Entrepreneurs : comment faire face à l’imprévisible ?

En période de crise, si l’enfer est pavé de bonnes intentions, l’avenir n’a jamais paru aussi incertain. Encore que certaines tendances de fond apparaissent clairement ressortir de cette crise pas tout à fait comme les autres ; le recours au télétravail, le e-commerce ou les visioconférences. Au final on s’aperçoit qu’on peut continuer de vivre sans se voir. Ce qui pourrait être une désagréable surprise, tendant à démontrer que l’homme n’est pas un animal aussi social qu’il y paraît, permet au plan pratique à la société de continuer de fonctionner, et c’est une bonne chose. Sans mettre de côté les méfaits psychologiques que produit sur nombre d’entre nous cette perte de repères et de contacts.

Au plan économique, au delà du désarroi des secteurs interdits (restauration, tourisme, événementiel, culture,…), nos entrepreneurs ont la chance d’être la plupart d’entre eux habitués au changement et à l’adaptation permanente. C’est, chez eux, une seconde nature ! Hors secteurs protégés, je ne connais aucun chef d’entreprise qui ne se sache jamais à l’abri d’un retournement de conjoncture ou d’un autre aléas, commercial ou financier.

Sur ce plan, avec la pandémie, reconnaissons que nous sommes servis. Raison de plus pour garder en mémoire les propos du philosophe Charles Pépin sur le sujet, écoutons le : «La vraie vie, c’est d’être pris au dépourvu…Il y a trois bouées de secours. La première, arrêter de se crisper sur l’objectif, et se réjouir de chaque étape. La deuxième bouée, c’est la créativité qui nous permet,quand on est pris au dépourvu, d’inventer quelque chose de meilleur…. Troisième bouée : se faire plaisir tant l’angoisse nous pousse à se poser des limites qui n’existent pas, les privant de possibilité de rebond !»(1)

Intéressant, et c’est le moment de s’y référer. Faire de cette crise une chance ! Comme le dit aussi l’investisseur Fabrice Grinda (Airbnb, Palantir…) : «Les entreprises les plus intéressantes (Uber, WhatsApp..) ont été créés en période de crise… et c’est le meilleur moment pour créer puisqu’on ne fait face à aucun concurrent.» Et si c’est de philosophie dont nous aurions le plus besoin par les temps qui courent. Avant l’action, il y a le verbe ! C’est la raison d’être du magazine Entreprendre.

La place de Paris marque des points avec l’arrivée de la plateforme de trading européenne de Goldman Sachs, basée à Londres

La bataille pour attirer les banques et les sociétés de conseils financiers fait rage et concerne autant Paris que Berlin, Amsterdam ou Francfort. Voilà qui devrait redonner du baume au cœur à tous les partisans qui œuvrent pour faire de la capitale la principale place forte financière de l’Europe continentale, Stéphane Boujnah, président d’Euronext, Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, sans parler de Bruno Le Maire. Tous n’ont pas ménagé leur énergie pour tenter de faire arriver à Paris les sièges sociaux et principaux bureaux des banquiers ou financiers britanniques en recherche d’implantation, après un départ quasi obligé de Londres pour cause de Brexit.

Des villes comme Amsterdam, Francfort voire Luxembourg ou Bruxelles ont souvent bataillé ferme dans cette concurrence effrénée. Les cabinets de lobbys ont donné à plein. Aussi, la décision de la plus grande banque d’affaires américaine, Goldman Sachs, référence de Wall Street, de faire de Paris le siège principal de sa plateforme de trading européenne a d’autant plus de retentissement que beaucoup de ses rivaux dans ce domaine du trading spécialisé, comme CBOE Europe ou Turquoise avaient annoncé jusque-là avoir opté pour la place d’Amsterdam. Goldman Sachs, qui avait anticipé sans doute son arrivée à Paris, prenant soin de doubler ses effectifs en deux ans (180 banquiers) pourrait faire travailler d’ici 2022 plus de 400 collaborateurs dans ses nouveaux locaux de l’avenue Kléber à Paris.

La plateforme de trading alternative en actions, futur miroir européen de celle de Londres, Sigma X (100 millions d’euros de transactions par jour) sera opérationnelle dès janvier prochain. Par les temps qui courent, il faut accepter toutes les bonnes nouvelles à bras ouverts. Car celle-ci en est une !

Le délit d’écocide va-t-il tuer l’avenir industriel de la France ?

