L’investissement d’Antoine Frey (photo), 48 ans, aménageur de centres commerciaux de plein air (neveu de Jean-Jacques Frey, entrepreneur à succès ,ayant constitué un patrimoine de 160 millions d’euros, et qui a démarré son empire – Compagnie Frey- à partir d’une simple grande surface d’électroménager But et Cash Entrepôt à Reims – , détenant aujourd’hui de nombreux vignobles , 260 hectares dont le domaine Paul Jaboulet-Aîné dans les Côtes -du-Rhône, Château Corton-André en Bourgogne et 45 % de la maison de Champagne Billecart-Salmon ) dans la filière bois française est à relever .C’est une démarche intelligente et typique de ce qu’il faut faire dans de nombreux secteurs pour redonner de la compétitivité à nos filières industrielles made in France . Certes , tout porte à croire qu’en ce moment la mobilisation des consommateurs va dans le bon sens . On revient de loin depuis les efforts méritoires d’Yves Jego et d’Arnaud Montebourg qui ont été les premiers dans la classe politique à fonder le label « Origine France Garantie »et qui en appellent aujourd’hui à la tenue d’un « Grenelle du made in France » . Il y a aussi les efforts louables de Fabienne Delahaye créatrice du premier Salon du Made in France ( MIF Expo – 80000 visiteurs pour sa huitième édition en 2019)et qui , chaque année gagne en qualité et en quantité ( voir son interview sur EntreprendreTV) . On note aussi les efforts de distributeurs qui dans l’aménagement de la maison , comme la Camif relancé par l’entrepreneur Emery Jacquillat ( avec une offre intégralement tricolore) ou la distribution de chaussures pour enfants comme le fabricant vendéen Pom d’Api voire le textile avec le normand Saint-James , le breton Armor Lux ou Le Slip Français. Il y en a tant d’autres.


Sans parler du secteur alimentaire, où les producteurs ( Charles & Alice ,Lucien Georgelin , Andros …) sont de plus en plus nombreux à arborer un fanion tricolore sur leurs emballages .C Discount fait toutes ses pubs sur l’achat made in France . Et c’est tant mieux , chaque consommateur peut donner ainsi libre cours à son désir de consommer français… Reste qu’au delà du BtoC , et c’est là que je voulais en venir , il y a le cas du BtoB , oui vous savez , les achats inter entreprises, qui n’est pas moins essentiel .On ne les voit pas , mais pour la filière made in France , ceux-ci sont au moins aussi importants que ceux du consommateur. Je me remémore ce que me disait le premier imprimeur français , Jean-Paul Maury , à la tête de Maury Sa . Tant , il n’arrivait pas à comprendre qu’un grand éditeur de presse ( en l’occurrence Lagardère) pouvait faire imprimer certains de ses magazines ( tels Psychologie magazine à l’époque en Allemagne) sans chercher à privilégier la filière de l’impression hexagonale . Cela le mettait d’autant plus en rogne qu’il venait d’acquérir précisément un site d’impression dudit groupe Lagardère , et que celui -ci , sans conscience industrielle, ne lui assurait aucune continuité de production .

Lorsque le belge Roularta mit la main surL ‘Express , la première chose qu’il fit , fut de délocaliser l’impresssion vers ses sites outre quievriains . Pour mémoire , Un groupe de presse comme Entreprendre Lafont presse ( 14 millions d’euros de chiffres d’affaires annuels ) fait imprimer la quasi totalité de ses 60 magazines auprès d’imprimeurs tricolores ( Desprez à Arras, Rotochampagne à Chaumont , Sib à Boulogne sur mer , Franche-Comté impression à Auxonne , Rotogaronne à Agen , ou Riccobono en région parisienne) . Ce n’est qu’un exemple , mais cela compte au final. Nos amis allemands ou italiens l’ont compris depuis longtemps et se sont fait une spécialité dans la constitution de filières intégrées . Nous raisonnons encore trop en sous-traitants isolés ou en donneurs d’ordre déconnectés les uns les autres . Où est la solidarité ou la fibre patriotique . C’est essentiel pour un territoire ou un pays , surtout dans le contexte actuel .
D’ailleurs , quand une entreprise est en difficulté , c’est l’ensemble de la chaîne du secteur qui est mise à mal . On le voit bien en ce moment avec les difficultés des sous -traitants d’Airbus ou de l’automobile,
Raisonnons global , filières et non plus seulement entreprises par entreprises .

Ce qu’opère actuellement dans la filière bois la foncière Frey pourrait servir d’exemple . Chacun le sait , bien que disposant du troisième massif forestier d’Europe , nous continuons d’importer massivement . Il est donc temps de mieux s’organiser . Antoine Frey , PDG de la foncière Frey , semble en être conscient et veut investir 36 millions d’euros pour mettre la main sur 4000 hectares de forêts dans notre pays. Il vient d’ailleurs de boucler sa première opération sur 120 hectares en Cote-d’Or.

Bravo à lui , car cet investissement est un premier pas pour structurer d’avantage l’ensemble de notre filière bois . Une démarche qui , si elle est amplifiée, peut permettre de disposer d’un bois made in France compétitif , aujourd’hui encore plus cher de 10 % si on le compare aux offres des menuiseries autrichiennes en particulier . .Cette intégration de l’amont de la filière ne peut qu’avoir un impact final positif sur le prix final des constructions bois . Des constructions qui ont le vent en poupe avec notamment son faible impact carbone . La foncière Frey veut faire à ce sujet de son programme d’aménagement commercial à base de bois de 49000 mètres carrés , prévus pour 2024 à Saint-Genis-Pouilly ( Ain) , situé à 8km de Genève , une vitrine de choix pour ses ambitions futures . Mais là , on touche du bois !

Robert Lafont

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