Par Emmanuel Jaffelin, auteur de l’Eloge de la Gentillesse (Bourin 2009, Pocket 2018) et On ira tous au Paradis (Flammarion)

Souviens-toi, lect-trice/eur que le spectateur autrefois regardait des Westerns, autrement dit qu’il contemplait des cow boys chassant les bisons dans de vastes prairies, alors qu’aujourd’hui il regarde des films de science-fiction dans lesquels les survivants craignent de se faire bouffer par les zombies qu’ils essayent de chasser hors de leurs faibles espaces de survie. De la prairie à l’espace de survie, comme du Bison au Zombie, le film change peu : il faut s’y battre. Le cinéma américain reste un combat !

Aux XVIIIe et XIXe siècles, les cow-boys (d’avant le cinéma !) voulaient vivre dans un pré sans danger et en chassaient les bisons. Le célèbre western Bison blanc[1] avec Charles Bronson, met en scène ce Wild Bild Hickock qui s’avère torturé par un cauchemar dans lequel il est poursuivi par un bison blanc qui sort de la neige et à la recherche duquel il part en état de veille pour le tuer ! En revanche, pour les Sioux, l’apparition d’un bison blanc est le signe que leurs prières vont être réalisées. A priori, le bison est vu différemment par un cow boy et par les indiens. Toutefois, dans ce film, un bison blanc surgit dans un village indien et tue l’enfant du chef sioux, invitant  celui-ci à venger sa fillette en partant tuer le bison. Dans ce film, le bison[2] blanc est une cible, mais il en est aussi le véritable héros. Pour les cow-boys, il est un anti-héros à abattre. Jules Verne écrit ainsi : « « Parfois, un grand troupeau de bisons se massant au loin apparaissait comme une digue mobile. Ces innombrables armées de ruminants composent souvent un insurmontable obstacle au passage des trains[3] »

Aux XXIe siècle, les bi-sons ne sont plus sauvages puisqu’ils se trouvent en élevages. Les films les plus fréquents ne sont donc plus des westerns, mais des dystopies, mélangeant l’horreur et l’action et dont les anti-héros sont des zom-bies, c’est-à-dire des produits de l’imagination littéraire et cinématographique représentant des cadavres humains réanimés par une contamination issue d’une infection biologique. Les zombies sont des morts-vivants qui courent moins vite que les bisons, mais qui sont anthropophages ! Dans l’Armée des Morts (par Zack Snider, 2004), le monde apparaît ainsi comme un cauchemar où la population est une foule de morts-vivants assoiffés du sang des rares survivants. Le film World War Z ou Guerre Mondiale Z au Québec, est un film américain sur les zombies, réalisé par Marc Forster et sorti en 2013. Il s’agit de l’adaptation cinématographique du roman éponyme de Max Brooks qui met en scène une terrible pandémie se répandant sur terre et dont les êtres humains contaminés renversent les armées.

Le film débute dans un embouteillage de Philadelphie où une horde de zombies apparaît. Gerry (Brad Pitt) parvient à ramener sa famille à Newark où un hélicoptère vient les chercher. Les survivants humains se retrouvent sur des porte-avions de l’armée où les places sont rares et chères car les zombies n’y ont pas accès. Gerry y laisse sa famille et escorte ensuite un scientifique en Corée puis en Israël pour chercher un « patient zéro[4] » afin d’élaborer un vaccin qui permettrait de stopper la contamination des zombies, Hélas, ce patient n’est pas trouvé. Rattrapé par les zombies, Gerry parvient à détourner un avion pour faire route vers le Pays de Galle où se trouve un laboratoire de l’Organisation Mondiale de la Santé. Gerry remarque que les zombies ne s’attaquent ni aux malades ni aux handicapés. Il s’inocule alors une maladie grave, mais curable qui lui permet de se protéger des zombies et de retrouver sa famille en sécurité au Canada.

Si les bisons sont aux westerns ce que les zombies sont aux dystopies et aux films d’horreur, la peur du virus dans ces films zombiesques n’est pas sans rapport avec l’époque du Corona ! En effet, il n’est pas étonnant qu’il y ait aujourd’hui plus de dystopies que de westerns ; et les bisons n’y sont pour rien. Le fait que le Corona soit partout dans le monde (pandémie) justifie le fait que les films sur les zombies se fassent dans tous les pays. En France, le film La Horde (réalisé par Yannick Dahan et Benjamin Rocher en 2010, donc avant le Corona !) montre un groupe de policiers et une bande de gangsters qui se trouvent coincés en haut de la tour d’un HLM par des zombies, ce qui amène les policiers et les truands à s’unir pour lutter contre le pire, les zombies. Comme si le virus invalidait les valeurs d’une société et effaçait la différence du Bien et du mal.  Quant au film coréen, Dernier train pour Busan (réalisé par Sang-Ho Yeon en 2016 ; également avant l’apparition du Corona), il est aussi question d’un virus qui transforme la population en zombies, virus que le jeune héros Soo-an découvre dans le train qu’il prend pour aller retrouver sa mère.

Si, des années 1930 aux années1980, il y eut des centaines de Western essentiellement produits aux Etats-Unis, force est de reconnaître que les zombies sont l’objet d’une production cinématographique plus frénétique que les bisons et les indiens ! Plus frénétique car son objet, le virus des zombies, est (dans la fiction) plus mondial que les bisons. Notons quand même que les films sur les zombies sont plus optimistes qu’ils n’y paraissent puisque ceux-ci ne sont pas réellement morts. Loin de l’éternité et de la résurrection ce genre de films n ‘est pas religieux, mais il s’efforce de relier la vie et la mort, ce qui est une manière artistique de nier la mort. Notons que le palindrome[5] qui unit en français comme en anglais le bi-son au zom-bie[6] explique le passage des westerns aux dystopies et nous invite à faire des bisous, non plus aux bisons mais aux zombies !


[1] – film sorti en 1977 : the white buffalo 

[2] – le bison est un grand mammifère de la famille des bovidés, dont les épaules, plus élevées que la croupe, le garrot, relevé en bosse, et la tête au front large et bombé, sont couverts d’une épaisse toison laineuse.

[3] – Jules Verne : Le Tour du Monde en 80 jours, 1873, p151

[4] – Un patient zéro, en épidémiologie, désigne la première personne d’une épidémie à avoir été contaminée par un agent pathogène (virus ou bactérie). Il permet de trouver le réservoir de la maladie, et d’identifier les personnes ayant été en contact avec lui. Il est donc important de l’identifier pour contenir la maladie.

[5] – le palindrome est une figure de style désignant un texte ou un mot dont l’ordre de lettres reste le même qu’on le lise de gauche à droite ou de droite à gauche ; exemple : Anna se lit pareil dans les deux sens. Pour bison et zombie, le palindrome est « phonétique »

[6] Le mot Zonbi signifie en créole « esprit » ou « revenant », tout en désignant également des dieux esprits des tribus africaines

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