Au moment même où la mobilisation en faveur de retour de l’industrie «made in France» semble faire consensus, un simulacre de démocratie, celui de la Convention citoyenne pour le climat, avec 150 citoyens tirés au sort dûment chaperonnés par des experts sélectionnés et sans garantie, va-t-il, par la création d’un délit unique au monde — l’écocide (destruction de la maison) —, sacrifier le timide redressement de notre appareil industriel ?

Rappel : la part de l’industrie dans notre PIB est devenue l’une des plus faibles d’Europe. Elle atteint à peine 10% contre 20% chez notre principal partenaire, l’Allemagne. Et voilà qu’on ruinerait les principaux efforts actuels visant à rattraper notre retard industriel par cette terrible menace judiciaire que le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti et la ministre de l’Environnement, Barbara Pompili, ont placé comme priorité législative du gouvernement pour début 2021.

Une disposition jugée essentielle pour mettre n au «banditisme environnemental» pour reprendre les termes mêmes du ministre de la Justice, qui n’en est plus à une approximation près ! Au moment même où se développent le terrorisme, l’ensauvagement de quartiers et l’essor de la délinquance sous toutes ses formes, on croit rêver ! Macron doit mettre son veto à cette dérive législative portée par Dupond-Moretti et Pompili De quoi s’agit-il ? Soyons concrets. Comme le rappelle dans Le Figaro l’excellent conseil en entreprise, essayiste et fondateur du cabinet Mediafin, Edouard Tréteau, les peines encourues ont de quoi inquiéter tous les dirigeants d’entreprises manufacturières, voire n’importe quel entrepreneur du BTP.

Les risques encourus par les chefs d’entreprises vont en effet de trois à dix ans de prison, de 375000 euros à 4,5 millions d’euros d’amende, selon l’intentionnalité dudit délit et le caractère irréversible des dommages causés à l’environnement. Comment penser qu’avec une telle menace pesant sur eux et une telle insécurité juridique, les industriels de notre pays vont pouvoir continuer à donner priorité au territoire hexagonal pour maintenir ou développer leurs activités de fabrication ?

On marche sur la tête. Rappelons que selon l’UIMM, 433000 emplois industriels sont déjà menacés de disparition d’ici 2022 sur un total de 4,6 millions d’emplois industriels en France.

Notre pays avait déjà payé très cher, en 1998, la mesure unilatérale en Europe des 35 heures obligatoires, qui avait mis un coup fatal à nombre de nos activités (sans parler des hôpitaux), il ne faudrait pas que, 22 ans plus tard, ce délit d’écocide produise les mêmes effets dévastateurs… À tout le moins, cette disposition, si elle était maintenue, devrait pouvoir s’appliquer dans les mêmes termes au niveau européen. Sinon, c’est notre appareil productif dans son entier qui va en subir les conséquences. Suite à la pandémie, l’effondrement de notre économie (-9,5% du PIB) est déjà l’un des plus dévastateurs du monde, quand l’Allemagne fait -5,8% et la Suède -3,8% !

La démagogie ultra écologiste va-t-elle pousser notre pays à anéantir son redressement industriel ? Si notre pays est le seul dans le monde à créer un tel délit, il est certain qu’à l’instar des 35 heures, on va porter le coup de grâce à notre avenir à tous, déjà bien assombri par une dette publique non maîtrisée passant à 120% du PIB. Jusqu’où faudra-t-il tomber pour que le Medef, la CPME, l’opposition, Arnaud Montebourg, Xavier Bertrand, Nicolas Dupont-Aignan, voire Bruno Le Maire ou Agnès Pannier-Runacher tentent de réagir. Pour l’instant, c’est le silence absolu ! Et il serait bon désormais qu’Emma- nuel Macron remette ce projet funeste aux calendes grecques. Il y a bien plus urgent à entreprendre !

Giscard, un président au-dessus de la mêlée, mais qui voulait tellement en faire partie

Il avait fait à la fois l’ENA et Polytechnique, cela ne l’empêchait pas de jouer de l’accordéon ou au football. Il adorait se mettre au niveau des gens simples. Il en faisait venir à l’Élysée à son bureau. Quand il partait en voiture, c’est lui qui prenait le volant. Un jour, en tant que président, il s’arrêta sans prévenir personne à la prison de Lyon pour saluer en personne quelques prisonniers ! C’est lui qui a permis aux jeunes de 18 ans de voter.

Une mesure, qui lui a peut-être coûté sa réélection à la présidentielle de 1981 contre un François Mitterrand tout heureux de bénéficier des voix de la nouvelle génération. L’homme du «oui mais» contre de Gaulle au référendum de 1969 ne faisait décidément rien comme les autres.

