En rachetant Maui Jim, Kering abandonne-t-il les montres pour devenir le géant mondial des lunettes de luxe ?

François-Henri Pinault, président-directeur général du groupe Kering

La question mérite d’être posée depuis la cession, en ce début d‘année, de ses prestigieuses marques suisses d’horlogerie comme Ulysse Nardin ou Girard Perregaux. Une vente, interprétée par nombre d’observateurs, comme un désengagement du groupe Pinault de son activité de montres de luxe.

On se souvient aussi que, pendant longtemps, le groupe Kering a lorgné sur la marque française haut-de-gamme Richard Mille (fondé par l’ex Dg des montres Mauboussin) sans avoir jamais réussi à parvenir à ses fins et à mettre la main sur l’horloger de l’avenue Matignon à Paris, marque préférée du tennisman Rafael Nadal.

En reprenant la prestigieuse marque américaine indépendante Maui Jim, label mythique des montures solaires lancé à Hawaï en 1990, (352 M€ de chiffre d’affaires dont 85% rien qu’en Amérique du Nord et 1050 salariés), Kering Eyewear montre qu’il ne vient pas dans l’optique de luxe pour faire de la figuration. Intervenant après le rachat de la prestigieuse marque Lindberg en juillet dernier, la reprise de Maui Jim place d’ores et déjà Kering, avec un milliard d‘euros de ventes cumulées, en position d‘authentique challenger du leader mondial, selon son PDG Roberto Vedovotto, face à EssilorLuxoticca.

Le groupe franco-Italien disposant, de son côté, de marques attractives comme Chanel, Bulgari ou Ray-Ban, n‘a pas hésité à prendre pied récemment dans la distribution avec le rachat de GrandVision et de ses 18000 magasins dans le monde (Solaris, GrandOptical). Reste à voir si Kering et ses belles griffes (Saint Laurent, Gucci, Chloé ou Montblanc) suivra la même stratégie.

Après tout, certains réseaux de distribution indépendants à l’image d‘Alain Afflelou ou d’ Optical Center pourraient s’avérer être des cibles tentantes. Nous n’en sommes pas là d‘autant que Kering Eyewear (dont Richemont – Cartier – détient 30% des parts) doit aussi compter avec la concurrence menaçante de son rival tricolore, le géant LVMH, qui lui a emboîté le pas dans l’optique de prestige avec la création de sa filiale Thelios.

Le match du marché des lunettes de luxe ne fait donc que commencer, et on s’attend à une rapide consolidation. Et certaines marques à l’instar du prestigieux Vuarnet  (15 M€ de ÇA, détenu par le fonds de Daniel Belhassen, NEO Investments Partners) qui vient tout juste d’annoncer un partenariat avec le fabricant jurassien Julbo en vue des JO de 2024 a Paris, pourraient donner lieu prochainement à de belles surenchères. Ouvrons l’œil !

Robert LAFONT

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