Le conseil ne s‘adresse pas seulement au cinéma mais à bien des secteurs de notre économie.

La vérité va-t-elle venir du vieux sage du cinéma hexagonal, l’industriel lyonnais Jérôme Seydoux ? Un capitaine d’industrie, issu d‘un long héritage, celui d‘une grande dynastie industrielle et banquière   protestante Schlumberger, qui n‘a pas hésité, dans le passé, à venir soutenir des monuments de notre économie comme la compagnie UTA (de 1981 à 1990) dans l’aérien ou le football professionnel en investissant dans l‘Olympique Lyonnais aux côtés du méritant Jean- Michel Aulas. Son propre fils, Henri Seydoux, n’est-Il pas le remarquable entrepreneur de Parrot, devenu leader européen du drone professionnel (il vient aussi d’investir dans la webTV, Brut).

Aujourd’hui, le vieux lion de la finance, à 88 ans, représentant la dernière lignée du cinéma français à l’international, semble conserver toute sa flamme. Symbole de 120 ans d‘histoire du septième art, (inventé, comme on se retrouve, dans sa bonne ville de Lyon, par les frères Lumière), le président du groupe Pathé n’hésite pas à donner un dernier coup de pied dans la fourmilière d‘un secteur, très subventionné chez nous, celui du cinéma, mais qui tend à devenir, à l’entendre, trop dogmatique et replié sur lui-même.

Dans Le Figaro, Seydoux ne mâche pas ses mots. À l’écouter, nous serions devenus même « le Vatican du cinéma ! ».  « Un pays très dogmatique dont le régime actuel du cinéma diffère tellement de celui du reste du monde qu‘il devra se réformer en profondeur pour prendre en compte la réalité d‘un secteur qui a changé. »

Le président de Pathé préconise désormais de collaborer à plein avec les nouvelles plateformes. Comme il vient de le faire avec son film « Coda », tourné par Philippe Rousselet et produit par Pathé, le premier à avoir été diffusé en premier sur une plateforme, celle d‘Apple TV. Avant de pouvoir poursuivre son exploitation dans les salles.

Le dirigeant de Pathé fustige également la position anachronique, selon lui, du Festival de Cannes, « le dernier des Mohicans, seul Festival au monde à ne pas encore accepter les films produits par les plateformes ». Même s‘il fait toute confiance au président actuel de Cannes, Thierry Frémaux, pour pouvoir trouver rapidement les solutions.

Le président de la major tricolore exhorte plus que jamais le cinéma français à privilégier la qualité à la quantité. Pour lui : « il est facile de faire, en France, des mauvais films et très difficile d‘en faire de bons ». « D’ailleurs, nous n‘avons pas assez de talents pour produire 340 films par an. Et le CNC devrait arrêter de saupoudrer les aides pour davantage les concentrer. » Et de citer en exemple le dernier film talentueux « Notre Dame brûle » du réalisateur Jean- Jacques Annaud, qui est déjà vendu dans le monde entier.

Si l’on voulait généraliser, ou pourrait même dire que la situation est également du même ordre dans de nombreux autres secteurs d’activité où les rentes, les aides publiques et les dispositifs juridiques empêchent et paralysent une concurrence ouverte plutôt que de la favoriser entre les différents opérateurs. De fait, on favorise bien les rentes de situation.

Pour ne prendre que l’exemple de la presse écrite, secteur que nous connaissons bien, les pouvoirs publics s’évertuent depuis nombre d’années à multiplier les aides et subventions. Celles-ci sont captées en majorité par les grands groupes, une manne financière qui ne contribue pas voire empêche le renouvellement de l’offre éditoriale. Pour mémoire, un groupe de presse moyen comme Entreprendre (Lafont presse), éditeur indépendant de 50 magazines, également côté sur Euronext Growth, n’aura bénéficié depuis 20 ans d‘aucuns subsides. Et nous ne nous en plaignons pas.  Mais voir Le Figaro (Dassault) venir toucher 16 millions d’euros annuels fait désordre surtout quand il vient lancer ensuite, « Le Figaro Entrepreneurs ». Ce n’est qu‘un exemple concret de concurrence faussée …

Merci donc, Monsieur Seydoux de nous ouvrir les yeux sur des archaïsmes et dérives d’un système désuet qui, sous couvert de protection, constitue de fait des barrières au développement et à l’arrivée de nouveaux acteurs. Cela s’appelle l’émulation et la saine concurrence. C‘est cela dont nous avons le plus besoin aujourd’hui pour stimuler notre économie.

Robert Lafont

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