Celui qui était sans doute l’un des plus doués de la génération politique des soixante dernières années a sans doute souvent pêché par orgueil et par une certaine incapacité à mettre en œuvre ses idées. Président social-libéral, ce réformateur à tout va n’a pas hésité aussi à aller contre son camp, à augmenter les impôts et les charges d’une manière insensée ou à ouvrir l’immigration.

Jacques Poux, le journaliste de la première chaine de télévision qui l’interviewait lorsqu’il était ministre des finances, me con ait : «Giscard, un formidable théoricien, un conceptuel qui avait un défaut : croire qu’à partir du moment où une idée était bien énoncée, elle allait pouvoir être bien exécutée. De fait, c’est le plus dur qui commençait !»

Le créateur du parlement européen et de l’ECU, ancêtre de l’Euro, avec son ami le chancelier Helmut Schmidt mérite d’être salué à son niveau. Si l’on veut être original, mentionnons par exemple, et c’est peu connu, sa formidable politique pour promouvoir l’industrie des télécoms en France (Minitel, grands ordinateurs, équipements…) que son successeur se gardera bien de poursuivre. L’homme qui voulait convaincre deux Français sur trois eut du mal finalement à se faire aimer de ses compatriotes.

Le moins que l’on puisse faire serait de baptiser le musée d’Orsay à Paris qu’il avait largement mis sur les rails en musée Giscard d’Estaing. Son divorce avec Jacques Chirac marque encore les divisions actuelles de la droite.

Il était sans doute trop intelligent pour être véritablement compris. Les attaques sur l’affaire des diamants gardent un goût amer. Son désir d’écrire des romans à l’eau de rose témoigne d’une sensibilité à fleur de peau. Un soir à la télévision, les téléspectateurs purent voir au «20 heures» — il n’était plus président — un Giscard pleurer en direct sur le plateau. On venait de lui remémorer l’entrée des divisions allemandes à Chamalières ou à Clermont-Ferrand. Il voulait marquer la rupture… Finalement, il aurait dû être d’avantage lui-même ! Victime du coronavirus à 94 ans, ce 2 décembre 2020, anniversaire d’Austerlitz, Giscard mérite tout notre respect. Depuis 1981, personne à la tête de l’Etat n’a fait mieux…

Benoit Ribadeau-Dumas rejoint la SCOR pour prendre la suite de Denis Kessler

Le pantouflage systématique de nos grands commis de l’État vers le privé commence à poser question. 18 mois après la nomination du nouveau gouvernement Philippe, plus de 40 hauts fonctionnaires avaient déjà pantouflé. Il a été en tant que Directeur du cabinet du premier ministre quasiment l’homme le plus puissant de France. Celui par qui toutes les décisions du pouvoir exécutif prises au plus haut niveau passe.

Et voilà que quelques mois après avoir quitté ses fonctions auprès d’Édouard Philippe à Matignon, Benoit Ribadeau-Dumas annonce, à 48 ans, son arrivée à la tête de Scor, le quatrième réassureur mondial (en lieu et place de Denis Kessler d’abord comme directeur général et ensuite comme président en 2022) sans que cela ne surprenne ou n’offusque personne.

Comme si on s’était habitué à voir ce petit jeu de chaises musicales qui pousse la plupart de nos hauts fonctionnaires, après un séjour plus ou moins long au sein des plus hautes instances de l’état, venir se faire une véritable sinécure financière dans des postes à responsabilité dans le privé. Ce qui était au début de la Vème République une exception, du temps du Général de Gaulle, lorsque nos grands commis de l’État étaient prêts à consacrer leur vie au service de l’intérêt supérieur du pays.

En quelques 60 ans, la dérive aura été totale. Désormais, la plupart de nos plus brillantes têtes d’œufs se font comme un malin plaisir d’aller chercher à monnayer leurs talents dans le privé. Ce n’est pas répréhensible. Qui pourrait les blâmer ? Sauf que trop c’est trop. Cela devient un parcours de carrière quasi obligé.

Faut-il dès lors encore parler de notion de serviteur de l’Etat ? Il est quand même regrettable de voir nos plus brillants esprits se prêter à une telle course à l’échalote. Et il serait temps que la loi exige un minimum de présence au niveau de l’État et un peu plus d’étanchéité entre les deux mondes, celui du public et celui du privé. Surtout dans un pays comme la France, ou la proximité des intérêts coïncide avec un niveau d’économie mixte jamais atteint à ce jour dans le monde ! Avec toutes les dérives ou tentations que cela peut supposer. Il n’est pas trop tard pour remettre des limites à ces transferts qui ne peuvent que jeter un trouble sur la notion d’intérêt public.

Robert Lafont

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

16 − 1 =