Dans cette période qualifiée sympathiquement de « trêve des confiseurs », il n’est pas inutile de penser, au-delà des nôtres et des êtres que nous chérissons, de songer aussi au pays et aux prochaines échéances qui se profilent à l’horizon.

Le moins que l’on puisse dire à ce jour est que cette échéance électorale ne se présente pas sous les meilleurs auspices qui soient. Déjà, ce maudit Covid risque de perturber sérieusement l’organisation de réunions et surtout de monopoliser les débats, empêchant de fait de porter attention aux problèmes majeurs qui oblitèrent le développement du pays depuis quelques 40 ans.

Ces maux principaux, nous les connaissons et ils ne datent pas d’Emmanuel Macron. Ils ont pour nom : gestion de l’Etat non contrôlée, surfiscalité, normes et réglementations, échelons administratifs trop nombreux, centralisation, poids des charges sociales, immigration incontrôlée, aides sociales dispendieuses, fraudes sociales, indemnités de chômage non contrôlées, droits de succession, justice laxiste et lente, prisons surencombrées, quartiers de non droit, gestion trop centralisée de l’éducation et des hôpitaux : j’en passe et des meilleures… Dans ce catalogue à la Prévert, chacun peut facilement rajouter un autre problème non réglé.

Notons au passage, sans faire de « poujadisme », que le fait que notre élite politico-administrative reste concentrée dans les mains d’un petit cercle étroit de haut-fonctionnaires tous issus d’un même profil, rajoute à la singularité du problème. D’autant qu’on retrouve ces mêmes énarques, pour ne pas les citer, à la tête de la quasi majorité de nos grandes entreprises comme vient de le rappeler à juste titre courageusement dans son excellent livre La mafia d’Etat (aux éditions du Seuil), Vincent Jauvert, un journaliste de l’Obs, peu suspect de complotisme. Un phénomène qui crée une situation unique au monde et ne facilitant guère la prise en compte d’un nécessaire changement pour le pays. Pour cette élite dirigeante placée au cœur de l’Etat aux delà des alternances politiques, tout va bien dans le meilleur des monde.

Arnaud Montebourg s’était d’ailleurs heurté en son temps en tant que ministre du redressement productif lors de la cession d’Alstom à l’américain GE, non pas au mur d’argent mais à un mur, celui des hauts-fonctionnaires, confortés par Manuel Valls et son cabinet de l’époque. Et il avait compris qu’il fallait faire revenir au plus haut niveau de nos administrations nombre d’autres profils plus diversifiés ; qu’ils soient ingénieurs, normaliens ou économistes.

Comme cela se pratiquait d’avantage du temps de de Gaulle ou de Pompidou. Conscient du problème, Mitterrand avait fait appel à Hubert Curien, Loïk Le Floch-Prigent, ou Pierre Bérégovoy et Chirac à Francis Mer à Bercy avec le résultat que l’on sait. Giscard avait ouvert la voie aussi avec le petit garagiste de Loudun, René Monory, autodidacte de son état, devenu ministre de l’Économie. On lui doit la libération des prix !

Finalement, la grande différence avec les  » Trente Glorieuses « , elle est de taille, est cette pratique du pantouflage systématique dans le privé, devenue pratique courante depuis. Quand vous choisissiez l’État, vous restiez fidèle à la haute fonction publique et pour une longue période et vous n’alliez pas dès votre carrière ministérielle interrompue, rejoindre les plus beaux cénacles du privé comme le font sans vergogne désormais tous nos anciens gouvernants éconduits à commencer par le premier d’entre eux, Édouard Phillipe et leurs collaborateurs sans retenue. Là aussi, force est de rappeler que Montebourg a montré l’exemple en refusant les propositions pour aller de zéro recréer des ruches …
Les Français sont de moins en moins convaincus que leur personnel politique reste  aussi dévoué qu’il le devrait. À certains moments, ils ont même l’impression fâcheuse que nos ministres sont d’abord la pour faire de la communication plutot que d’agir dans l’intérêt du pays et la résolution de ses problèmes fondamentaux.

L’interview accordé par notre président à notre confrère du Point pour nous parler religion et conscience est assez symptomatique. Avons- nous besoin pour gouverner d’un bel esprit plus que d’un dirigeant pragmatique et efficace ?

Pour être utile et fondatrice, l’année 2022 devra être celle où le débat politique national change de tonalité et ne se fasse plus simplement sur des petites phrases ou des postures mais sur des solutions pragmatiques et efficaces. Nos voisins allemands ou même suisses, devenus grande puissance industrielle et modèle de démocratie participative, attestent qu’il existe bien des solutions opérationnelles pour chacun de nos maux. Encore faut- Il que nos médias et notre personnel politique s’en emparent.

L’irruption mirobolante d’un Eric Zemmour sur la scène politique atteste que bien de nos problèmes ne sont pas réglés. À défaut d’être élu, ce qui est toujours possible, et au delà de ses excès, au moins peut- Il servir d’aiguillon à notre classe politique dans son entier, gauche comprise, pour sortir de ses lubies. On l’a vu sur le nucléaire où le président Macron a relancé le programme des centrales atomiques après avoir ingénument autorisé la fermeture de Fessenheim comme Francois Hollande avait cru bon de le faire.

On l’a vu aussi sur le sujet de la nécessité de créer un fonds souverain (avec l’épargne des Français), idée intelligente (demandez aux Norvégiens) reprise par Michel Barnier, ou d’exonérer les droits de succession pour les entreprises comme cela existe en Italie  ou en Allemagne. Une mesure essentielle si nous voulons pérenniser un tissus industriel familial et indépendant. Nous avons deux fois moins de PMI qu’outre Rhin.

Finalement, c’est la chance de Valérie Pécresse que d’incarner cette ligne concrète et pragmatique tout en sachant s’entourer d’une équipe solide, élément essentiel que le président sortant n’aura pas su faire de son côté avec les Benalla, Benjamin Griveaux, Nicolas Hulot ou Agnès Buzyn, préférant s’entourer de chevaux légers plutôt que de s’appuyer sur des grognards expérimentés. La France peut-elle se permettre de ne pas réussir son prochain quinquennat ? Assurément non.

Raison de plus pour ouvrir dès maintenant nos débats, c’est que nous faisons régulièrement dans nos principaux magazines Entreprendre, L’Evenement magazine, Globe ou Journal de France, en traitant de solutions de redressement plutôt que continuer d’alimenter la petite chronique des phrases assassines qui ne font que décourager un peu plus les esprits et nous préparer à l’impuissance. Ce qui n’est pas souhaitable.  Nous sommes tous dans le même bateau. Et nos amis médias (BFM, RTL, Le Monde, Le Figaro, TF1, France Télévision et tous les autres) doivent savoir qu’ils portent aussi une immense responsabilité dans l’irrépressible dérive de notre appareil public et de notre pays depuis plusieurs décennies. Car qu’on le veuille ou non, les politiques suivent les médias et non l’inverse. C’est regrettable mais c’est ainsi. Un phénomène qui n’est peut que s’accentuer avec le nouveau monde merveilleux des réseaux sociaux …

« Avoir le sentiment de mener une vie symbolique, d’être un acteur du drame divin, donne à l’être humain la paix intérieure. C’est la seule chose qui puisse donner un sens à la vie humaine. »
Carl Gustav Jung cité par Frédéric Lenoir dans son livre Jung, un voyage vers soi qui vient de paraître chez Albin Michel.

Robert Lafont

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