Y aura-t-il bientôt encore un club de foot professionnel de Ligue 1 sous pavillon français dans les années qui viennent ? La question peut être posée après l’arrivée prochaine d’un consortium d’actionnaires largement américains pour reprendre le Stade Malherbe de Caen, qui évolue désormais en Ligue 2.

Le club normand présidé par Fabrice Clément sera cédé au fonds Oaktree, basé à Los Angeles, qui devrait investir dans le club du Calvados quelques 15 millions d’euros. Une manne bienvenue trouvée par le dynamique producteur télé Pierre-Antoine Capton, président de Mediawan (soutenu par Xavier Niel, le président de Free et le banquier d’affaires Matthieu Pigasse).

Originaire de Trouville (14), Capton pourrait devenir président et être assisté par Olivier Pickeu, Directeur Général et aussi par Jean-Francois Fortin, ex-patron historique du club et ex-président des Maîtres Laitiers du Cotentin. Cette annonce surprise intervient quelques jours après l’arrivée du fonds américain Redbird Capital Partners pour mettre la main sur le Toulouse Football Club détenu depuis 20 ans par l’entrepreneur Olivier Sadran, président du groupe de restauration collective Newrest, qui conserve 15 % du capital.

Marseille, Bordeaux, Lens, Nice…

Cela commence à faire beaucoup après la cession de l’Olympique de Marseille à l’homme d’affaires de Boston, Franck Mc Court (qui a déjà mis 220 millions d’euros sur la table, dont 48 millions pour le rachat) ou celle du vénérable club des Girondins de Bordeaux cédé lui aussi à un fonds américain, KingStreet — même si une rumeur de rachat par l’homme d’affaires Bruno Fievet, un financier de 51 ans associé à des entrepreneurs locaux, est sortie durant l’été. On sait aussi que le LOSC, le club de Lille présidé par l’habile Gérard Lopez, qui avait investi dans Skype et l’écurie de F1 Lotus, est l’objet d’un complexe montage financier international, sans parler de son voisin le Racing Club de Lens détenu par le financier franco-libanais Joseph Oughourlian, président d’Amber capital qui a déjà investi 40 millions d’euros dans les Sang & Or, et est également propriétaire du club de Padoue en Italie.

L’Olympique Lyonnais, seul club français coté sur Euronext, qui a fait appel à un fonds chinois (IDG minoritaire), est certes encore contrôlé par Jean-Michel Aulas, allié au clan Seydoux. On a appris récemment que Bahreïn devenait actionnaire minoritaire du Paris FC (Ligue 2) pour à peine 5 millions d’euros aux côtés du consultant social Pierre Ferraci. A Nice, c’est le milliardaire Jim Ratcliffe, magnifique patron du groupe pétrochimique Ineos qui a déjà investi 100 millions d’euros pour faire des Aiglons une place forte du ballon rond — il négocie aussi le rachat de l’usine Smart en Moselle pour sa nouvelle marque de 4×4 électrique, Grenadier.

Cela commence à faire beaucoup ! Certes, on le sait, le football pro est désormais un business international. La Premier League britannique donne un bel exemplaire d’ouverture aux capitaux étrangers, contrairement à la Liga espagnole contrôlée encore majoritairement par les socios, comme au Real de Madrid ou au FC Barcelone. L’Allemagne, de son côté, a carrément interdit toute prise de contrôle d’un club de Bundesliga par un groupe étranger. Au moins, c’est clair.

Il est dommage qu’aucun de nos grands entrepreneurs ne songent à investir massivement dans un club

Faudra-t-il bientôt ériger une statue à nos patrons de clubs résistant aux sirènes du financement étranger, à l’instar des Nicollin à Montpellier, du tandem Bernard Caïazzo-Roland Romeyer à Saint-Etienne, de Saïd Chabane (entreprise agroalimentaire Cosnelle) au SCO Angers, de Rani Assaf (numéro deux de Free) au Nîmes Olympique, de Waldemar Kita (Laboratoires Vivacy) au FC Nantes, du président du FC Metz, Bernard Serin, président de l’aciériste Cockerill, ou de Bruno Delcourt, président de la Dijonnaise de Voies Ferrées à Dijon (DFCO), de Denis Le Saint, président de Sainfruits au FC Brest, ou enfin de Marc Keller au RC Strasbourg qui a fédéré des entrepreneurs alsaciens.

Pourquoi pas ? Il serait tout de même dommage de voir qu’aucun de nos grandes entreprises ou entrepreneurs ne songent à investir massivement dans un club, avec tout le potentiel médiatique que cela apporte. On se souvient du succès de Canal+ avec le PSG il y a quelques années et des déboires de Jean-Luc Lagardère au Matra-Racing. En dehors de Bernard Tapie, puis Robert Louis-Dreyfus à l’OM, aucun entrepreneur d’envergure, du type Bernard Arnault ou Vincent Bolloré, ne s’est encore aventuré dans l’investissement massif dans un club professionnel. C’est dommage. Certes Francois Pinault a accepté de casser une de ses nombreuses tirelires pour remettre en selle le Stade de Rennes, mais c’est plus par solidarité avec sa région, la Bretagne, que par volonté d’en faire un géant dans la hiérarchie européenne…

Le football comporte une part de risques, que rechigne à prendre beaucoup de managers

Heureusement, les choses évoluent. Un club comme le Stade de Reims, relancé avec mérite par le valeureux transporteur, Jean-Pierre Caillot, mériterait d’être poussé par l’une des grandes maisons de champagne française, comme Taittinger ou Lanson. Cela aurait de la gueule à l’international ! J’avais essayé pour ma part d’investir, en 2009, dans le FC Lorient, juste avant que le financier Loïc Ferry ne prenne la main. Alors en train de lancer en kiosques Le Quotidien du Foot, j’estimais à juste titre que l’impact médiatique était intéressant. Malheureusement, l’arrêt prématuré, au bout de 6 mois, du deuxième quotidien sportif — intervenant après celui de mon ami Michel Moulin, qui avait lui lancé Le 10 Sport, avant de l’arrêter également, s’étant heurté aux mêmes problèmes de distribution que nous, chez les Relay notamment), nous a conduit à ne pas confirmer le rachat du club auprès de son président Alain Le Roch, patron des laboratoires AES.

Nos entrepreneurs ont-ils saisi le formidable impact et la résonance profonde d’un club dans l’opinion française, comme à l’international ? Certes, encore faut-il avoir des résultats… Après tout, personne n’a oublié la marque de poulets « Duc « (pourtant disparue) de Gérard Bourgoin à Auxerre, quand le créateur du mouvement patronal FEEF s’était investi en Bourgogne avec le concessionnaire auto Jean-Claude Hammel et un certain Guy Roux à l’AJA, repris aujourd’hui par un groupe d’emballages chinois à l’instar de son cousin doubiste, l’historique club du FC Sochaux racheté par l’obscur Nenking. Sochaux, un club resté longtemps dans le giron de Peugeot, même si la marque au lion ne sut pas vraiment en faire une vitrine pour l’international, mais plutôt un outil de motivation pour ses salariés du Grand-Est. Une occasion manquée, contrairement à son voisin allemand, le groupe Volkswagen, avec le Vfl Wolfsburg. Le football comporte une part de risques, que rechigne à prendre beaucoup de managers, contrairement aux entrepreneurs familiaux et régionaux. Mais il n’est jamais trop tard pour inverser la tendance. Ne négligeons pas ce merveilleux outil de communication qu’est devenu le football, tant au plan régional, national qu’international !

Robert Lafont

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