Arrivé en 2015 à la tête du premier groupe coopératif agricole français InVivo (Gamm Vert, Soufflet, Bioline, 5,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 11200 collaborateurs) Thierry Blandinières ne fait décidément rien comme les autres.

A 60 ans, l’ancien patron de Delpeyrat (Maisadour), que le magazine Entreprendre  avait sacré opportunément « Entrepreneur de l’année », s’était rendu compte lors d’un déplacement dans le Sud-Est asiatique, à la fin de son précédent mandat que vendre du vin français dans cette partie du monde était plus aisé que de le faire pour toute autre sorte de marchandise en provenance de l’hexagon

D’où la conclusion inopinée, à cette occasion, de prise de commande de vins sous marque Delpeyrat, alors qu’il était simplement venu pour commercialiser des foies gras. HEC Paris et Audencia Nantes, ce fin stratège marketing  a également le commerce dans le sang, et c’est comme cela qu’on réussit. En débarquant chez le géant InVivo, ce passionné de rugby, président du Stade Montois (Mont-de-Marsan dans les Landes), qui a été un temps Directeur des jambons Madrange n’ a pas oublié l’anecdote. En faisant prendre au géant vert le tournant dans la distribution viticole, il en a fait à coup de croissance externe à marche forcée un des premiers opérateurs du marché en cinq ans.

Cela est d’autant plus méritoire, que notre pays dispose de l’une des premières surfaces viticoles du monde, sans avoir jusque-là de distributeurs figurant dans le top 5 mondial. C’est précisément le raisonnement que fait ce manager hors-pair d’origine corrézienne. Pas question pour lui d’épuiser ses moyens financiers à reprendre des vignes à des prix spéculatifs, plus stratégique est de se concentrer sur la distribution.

En scellant définitivement ces derniers jours l’union avec le groupe Vinadeis (Val d’Orbieu) à Narbonne (Aude), Cordier double son poids avec 500 millions d’euros de chiffre d’affaires et 600 salariés tout en conservant en ligne de mire son challenger, le leader français du fantastique Pierre Castel (1,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, Roche Mazet, Malesan, Baron de Lestac ou Listel) voire le groupe alsacien indépendant des Grands Chais de France. Cordier, bien qu’exportant à peine 30 %, devient le label privilégié d’inVivo pour être la principale tête de pont du vin français sur la planète.

Très présent en Grande-Bretagne, ou au Bénélux, Blandinières  aimerait encore accélérer aux États-Unis (avec la fin de la taxe Trump) via de la croissance externe, ainsi qu’outre Rhin où l’’essor du e-commerce du vin est observé avec intérêt. L’’évolution des marchés pousse de plus en plus à s’appuyer, au delà des appellations de prestige, sur des marques fortes. Outre Cordier, le groupe mise sur la montée en gamme de ses différentes marques comme Bonne Nouvelle, Le Val sans oublier Maris (vins bio) et le célèbre vin pétillant Café de Paris (6,6 millions de vols) repris il y a un an à Pernod-Ricard.

Le rachat d’une marque de Champagne n’est pas à exclure. Non pas tant pour rivaliser avec les ténors du marché comme LVMH, Vranken-Pommery ou Lanson, mais sans doute pour servir de tête de pont telle que peut l’être une marque de Champagne à l’étranger,  pour pouvoir placer ensuite d’autres vins plus classiques. Cordier by InVivo, dirigé par Philippe Leveau, vise un milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2025. Avec Thierry Blandinières, c’est le type de dirigeants pragmatiques et ambitieux qu’il fait plaisir à écouter et suivre, surtout en ce moment. L’esprit rugby en résumé !

Robert LAFONT

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