Par Marc Alpozzo et Emmanuel Jaffelin, philosophes et essayistes.

Tribune. Ceux qui liront ces lignes, s’ils ne sont pas seulement piétons ou vélocipèdes, admettront que ce que nous disons des routes est vrai. Il va de soi qu’elles se dégradent et oscillent entre le mauvais et le très mauvais état. Ce constat est simple : la voiture a été « maudite » par l’hyper-modernité, qui prétend aujourd’hui, au nom du climat et de la décroissance, s’en passer pour revenir au vélo ou à la trottinette, nous rebattant les oreilles avec la « responsabilité » de chacun quant au réchauffement climatique. Nous voyons déjà des enfants attachés à des vélos, lancés dangereusement en pleine circulation aux heures de pointe, gamins détrempés sous des trombes d’eau, etc. Il faudra nous expliquer où se niche là le progrès !

Depuis maintenant cinq ans, certaines personnalités politiques veulent lui « faire la peau » à la bagnole ! Elles veulent en finir avec la voiture, et tout autre moyen de locomotion (avion, métro, bus, etc.) c’est-à-dire chasser la voiture de notre société, d’abord dans les villes où ils rendent sa circulation insupportable – infaisable même ! – (on limite la vitesse à 30 kilomètres à l’heure, on bloque des voies de circulation conduisant à des embouteillages monstrueux, etc.) ensuite, sur les routes, que les autorités responsables[1] entretiennent peu et mal. Les routes vicinales sont ces voies qui relient les hameaux et les villages : moins fréquentées que les autres routes, ces voies accueillent néanmoins tracteurs et camions. Les moyens des mairies n’ayant pas grossis avec la suppression des impôts locaux (ou taxes d’habitation), il va de soi que, même les maires qui ne haïssent point[2] les voitures, ne trouvent cependant pas suffisamment de moyens pour entretenir leurs routes ; ils se contentent de quelques « réparations » des trous ou des espaces dangereux de « leurs » routes vicinales, laissant le reste de ladite route dans un état médiocre, voire pitoyable ! Or, ni les départementales ni les (routes) nationales ne font l’objet de plus d’attention, même s’il est possible pour les voitures d’y rouler un peu plus vite : les autorités y font également réparer les passages risquant de provoquer crevaisons des roues ou/et accidents de véhicules.

De nombreuses routes, par exemple, de la région parisienne, sont en si mauvais état qu’il faut éviter d’y accélérer, évoquant chez certains, l’idée que les pratiquer à cheval serait préférable à la voiture ; donc plutôt en carrosse qu’en bus, plutôt en chariot qu’en camion ! Disons-le tout net : l’état dégradé des routes françaises est le symptôme de l’entrée prochaine dans un Nouveau Moyen âge ! Même les vélocipèdes en ont ras le bol d’avoir mal aux fesses lorsqu’ils n’ont pas de pistes cyclables, devant alors emprunter une route qui signe la -route de la modernité !

Allez, soyons un peu grinçants, frustres et mal polis, ça nous changera de ces bigots bien-pensants qui réduisent volontairement leur esprit critique à un peu d’enthousiasme juvénile, prétendant que tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, comme on disait autrefois : plutôt que les auto-écoles et le permis de conduire, pourquoi l’État n’investirait-il pas dans des écoles d’équitation qui apprendraient aux jeunes adultes à monter à cheval ? En lieu et place du Code de la route, pourquoi pas plutôt un Code équestre ? Cela serait d’autant plus dans le ton de cette époque, que l’on cherche à nous faire régresser à tous les niveaux, prétendant qu’un vélo sous la pluie est plus responsable qu’une automobile, une maison en bois, ou pis un container, au milieu de la forêt, plus intelligent qu’un pavillon en pierre en banlieue, bref, si l’on nous interdit moralement la formule « C’était mieux avant ! », tous concourent à nous faire croire que cette formule est vraie ! Devant autant d’incohérences, d’inconsistances, les responsables politiques ne devraient-ils pas au moins sauver une partie de chaque route pour en faire des pistes cyclables lisses et adaptées à la sécurité de chacun, ce qui au moins, donnerait une forme de légitimité à ce projet débilo-écolo de survalorisation du vélo ?

Conclusion (provisoire) : comme aucun responsable politique ne lira cet article, disons aux lecteurs que les routes sont le nouveau gruyère politique que les chevaux continueront de saboter !

Marc Alpozzo
Philosophe, essayiste
Auteur de Seuls. Éloge de la rencontre, Les Belles Lettres

Emmanuel Jaffelin
Philosophe, essayiste
Auteur de Célébrations du bonheur, Michel Lafon


[1]– Les mairies pour les vicinales, les départements et les régions pour les départementales et, l’État pour les nationales, voire les autoroutes.

[2]– Certaines mairies, plutôt que de faire réparer les rues et routes de leurs villes, s’acharnent à y déposer des dos d’ânes, au nom de la sécurité !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

9 + dix =