Gilles-William Goldnadel : « La crise vient du fait que l’élite a perdu de sa superbe en se vulgarisant »

Chroniqueur à Valeurs Actuelles et au FigaroVox, l’avocat et essayiste analyse les failles de la société française dans son dernier ouvrage, Névroses médiatiques, le monde est devenu une foule déchaînée (Plon). Entretien avec un éditorialiste qui dérange.

Vous déclarez que le système médiatique est sous le « joug inconscient d’une idéologie névrotique ». Quels sont les rouages de cette mécanique ?

Gilles-William Goldnadel : Depuis plus de 20 ans, je n’ai de cesse de contester cette idéologie d’un pseudo anti-nazisme devenu fou qui opère davantage sur l’inconscient que sur le conscient. Je questionne l’inconscient collectif à travers les rôles stéréotypés qu’une certaine réécriture de l’histoire fantasmée a fabriqué. J’ai démontré à travers mes différents ouvrages qu’à partir des années 60, une folle confusion s’est emparée des esprits, notamment à travers le phénomène de Mai 68 au cri des « CRS SS ». On n’a cessé de seriner sur tous les tons à l’inconscient européen que l’Etat-nation occidental était d’une certaine manière le principal responsable du pire crime des temps modernes.

Comment le « culte victimaire », dont vous parlez dans votre ouvrage, s’est-il transformé au fil du temps ?

J’en suis arrivé à être convaincu que l’Occident post-chrétien, en quête d’une nouvelle religion, avait d’une certaine manière ressuscité une nouvelle crucifixion dans laquelle le juif en pyjama rayé aurait remplacé Jésus le juif. J’ai décrit ce système religieux avec un Panthéon de martyrs sur la croix fantasmée. Le juif en pyjama rayé aura régné un temps avant d’être descendu de la croix pour être remplacé par le Palestinien nazaréen à la suite de la guerre des 6 Jours et de la victoire militaire quelque peu insolente du juif dans le Sinaï.

Des martyrs non Blancs se sont ensuite succédés, et nous sommes arrivés aujourd’hui aux martyrs incarnés par l’homosexuel et la femme battue. De l’autre côté, dans le Panthéon noir, Adolf Hitler incarne le rôle de l’Antéchrist à qui Pétain, Le Pen, Salvini, Netanyahou et Orban ont succédé pour terminer par le mâle blanc hétérosexuel. L’homme occidental considère ainsi comme déshonorant d’avoir la même couleur de peau qu’Hitler. Il en a résulté une sourde honte inconsciente, dont aujourd’hui le racisme anti-blanc est la conséquence la plus insidieuse.

« Nous sortons enfin de la période post-shoatique où le Blanc avait honte d’être ce qu’il est »

Sommes-nous en train de sortir de cette séquence que vous qualifiez de « victimaire » ?

Oui. Il faut comprendre que ce système a été instrumentalisé des années durant par un pseudo antiracisme dévoyé qui a capitalisé professionnellement, politiquement et sociologiquement sur cette grille idéologique. Pendant des années, seul le Blanc pouvait être raciste, alors qu’il ne pouvait lui-même être victime de racisme, puisque d’une certaine manière, il en était le concepteur suprême. Nous sommes arrivés à ce triste et improbable exploit : ce pseudo antiracisme a réussi à inculquer à nouveau aux Blancs une conscience chromatique qu’ils avaient perdue.

Aujourd’hui, je pense que ce système idéologique est arrivé à son terme, y compris à travers le mouvement des « Gilets jaunes ». Nous sommes désormais dans une colère blanche (sic). Autrefois, c’était la banlieue qui était en colère alors que la périphérie blanche était reléguée, sa détresse étant très largement oubliée puisque tout élément compassionnel était uniquement provoqué par la misère non blanche. Nous n’en sommes plus là : le Blanc n’a plus honte d’être Blanc, sans heureusement pour autant en être à chantonner « I’m white and I’m proud ».

