On peut très bien être racheté par un grand groupe et conserver tout son dynamisme. Sans doute une bonne nouvelle pour les 1 500 collaborateurs de Prisma Media, le groupe de presse leader (300 millions d’euros de chiffre d’affaires), avec ses marques fortes (Femme actuelle, Géo, Voici ou Télé Loisirs ..) qui devraient tomber prochainement, pour quelques 160 millions d’euros, dans l’escarcelle du magnat Citizen Bolloré, même s’il reste une dette de l’ordre de 70 millions d’euros à honorer vis-à-vis de l’actionnaire. L’investissement reste modeste eu égard à la hauteur de l’enjeu.

Prisma Media qui, en 2020, aurait perdu la bagatelle de 53 millions d’euros à cause du dépôt de bilan de Presstalis, était la cible idéale. Vincent Bolloré ne se l’est pas laissé dire deux fois. Profitant de la tétanie de ses principaux concurrents, il n’a jamais semblé aussi actif qu’en période de confinement. Une belle leçon au passage pour d’autres patrons frileux et sans ambition. Pas rassasié par sa campagne d’Italie et ses nombreux chantiers en cours (Mediaset, rachat des droits du foot par Canal après la faillite du groupe Mediapro, montée au sein du capital du groupe Lagardère…), l’insatiable magnat breton de Vivendi met la main pour une somme raisonnable (d’autant que la rentabilité est de l’ordre de plus de 10 %, avec un résultat de 42 millions d’euros en 2019 !) sur l’un des principaux groupes de presse français.

Vivendi va faire jouer les synergies avec Canal, Editis et Universal

Un groupe en l’occurrence allemand puisque détenu jusque-là par le géant européen Bertelsmann (propriétaire en France de la chaîne de télévision M6). Au passage, notons aussi qu’il n’est pas tout à fait indifférent que le premier magazine économique du pays (Capital loin devant Challenges, Les Échos ou Entreprendre) retourne dans le giron tricolore. Bizarrement, personne dans les médias ne porte attention à cet aspect des choses. C’est un autre sujet !

L’enjeu quand une structure est reprise par plus grosse qu’elle, c’est d’arriver à pouvoir conserver sa dynamique, sans se laisser aspirer par le contrôle et la technocratie. Demandez à Lagardère justement. Il y a quelques années, l’héritier du groupe Hachette mit la main à prix d’or sur des sites sportifs qu’il ne su pas faire prospérer. Idem d’ailleurs pour le groupe Bolloré avec certaines reprises dans le secteur du jeu vidéo !

Le rachat de la Redoute par les Galeries Lafayette montre que les alliances peuvent réussir

Comment garder l’esprit pionnier ? C’est toute la question. Elle ne se pose pas visiblement aux Galeries Lafayette. Le géant tricolore des grands magasins (4,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires), détenu en partie par la famille Moulin, a non seulement récemment mis la main sur une de nos pépites à du e-commerce, La Redoute (870 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019). Mais le géant des grands magasins est en train de la dynamiser avec le lancement d’un site d’articles de seconde main, plateforme d’échange de produits d’occasion entre particuliers.

Baptisé « La Reboucle », les Galeries Lafayette ne veulent pas laisser le monopole de ce segment de la vente d’occasion si porteur et sur lequel s’est engouffré avec succès le site lituanien Vinted, déjà placé dans le top 5 des sites marchands les plus consultés en France !

Prisma Presse et Bolloré, La Redoute et Galeries Lafayette : plus modestement,  nous avons relancé récemment avec l’ancien patron de France Soir, Georges Ghosn, le célèbre magazine VSD. Un titre d’actualité que, justement, comme on se retrouve, Prisma Média n’avait jamais réussi à équilibrer. L’avenir dira si l’alliance de deux d’entrepreneurs indépendants (Georges Ghosn et Robert Lafont) parviendront à faire mieux avec assurément moins de budget !

Le rachat d’une PME par un géant n’est jamais une garantie de succès

Si disposer de moyens n’est jamais garantie de succès, en manquer peut être un moyen qui pousse à être bon. En revanche, la reprise de jeunes pousses ou de PME par des grands groupes n’est jamais une sinécure. L’objet est d’arriver à conserver les qualités de la petite structure en disposant des moyens de la grande.  Tout l’art du management… Savoir optimiser.

Robert Lafont

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