont compris qui j’étais. Mon seul but : le bien de l’entreprise. D’ailleurs, les Français dans leur majorité en ont marre de ces syndicats subventionnés, non représentatifs et qui bloquent les réformes… » (sic)

Un discours musclé, totalement libéral et assumé comme on ne l’entend plus dans les petits cercles feutrés parisiens où il est de bon ton d’échanger globalement sur des sujets théoriques souvent éloignés des réalités de terrain. Un seul exemple, celui des retraites. Qui dit actuellement que tous les pays d’Europe sont déjà passés sans exception aux 62 ans minimum.

Au Gouffre de Padirac, impossible de ne pas voir les choses de face, ou plutôt au fond. Quelle aventure que ce gouffre de 250 millions d’années d’âge découvert par un spéléologue de renom au XIXeme siècle. Un certain Edouard-Alfred Martel (1859-1938), le fondateur de la spéléologie moderne, et qui eut le malheur d’oublier un jour dans un fiacre parisien ses papiers, ce qui fit le bonheur de l’arrière grand-père de la propriétaire actuelle , un certain Georges Beamish, (héritier des bières irlandaises du même nom), à qui il dit en lui rendant ses papiers : « Vous avez fait fortune dans la bière en Irlande, il y en a une autre à faire dans le Lot avec un gouffre propre à attirer des milliers de touristes.»

C’est très exactement ce qu’il en advient. Aujourd’hui, cinq générations après, avec 450 000 visiteurs chaque année, le site est devenu l’un des plus fréquentés du pays, non loin de ceux des jardins de Giverny d’un certain Claude Monet par exemple.

Situé à quelques encablures du fameux sanctuaire de Rocamadour, site religieux si fréquenté (un million de visiteurs par an), on reste quand même loin des circuits touristiques du Périgord noir ou de Sarlat. Ce n’est pas grave, cette femme de 53 ans, maîtrise de droit, ex-cadre de la finance, s’est prise de passion pour cette entreprise originale développée par ses aïeux . Laëtitia la parisienne va régulièrement sur place dans cette belle cité du Lot, non loin de Cahors et de la petite localité de Saint-Cirq-Lapopie, qui semble tant plaire à Brigitte et Emmanuel Macron. Cela ne suffit pas pour faire vivre une entreprise.

La patronne de la Société d’exploitations spéléologiques  de Padirac (250 actionnaires) s’est prise au jeu. Mieux, elle annonce un investissement massif de quelques 10 millions d’euros sur les infrastructures (restauration, hébergement, accueil, produits dérivés…).

L’idée est de proposer aux gens des expériences nature : « Observez ce que fait le Zoo de La Flèche dans la Sarthe qui veut faire dormir les clients aux côtés des animaux, des ours en l’occurrence. Ils font un tabac… ». Qu’on se le dire, le plus beau gouffre de France n’en sera pas un gouffre justement (10 M € de chiffre d’affaires et 150 salariés) et veut rester un pôle d’activité majeur. Le gouffre recrute en permanence mais ce n’est pas facile : « Ne me parlez pas de Pôle Emploi, qui ne sert qu’à payer les chômeurs, et reste incapable de me trouver le personnel, alors qu’avec les réseaux sociaux, c’est bien plus facile. Il faudrait les privatiser, mais là encore ce sont les syndicats qui font la loi…»

On y revient. Nos dirigeants d’entreprises n’ont plus le temps d’attendre que nos administrations se mettent au diapason de l’efficacité. Essayons d’écouter un peu plus ces patrons de terrain, surtout ceux qui réussissent à l’image de cette chef d’entreprise qui a l’immense mérite de vouloir porter une volonté commune de développement. En quittant « le Flandrin » (l’une des cantines préférées de Vincent Bolloré ou de Robert Monteux -Le Revenu), elle me dit (voir son interview sur EntreprendreTV) ne croire « qu’à l’unicité de la personne car on ne peut être loyal dans sa vie professionnelle si on ne l’est pas un tant soit peu dans la vie tout court ! ». À méditer aussi …

Robert Lafont

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