Nous sortons enfin de la période post-shoatique où le Blanc avait honte d’être ce qu’il est. Mais cette idéologie, qui est sans doute morte, est comme un astre éteint dont les rayons continuent malgré tout d’irradier, notamment la planète médiatique, incarnée par l’église cathodique qui continue de véhiculer la religion de l’anti-nazisme. Elle continue d’occuper une place de choix avec ses grands prêtres et ses petits clercs. Elle est encore capable de gagner, non pas la bataille des idées, qu’elle a d’ores et déjà perdue, mais de continuer à remporter la bataille des émotions pour un certain temps.

Elle est encore capable de montrer le corps d’un petit Kurde échoué sur une plage pour témoigner du drame des migrants et culpabiliser l’Occident, tout en cachant le corps d’un enfant tué lors de l’attentat islamique de Barcelone au nom de la pudeur. Elle ne veut pas montrer toute la crudité de cette attentat parce qu’il a été perpétré par un non Occidental.

Vous fustigez constamment les médias. Qu’attendez-vous d’eux ?

Je rêve de médias non religieux et j’aspire à ce que nous sortions de l’église cathodique pour encourager des chapelles pluralistes qui ne seraient plus dans le prêchi-prêcha mais dans le désir d’informer. L’église cathodique souhaite faire passer des lois anti fake news et explique qu’elle incarne le sérieux professionnel alors que les réseaux underground d’Internet (sic) favoriseraient la multiplication des fake news. Le syndicat FO de France Télévision m’a demandé de saisir le CSA, en ma qualité d’avocat, concernant la dissimulation du panneau « Macron dégage » dans un reportage de France 3. Les grands moyens de production d’information eux-mêmes n’hésitent donc pas à prendre de graves libertés avec l’information.

Comment voulez-vous que les gens ne soient pas en posture de défiance envers les grands moyens d’information ? Ils sont naturellement tentés de se réfugier dans la presse underground avec tout ce qu’elle a de bien, dans la mesure où elle est en capacité d’empêcher l’occultation de l’information, mais aussi avec tout ce qu’elle a de pernicieux en véhiculant de fausses informations et en contribuant à rendre le monde médiatisé complètement névrotique par son interactivité et son interconnexion.

« Le pouvoir politique semble avoir perdu pied »

Comment analysez-vous la colère des « Gilets jaunes » et l’étendue inédite de ce mouvement ?

Mon ouvrage vise à expliquer que les individus isolés, mais pour autant interconnectés en permanence entre eux de manière électronique et interactive, forment aujourd’hui une foule médiatique déchaînée comme toutes les foules décrites par Gustave Le Bon et Freud avec leurs caractères négatifs tels que la puérilité, le suivisme, la quête de sentimentalité, de convictions et de croyances, plutôt que que la vérité. Cette exacerbation des sentiments fait sortir tout débat politique ou sociétal en dehors du raisonnable.

Je n’ai pas l’impression que la crise récente des « Gilets jaunes » démente cruellement mon analyse. Les « Gilets jaunes » sont nés sur la Toile à travers l’expression de deux personnes qui parlaient isolément mais qui ont réussi à faire partager leur indignation et leur colère avec des centaines de milliers de personnes, et à former une foule médiatique qui a elle-même généré une foule physique violente ayant de nouveau donné naissance à une foule médiatique. Cette dialectique dont les raisons sont compréhensibles, nobles, et qui inspirent ma sympathie personnelle, a des effets polyphoniques et polymorphes pernicieux et hors de tout contrôle.

Comment sortir de cette impasse ?

Ma conclusion est d’un pessimisme mesuré. George Orwell indiquait déjà qu’on ne pourrait pas arrêter la machine. Il n’est pas imaginable de casser la télévision ni Internet, ces deux médias ayant par ailleurs des aspects très positifs dans la mesure où les gens d’aujourd’hui sont en effet infiniment plus cultivés et moins ignorants qu’il y a un siècle. C’est d’ailleurs tout le problème. La crise vient du fait que l’élite a perdu beaucoup de sa superbe en se vulgarisant. Il n’existe plus de culture classique, beaucoup moins de convictions fortes, tandis que dans le même temps, la base est devenue infiniment moins ignorante. Comment imaginer que ce nivellement à sens inverse, participant à faire se rejoindre les deux niveaux n’élimine pas l’autorité, le prestige et l’admiration ?

