En passant son temps à se justifier, Nicolas Sarkozy révèle son formidable appétit de pouvoir


En 2011 , lors des présidentielles , l’inénarrable Jean-Luc Mélenchon, candidat déclaré du Front de gauche ( devenu depuis « Les Insoumis «)  avait traité Francois Hollande de «  capitaine de pédalo par temps de tempête! «  . Ce qui n’avait pas empêché ce dernier de l’emporter tant nos concitoyens semblaient avoir besoin de se reposer un tant soi peu de la période «électrique » d’un Sarkozy dont la boulimie d’action en tant que président ne semblait n’avoir  d’égal que l’emportement avec lequel il s’emparait des différents dossiers . Au risque de se répéter , un Chef d’Etat , qui plus est en France,( pays sans doute le plus centralisé et le plus administré au monde , ) requiert des qualités de management que n’ont pas spontanément nos présidents ( Giscard, Chirac, Hollande…) dont  la carrière se construit plutôt sur un cumul d’expériences d’élus ou de grands commis de l’Etat au sein d’administrations ou à la tête de ministères . Ce qui ne prédispose pas forcément à la direction du pays .Sarkozy semble en être conscient et de prôner dans son livre à propos de  l’Education nationale  «  une action déterminée de déconcentration et de régionalisation » d’une administration qui « s’est bunkerisée, politisée, refermée autour de bastions politiques portés par un sectarisme gauchiste ou syndical , dont l’idéal est devenu le conservatisme ou l’immobilisme. » ( sic)


Répétons-le, nos présidents ne sont pas formés à diriger un pays avec 300 fromages( au propre comme au figuré d’ailleurs) et ses millions d’agents publics . Le « mammouth « n’est pas facile à bouger comme disait un certain Claude Allègre, esprit courageux et indépendant , grand ami de Lionel Jospin  et dont l’Establishment a fini par avoir la peau in fine . « Malheur à celui qui dit la vérité « dit le proverbe  .
Nicolas Sarkozy donc , revenons-à lui puisqu’il le souhaite tant à la faveur de son livre best-seller de l’été ose un aveu singulier : « A compter du 16 mai 2007 , j’étais seul . Plus de lien hiérarchique, … j’étais seul à prendre et assumer la décision finale. « Quelle découverte !
C’en  est presque touchant voire  surprenant de la part d’un homme qui cherche à devenir président de la République et pas seulement en  se rasant ( cela date de l’adolescence) , comme il l’avait dit à la télévision au journaliste de tous les régimes, Alain Duhamel ,  qui animait déjà le débat télévisuel en 1971 « A armes egales « du temps de Georges Pompidou . Une longévité médiatique qui n’a d’équivalent que dans l’ex-régime soviétique. À moins que cela ne soit  dû au   talent de notre chroniqueur de tous les temps qui aujourd’hui continue d’officier à BFM , depuis que son compère Marc-Olivier Fogiel , le nouveau directeur de l’information, l’a rattrapé par la chemise !
Contrairement à Hollande , Sarkozy aime les tempêtes . Mieux il les recherche ; «  c’est l’histoire de ma vie . Tant de fois , j’ai cherché en même temps que redouté cette montée d’adrénaline qui accompagne chaque période de crise. » On le croit sur paroles .
Au début , en lisant son livre , je me demandai  si l’ex président ne parlait pas inconsciemment , et sans l’avouer , de Cécilia . Oui Cécilia Attias , son ancienne bien aimée dont  il fut follement épris ( n’hésitant pas à la piquer à son ami de Neuilly , un certain Jacques Martin , grand humoriste qui quand il s’en est apperçu , n’a pas trouvé l’histoire très drôle).
Cette  dernière lui donna du fil à retordre . Jusqu’au  jour où il pénétra à l’Elysee , Nicolas restait  convaincu  naïvement que les ors et fastes du palais de la rue saint honoré pourraient encore lui faire  renoncer à sa décision folle de le quitter . C’était mal connaître le cœur des femmes ( quand elles ont décidé quelque chose, difficile de revenir dessus , surtout lorsque cela concerne l’intime )  et en particulier celui de cette petite fille du fougueux compositeur espagnol  Albeniz qui visiblement a conservé de ses origines andalouses le sang chaud de celles qui n’abdiquent jamais . Le jour de l’élection, Nicolas candidat avait déjà dû batailler ferme pour qu’elle daigne accepter d’aller voter . Ce contre-temps  aurait dû l’alerter .Cela n’a servi à rien . Sarkozy aime les tempêtes  , il aime leur résister , là, il a été servi.
« Enfant , j’aimais les tempêtes ,.., je les craignais . J’en avais peur .Et pourtant , elles m’attiraient comme un aimant . » L’aveu est saisissant. Avec Cecilia , Nicolas n’aura pas pu juguler l’orage . Heureusement ensuite , son chemin croisa celui de la tendre et douce Carla ! C’est une autre chanson .
Drôle de  destin en vérité que celui de cet   homme ,qui plus que tout autre , aura toujours eu besoin que l’attention se porte sur lui :
« Très tôt , je fus convaincu que les temps calmes ne seraient jamais pour moi , que j’y serais plutôt moins performant que les autres , ou, en tous cas, que je ne pourrais pas m’y distinguer. »


Allez savoir pourquoi. À défaut de jouer les psychanalystes à deux balles , rajoutons que la force de caractère n’est plus à démontrer . Que son envie de revenir sur la scène politique transparaît  tout autant . . Au début de livre , la manière avec laquelle il explique comment il a remis la France dans le débat européen en réduisant à rien   le référendum sur Maastricht de 2005 est un grand moment de prestidigitation. Même s’il n’est pas douteux que la France avait besoin pour redevenir  un interlocuteur sur la scène européenne de gommer le vote de ses citoyens . Reste à savoir ce qui est plus important : le choix de la France ou le choix de l’Europe . La réponse n’est pas facile même si on ne peut s’empêcher de rappeler qu’il y a de nombreuses façons de la faire l’Europe . À commencer par celle des nations et des projets communs ! C’est un autre sujet , je vous l’accorde !
Si la force de caractère de Sarkozy reste hors du commun .Reste à savoir s’il veut gouverner pour satisfaire une conception de la vie , la sienne,  ou pour faire avancer le pays . Ce n’est pas incompatible . À l’heure des tempêtes , le capitaine n’a pas le droit de ne pas parler vrai , vite et fort . C’est peut être ce qu’il veut faire . Et lorsqu’il annonce  dans son dernier ouvrage que , pour la prochaine présidentielle, nos compatriotes ne se décideront qu’à l’été 2021 . On se dit que l’horizon  est bien balisé …

Robert Lafont

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