Le défi est osé, mais l’entrepreneur breton de Vivendi pourrait relancer sa Blue Car… Jean Castex et Bruno Le Maire veulent faire de la reprise de Smart un symbole du renouveau industriel français !

Énorme coup de massue après l’annonce choc du groupe allemand Daimler décidant la fermeture de son usine ultra moderne Smart à Hambach en Moselle, employant plus de 1000 salariés et 600 autres 650 induits. Une décision surprise à laquelle personne ne s’attendait car cette usine devait faire précisément l’objet d’un investissement massif de 500 millions d’euros dans l’année pour produire dans l’hexagone, sur une unité ultra moderne de 150 000 mètres carrés, aussi bien les SUV Mercedes dès novembre 2020 que les fameuses mini citadines (20 000 véhicules par an).

Des atouts jugés insuffisants pour pouvoir lutter avec les prix ultra compétitifs du marché chinois ! Il est certain que la présence depuis janvier 2020 au capital de Smart du premier constructeur chinois, le géant Geely (50000 salariés, 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 2 millions de véhicules), qui a racheté 50 % du capital de Smart (après Volvo en 2010 et Lotus en 2017) a du peser de tout son poids dans cette décision. La chaîne de production devrait rester en fonctionnement jusqu’en 2024, date annoncée de la délocalisation entière de la Smart en Chine. Une vraie désolation pour l’industrie française même si Bruno Le Maire est dans son rôle en déclarant regretter qu’on mette fin à « un site symbolique de la relation industrielle franco-allemande. » Prenant soin de rajouter avec le calme qui caractérise le patron de Bercy que « Daimler doit garder toutes les options ouvertes, y compris de maintenir le site ! » On n’ en attendait pas moins du ministre français de l’économie.

Même si celle -ci reste d’abord et avant tout un rapport de forces. Et il est sûr qu’avec la crise du Covid, les actionnaires de Smart n’ont pas été poussés à faire du sentimentalisme, et préféré suivre la pente de leurs intérêts financiers ramenant la production en Chine. Un raisonnement assez irresponsable au plan social qui aurait dû à tout le moins être préparé ou mieux accompagné. Et même si l’on assure diplomatiquement que tout sera fait pour maintenir l’emploi et trouver un repreneur. Beaucoup en Moselle encore sous le choc de cette fermeture brutale restent dubitatifs. Le principal dirigeant du groupe allemand, Olla Kallenius, prenant bien soin de confirmer qu’il privilégiait bien toute discussion pour arriver à la vente du site industriel quitte à garantir à l’éventuel acquéreur un minimum de commandes en sous-traitance de Smart à produire.

Il y a des pistes d’espoir qui peuvent aussi apparaître. Après tout, cette usine ultra moderne peut servir de symbole à notre ambition affichée actuellement de reconquête industrielle. Pour le nouveau gouvernement, sitôt passé la déconvenue de l’annonce de la fermeture, la relance de l’ usine mosellane pourrait servir à montrer de la meilleure des manières le nouveau volontarisme économique de la nouvelle équipe Castex.

C’est dans cette optique que de grands industriels français sont actuellement sollicités : Renault, PSA, Ligier mais aussi l’entrepreneur Vincent Bolloré. À 68 ans, l’homme d’affaires breton n’a pas digéré qu’aucun grand groupe automobile n’ait adopté son modèle de batterie au lithium Blue Solutions, jugé pourtant compétitif, et fabriqué en Bretagne près de Quimper (Finistère) à Ergué-Gaberic avec 400 salariés. Après l’échec de la Blue Car et d’Autolib, l’industriel breton qui s’est recentré sur le marché des bus électriques (Heuliez, Daimler…), ne serait pas mécontent de prendre sa revanche. Et pourquoi pas de relancer lui même sous sa propre marque des véhicules électriques 100% made in France. Véhicules qui pourraient être fabriqués à Hambach dans l’usine ultra moderne de Smart et équipée bien sûr de batteries Blue Solutions. La boucle serait bouclée. Blue Solutions qui vient de racheter quelques 15 hectares sur le site de son usine du Finistère n’aurait pas de problème pour pouvoir agrandir son usine bretonne.

Dernier point, on vient d’apprendre que Bolloré vient de signer un important contrat sur trois ans pour équiper les cars Daimler en batteries Blue Solutions. Les deux groupes se connaissent et s’apprécient.

Pour réussir cette éventuelle audacieuse reprise, Il faudrait réunir au préalable au moins deux conditions. Que Vincent Bolloré trouve et dispose de financements (publics ou privés) à la hauteur de l’enjeu. On peut lui faire confiance de ce point de vue. C’est même devenu une de ses spécialités. Ne l’a-t’on pas appelé longtemps le « petit prince du Cash Flow. » Deuxième condition, qu’il puisse disposer d’un minimum de commandes garanties de véhicules à produire. L’arrivée à la tête de la municipalité de grandes villes de nombreux élus verts (Marseille, Bordeaux, Grenoble, Besançon, Poitiers ou Lyon..) pourrait lui ouvrir des perspect
ives inattendues. À condition que les mairies acceptent de participer à un plan de rééquilibrage en matière de transports électriques.
Reste enfin pour Vincent Bolloré à décider de se lancer sur ce dernier grand défi entrepreneurial, lui qui n’en manque pas avec Vivendi, Universal, Telecom Italia, Canal, Mediobanca, Havas ou le fret et l’énergie en Afrique…).

De sacrés challenges à relever. Mais n’est-ce pas à cette aune qu’on reconnaît précisément les champions industriels ?

Robert Lafont

2 Commentaires

  1. Merci pour ce bel article qui décrit bien la situation et l’attitude que l’on devrait avoir en France face à ces situations.

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