S’il n’est pas possible de casser la machine, il convient de préciser qu’elle a été alimentée depuis un demi-siècle par une idéologie névrotique, mortifère, injuste et moribonde. Si elle est remplacée par une autre idéologie dans la mesure où l’homme est un animal religieux qui a besoin de croyances, je souhaite modestement que la prochaine religion idéologique qui remplacera l’agonisante soit plus apaisée, moins systématique et moins stéréotypée. Il faut espérer d’une certaine manière que la machine médiatique qui véhiculera l’idéologie nouvelle soit pluraliste afin que notre monde soit moins déchaîné et frénétique.

La démocratie est-elle menacée ?

Je ne suis pas d’un optimisme fou, et la crise des « Gilets jaunes » participent à alimenter mon pessimisme. A la suite de la perte du prestige de tous les meneurs politiques, médiatiques, artistiques, je pense que nous assistons aujourd’hui à une forme assez dramatique d’ochlocratie en marche. L’ochlocratie, telle qu’elle fut décrite par les auteurs antiques, est ce gouvernement des foules censé précéder une période dictatoriale, précédant elle-même une période monarchique. Il est difficile de se prononcer sur le sujet car personne n’a connu une telle période ochlocratique en temps de paix. Le pouvoir politique semble non seulement avoir perdu la main mais il a aussi perdu pied.

« Je ne considère pas M. Viktor Orban et sa télévision comme plus liberticides que le système audiovisuel public français »

En Europe, l’opposition manichéenne opposant les progressistes aux populistes a-t-elle un sens ?

Je ne considère pas le populisme comme un gros mot, et par ailleurs, je n’ai pas à l’esprit d’exemple de populiste européen comparable aux populistes tels qu’on les a connus dans les années 30. Qu’ils soient noirs ou rouges, je n’ai pas d’exemples d’infraction flagrante à la démocratie. Je conviens cependant que les populistes sont les enfants peu distingués et peu décoratifs de l’idéologie qui a accouché d’eux.

Je vous mentirais en vous disant que je tremble devant le mouvement populiste. Cependant, je ne peux présumer de l’avenir… Je ne considère pas M. Viktor Orban (premier ministre hongrois — ndlr) et sa télévision comme plus liberticides que le système audiovisuel public français. Cela ne m’inspire donc pas de la crainte. Mais il est vrai, que dans un monde plus raffiné auquel j’aspire, je préférerais des personnages un peu plus nuancés.

Je crains malheureusement que le drame de l’époque fasse que nous n’ayons pas de figures très modérées. J’ai trop de respect pour les Etats-Unis pour penser que M. Trump soit emblématique des Etats-Unis. Il est cependant l’enfant des médias et du gouvernement pour les minorités, porté par un monde blanc en grande détresse économique, lassé d’être maltraité. C’est une réaction au sens littéral du terme, qui ne doit pas être maudite ni mal dite, mais décrite.

A l’avenir, sur quels éléments doit se structurer la société française ?

L’antiracisme dévoyé a accouché de l’obsession de la race dont je souhaiterais que nous sortions. Je suis favorable à un monde qui prendrait en considération les différences qui existent sans pour autant les exalter. Je suis partisan d’un monde qui ne considérerait pas qu’être victime soit un bienfait et une gratification et qui cesserait de cultiver l’art de la « martyrocratie ». Je milite pour un monde apaisé. La question identitaire est centrale pour l’Occident, même si on ne veut pas l’admettre.

Le président Macron lui-même a trahi sa promesse de débattre de l’immigration, cette dérobade est l’illustration même de ma théorie selon laquelle l’immigration est un tabou car la Shoah était d’une certaine manière un totem, au demeurant réprouvé par la tradition juive. Dans les années d’avant-guerre, l’être blanc (sic) se considérait comme supérieur à l’être non blanc (sic) au moins sur le plan intellectuel. En raison de la honte que j’ai décrite suite aux horreurs perpétrées sous Hitler, l’homme blanc s’est senti confusément inférieur à l’être non blanc au moins sur le plan moral. Je souhaite que désormais nul Blanc ou non Blanc n’éprouve un sentiment d’infériorité ou de supériorité, et que l’on cesse de capitaliser sur l’héritage successoral de la souffrance. J’aspire à ce que les enfants ne soient pas tenus pour auteurs des péchés de leurs auteurs.

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