Guillin, l’entreprise du Doubs dont personne ne parle mais qui devrait être dans tous les esprits

La réussite industrielle de cette ETI française devrait ouvrir les yeux de nos dirigeants. La réussite de notre économie réside autant dans la Tech que l’industrie courante !

Guillin fait partie de ces entreprises que notre pays ferait bien de choyer et d’entourer de ses meilleurs soins. Ces fameuses ETI, (entre 250 et 5000 salariés) selon la terminologie inventée par Yvon Gattaz, dont notre pays dispose en bien moins grand nombre (5000) que ses voisins allemands (13000) voire italiens ou britanniques (10000).

Gilles Attaf, patron de la marque de costumes Belleville, nouveau président d’Origine France Garantie, et animateur hyperactif du mouvement FFI (Forces Françaises de l’Industrie) aux côtés Laurent Moisson, reconnaissent que la bataille de la réindustrialisation dans notre pays qu’ils appellent de leurs vœux aux côtés de bien d’autres (Ethic, Croissance Plus, BpiFrance, Entreprendre…) ne sera définitivement gagnée que lorsque la France comptera autant d’ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire) que l’Allemagne. On en est loin, il faut presque tripler ce chiffre d’ETI. Même si on le sait bien, dans notre pays, impossible n’est pas Français et que chez nous, tous les défis peuvent être relevés.

Observez le parcours d’une entreprise comme Guillin. Une PME qui a démarré en 1972 dans un garage à Lods, petit village de Franche-Comté dans la vallée de la Loue. Celui des beaux parents de François Guillin, 25 ans, qui remarque à l’époque dans une revue spécialisée que les barquettes aluminium thermoformées se développent à tout va, et qui essaye à son tour d’en produire dans son arrière-cour de pavillon.

 On connaît la suite, celle qui a permis à cette petite affaire, 50 ans après, de devenir leader en Europe. Et même si nos grands médias nationaux n’en parlent jamais à l’exception des Échos ou du nouveau Quotidien des Entreprises (lancé ces derniers jours). Pourtant, Guillin coche très exactement tous les attributs de l’ETI modèle, précisément celle dont notre économie a le plus grand besoin.

Fondée de zéro en 1972 et sans aucun financement externe, elle su construire son modèle économique en inscrivant sa croissance dans un secteur porteur et délaissé, celui de l’emballage agro-alimentaire pour en faire une véritable spécialité industrielle. Améliorant sans cesse les process, Guillin a collé au plus près aux besoins de ses grands clients tout en sachant les accompagner dans leur expansion européenne. D’où cette stratégie de croissance externe menée à marche forcée qui a permis à l’entreprise familiale de s’installer partout en Europe avec quelque 31 filiales déjà constituées à ce jour.


Une diversification tant géographique qu’en termes de savoir-faire avec la reprise en 2018 de Thiolat, spécialiste du carton alimentaire à Blois, ou de Gault et Frémont, fabricant important de sacs en papier ou de boîtes en cartons installé près de Tours. Et ce n’est pas fini. Le groupe familial côté sur Euronext, avec 741 millions d’euros et 3000 collaborateurs, vient de reprendre Ciesse Paper, dans la région de Mantoue, numéro un italien de celle en carton, avec 29 millions d’euros de chiffres d’affaires et 85 collaborateurs.

Un joli coup pour le challenger français, inventeur de la boîte à charnière en plastique, qui lui permet de mettre pied dans la péninsule italienne en s’adossant a une entreprise réputée leader de la barquette en carton pour fruits et légumes. Plastique ou carton, Guillin colle au plus près des besoins de ses clients dans un contexte d’emballage recyclage avec des objectifs affichés de 30% minimum de plastique recyclé.


Une réussite qui n’est pas sans rappeler celle de Raja, autre ETI française et familiale dirigée de main de maître par une autre femme, Danielle Kapel -Marcovici et qui réalise 1,2 milliards d’euros de ventes dans 19 pays avec ses solutions d’emballage pour les entreprises.

Tout cela n’est guère spectaculaire, on est loin des startups qui lèvent des centaines de millions d’euros, on est dans un créneau basique, celui de l’industrie courante, celui dont on ne s’aperçoit pas mais qui à la fin coûte ou rapporte des milliards d’euros à notre balance des paiements. C’est aussi sur ce type de produits courants que doivent se pencher nos ambitieux entrepreneurs d’aujourd’hui.

Demandez à François Pinault, lui qui a démarré dans l’industrie et le transport du bois. Ce peut être aussi bien le marché de la palette, n’est-ce pas Jean-Louis Louvel, fondateur normand de PGS palettes (800 salariés, 270 M€ de CA) ou celui de la brouette pour jardins Haemmerlin, l’alsacien (CDH Group) qui vient d’inventer la brouette pliable…Tout cela n’est pas rutilant, on est loin de BlaBlaCar. Et alors ?

Que nos économistes arrêtent de raconter partout que tout a déjà été inventé et que le seul horizon qui nous reste est celui de la Tech ou de la décroissance. Il y a tant de choses à faire et à entreprendre dans tous les secteurs. Certes, cela suppose un minimum d’enthousiasme. D’ailleurs est-ce un hasard, si Sophie Guillin, l’actuelle directrice général du leader européen de l’emballage alimentaire, place en effigie de sa fiche Linkedin la phrase suivante : « L’enthousiasme est une force qui vous pousse en avant et vous permet de vous réinventer sans cesse. »

Emballant, non ?
On ne devient pas ce qu’on ne met pas tout en œuvre pour devenir !

Robert Lafont

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