On entend trop dans notre pays ceux qui revendiquent et se plaignent, et rarement ceux qui construisent et bâtissent : à l’image d’un certain Louis Le Duff, bâtisseur à partir de zéro d’un véritable empire de la restauration et de la viennoiserie (2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, Brioche Dorée, Del Arte, ou Bridor).

C’est un entrepreneur discret, trop discret. Eu égard à son magnifique parcours, il m’arrive de le lui dire directement. Déjeunant occasionnellement avec Louis Le Duff depuis un certain nombre d’années qu’il a entamé son formidable parcours au long cours. Au départ, il donnait des cours de gestion commerciale à l’Esc Rouen.

Et souvenons-nous bien qu’ il Il n’a pas tout réussi non plus. Au début, sa première boîte de restauration collective ne fut pas un grand succès, un vrai bide. On est loin du parcours à la Sodexo du marseillais volubile Pierre Bellon (qui vient de nous quitter). Mais Le Duff est breton : il n’abdique pas. Grand sportif devant l’éternel, il ne manque pas de se faire ses 100 km en vélo chaque week end. On ne se refait pas.

Quand il vous donne un rendez-vous le matin à La Coupole à Montparnasse, son quartier parisien, c’est à 7 H30 du matin et non pas à 9h30 comme beaucoup à Paris au Fouquet’s ou au Murat. On ne se refait pas. Ce Marathonien est taillé pour l’énergie et le travail. Le parcours de cet entrepreneur au long cours de 75 ans est vraiment emblématique. En 1976, Il ouvre un premier commerce Brioche Dorée à Brest avec 1500 euros en poche. On connaît la suite.


D’ailleurs, voilà un homme qui n’a rien inventé.: ses restaurants rapides avaient été déjà lancés par d’autres ; Mac Do ou La Croissanterie. Voilà quelqu’un qui n’a pas surfé non plus sur l’essor d’internet ou du e-commerce ; Il a ouvert des boutiques en dur. Voilà un homme qui n’a pas levé d’argent auprès des fonds. Il détient encore aujourd’hui 100 % du capital de son groupe. Bref, voilà un chef d’entreprise d’exception qui, toute sa vie, s’est obstiné à suivre sa voie initiale sans s’encombrer à voir si c’était à la mode ou dans l’air du temps. La leçon est à méditer.

Elle me rappelle celle de Guy Merlin, le promoteur immobilier qui,dans les années 70, s’est obstiné à construire des résidences de loisirs bon marché sur les plages désertes de Vendée ; ce qui a l’époque effrayait les banquiers qui lui prédisaient le pire.Surtout au début !

« N’écoute jamais ce que te conseillent les banquiers  » n’avait glissé un jour à l’oreille l’indomptable grand couturier Pierre Cardin. Je dois par honnêteté avouer que je ne l’ai pas forcément écouté à mon tour. Il faut faire soi-même les erreurs pour être convaincu que ce sont bien des erreurs. Le plus simple est de chercher à entendre un maximum de personnes et d’avis mais à la condition de savoir arbitrer et synthétiser soi-même ensuite.


Nul doute que de son côté, Louis Le Duff aura fait un peu l’inverse du parcours actuel de ces jeunes startuppers dont la presse economique raffole tant actuellement. A juste titre d’ailleurs, car la French Tech fait un bien fou à notre économie.dans son ensemble  Mais à une condition : de ne pas nous éloigner des secteurs traditionnels, activités qui n’ont pas toujours bonne presse : les barres chocolatés (Cemoi) les sablés bretons (Saint- Michel), les chariots- élévateurs,(Manitou) les machines à vendanger (Pellenc) les meubles pour chambres (Gautier) les bateaux (Beneteau, Catana …) les briquets (Bic), les collants (Weill). Bref, tout ce qui fait l’économie ou la grande consommation. De ce point de vue, Le Duff reste un modèle. Et on n’en parle pas assez. Alors quand le roi français de la Brioche dorée et du croissant au beurre nous fait connaître son rachat du fabricant nord-américain de viennoiserie Lecoq Cuisine (60 millions d’euros de chiffre d’affaires, 260 salariés,)  ne boudons pas notre plaisir. Ses activités complètent parfaitement celles des boulangeries industrielles de son grouoe et de sa filiale Bridor, déjà présente au Québec ou aux USA.


Les conquérants industriels à l’assaut de la nouvelle Amérique ne sont pas si nombreux que cela. Il n’y a qu’à voir l’ampleur de notre déficit extérieur. Et de ce point de vue, il est certain que les croissants ou le pain brioché valent autant si ce n’est plus que les logiciels de gestion pour ne prendre que cet exemple. Alors pour tout cela,  merci Monsieur Louis ; vous qui venez de confirmer un programme d’investissement massif de 250 millions d’euros dans la création d’une nouvelle usine de viennoiseries avec 500 empois crées à Liffré, près de Rennes. Et surtout, ne manquez pas aussi une occasion de témoigner de votre parcours. Cela pourrait faire du bien à notre nouvelle génération. Notre pays a tellement besoin de ce type de sagas dans lesquelles n’importe qui peut s’incarner. Un vrai rêve français, j’allais dire breton.

Robert Lafont

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

18 + 3 =