C’est l’une des perles du patrimoine viticole français. Ce vin haut de gamme a pourtant tendance à disparaître de nos tables. Heureusement aujourd’hui, certains entrepreneurs de premier plan développent une nouvelle vision pour ce nectar.

Le sauternes a beau être un trésor, il est passé de mode et les prix ont fortement baissé par rapport à il y a quelques années. Pourtant, si les vins que l’on qualifie de moelleux ont perdu en popularité en France, ils restent très appréciés par d’autres populations à travers le monde.

Des surfaces confidentielles

Les renaissances sont souvent provoquées par des ruptures. Le Sauternes, longtemps associé aux tables de fête et au foie gras, a peu à peu été délaissé. Aujourd’hui, ceux qui investissent dans l’appellation veulent casser cette image qui a fini par lui porter préjudice. D’autant que les surfaces consacrées à ce vin sont vraiment confidentielles : 1,7% des surfaces en Bordelais, les rendements sont bas, il devient donc urgent de changer son fusil d’épaule.

Des entrepreneurs incontournables

Bernard Magrez, l’autodidacte insatiable

Impossible de ne pas évoquer ce Bordelais de souche qui a fondé le groupe éponyme, propriétaire de vignobles à travers le monde. Cet ancien négociant n’est pas le descendant d’une dynastie comme on le voit souvent dans le monde viticole. Autodidacte, il crée dès 23 ans l’entreprise William Pitters et étend sa gamme pour la grande distribution.

C’est avec le nouveau millénaire qu’il décide de revendre ses affaires pour s’orienter vers des produits plus haut de gamme, avec une préférence pour le Bordelais et les Grands Crus classé tels le Pape Clément ou le Clos Haut-Peyraguey en Sauternes. Au total, son groupe rassemble une quarantaine de propriétés en France et à l’étranger. Autant dire que sa propriété de Sauternes n’est pas la plus importante avec ses 8,5 hectares, mais elle le passionne tout autant, d’autant que sa signature est « le Sauternes de ma fille ».

Certains se sont étonnés de cet investissement, sur un secteur en perte de vitesse, dont les rendements sont connus pour être largement inférieurs à la moyenne. Comme toujours, son diagnostic est clair et précis. Pour Bernard Magrez, ce vin souffre de sa spécificité, son goût sucré n’est plus à la mode et la plupart des domaines ont des surfaces très, voire trop, modestes. Difficile dans ces conditions pour les propriétaires classiques d’amortir une force commerciale à l’étranger pour vendre son vin, les principaux consommateurs se trouvant hors de France. Un écueil que son groupe ne connaît pas, jouant sur sa force et les synergies entre les quatre grands crus bordelais dont il est détenteur. Tout est dit dans l’analyse de cet homme d’affaires hors normes.

Silvio Denz, le Suisse amoureux de la France

Il n’est pas vigneron ! Au départ, cet homme d’affaires suisse a développé l’affaire familiale de parfumerie, avec succès. En 2008, il rachète en France la cristallerie Lalique, en grande difficulté, et parvient à la relancer. En parallèle, il intensifie ses investissements dans le vin, un secteur dont il est passionné depuis sa jeunesse, rachetant des domaines viticoles en Europe et dans le Bordelais en particulier. Parmi ces derniers, le Château Lafaurie-Peyraguey, un Premier Grand Classé en Sauternes, qui travaille en bio et dont les premières vignes ont été plantées en 1618. Ses ambitions étaient claires dès le rachat en 2014, et il les met en musique depuis.

A l’instar de ce qu’il a fait avec Lalique, il a créé un endroit phare du « savoir-faire et du savoir-vivre à la française ». Il vient ainsi d’ouvrir une boutique hôtel et un restaurant gastronomique, une belle façon de fêter les 400 ans du domaine et d’attirer sur place des clientèles asiatiques. Comme les autres producteurs de Sauternes, il cherche à séduire d’autres cibles, par exemple avec une nouvelle offre du domaine en vin blanc sec et rosé. Silvio Denz joue également à fond la synergie avec Lalique, ses merveilleux flacons, les parfums, l’art et le monde du vin. L’an dernier, l’homme a racheté en association la plus ancienne distillerie d’Ecosse, The Glenturret, faisant une alliance entre le cristal d’Alsace, l’or du Sauternes et celui du whisky.

Derek Smith, le Franco-Américain méconnu

Le grand public le connaît peu. Cet autodidacte américain par son père et français par sa mère, est pourtant un entrepreneur de poids dans notre pays. Son groupe a un nom prédestiné : « Trésor du patrimoine » avec des activités étonnantes, telles que les monnaies et médailles, ainsi que la vente de livres d’art. Mais c’est en 2007 qu’il apparaît aux yeux du public avec la reprise de l’Homme Moderne au tribunal de commerce qu’il réussit à redresser. Le groupe est aujourd’hui un acteur de poids de la vente par correspondance et le e-commerce de produits divers dont le secteur alimentaire avec des produits du terroir dont le foie gras et le vin, via le site viniphile.fr qui traite quelques huit millions de bouteilles, avec possibilité d’étiquettes personnalisées !

Cet entrepreneur au physique séduisant, dominant avec ses presque deux mètres, a aussi un grain de folie, car son plus grand désir est de relancer le Sauternes, un vin qui a perdu de son prestige au fil des années, notamment auprès des plus jeunes. Il se définit comme un combattant lorsque l’on évoque son domaine de Sauternes, le Château Rayne Vigneau, cru classé, acheté en 2015.

A.F.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici