Il avait fait à la fois l’ENA et Polytechnique, cela ne l’empêchait pas de jouer de l’accordéon ou au football. Il adorait se mettre au niveau des gens simples. Il en faisait venir à l’Élysée à son bureau. Quand il partait en voiture, c’est lui qui prenait le volant. Un jour, en tant que président, il s’arrêta sans prévenir personne à la prison de Lyon pour saluer en personne quelques prisonniers !

C’est lui qui a permis aux jeunes de 18 ans de voter. Une mesure, qui lui a peut-être coûté sa réélection à la présidentielle de 1981 contre un Francois Mitterrand tout heureux de bénéficier des voix de la nouvelle génération. L’homme du « oui mais » contre de Gaulle au référendum de 1969 ne faisait décidément rien comme les autres. Celui qui était sans doute l’un des plus doués de la génération politique des soixante dernières années a sans doute souvent pêché par orgueil et par une certaine incapacité à mettre en œuvre ses idées.

Président social-libéral, ce réformateur à tout va n’a pas hésité aussi à aller contre son camp, à augmenter les impôts et les charges d’une manière insensée ou à ouvrir l’immigration. Jacques Poux, le journaliste de la première chaine de télévision qui l’interviewait lorsqu’il était ministre des finances, me confiait : « Giscard, un formidable théoricien, un conceptuel qui avait un défaut : croire qu’à partir du moment où une idée était bien énoncée, elle allait pouvoir être bien exécutée. De fait, c’est le plus dur qui commençait ! »

Le créateur du parlement européen et de l’ECU, ancêtre de l’Euro, avec son ami le chancelier Helmut Schmidt mérite d’être salué à son niveau. Si l’on veut être original, mentionnons par exemple, et c’est peu connu, sa formidable politique pour promouvoir l’industrie des télécoms en France (Minitel, grands ordinateurs, équipements…) que son successeur se gardera bien de poursuivre.

L’homme qui voulait convaincre deux Français sur trois eut du mal finalement à se faire aimer de ses compatriotes. Le moins que l’on puisse faire serait de baptiser le musée d’Orsay à Paris qu’il avait largement mis sur les rails en musée Giscard d’Estaing.

Son divorce avec Jacques Chirac marque encore les divisions actuelles de la droite. Il était sans doute trop intelligent pour être véritablement compris. Les attaques sur l’affaire des diamants gardent un goût amer. Son désir d’écrire des romans à l’eau de rose témoigne d’une sensibilité à fleur de peau. Un soir à la télévision, les téléspectateurs purent voir au « 20 heures » — il n’était plus président — un Giscard pleurer en direct sur le plateau. On venait de lui remémorer l’entrée des divisions allemandes à Chamalières ou à Clermont-Ferrand.

Il voulait marquer la rupture… Finalement, il aurait dû être d’avantage lui-même ! Victime du coronavirus à 94 ans, ce 2 décembre 2020, anniversaire d’Austerlitz, Giscard mérite tout notre respect. Depuis 1981, personne à la tête de l’Etat n‘a fait mieux…

Robert Lafont

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