J’ai beau prendre le sujet dans tous les sens. Impossible d’accepter l’idée qu’un pays aussi talentueux et bien dirigé que le nôtre, avec des spécialistes, des experts et des hauts fonctionnaires à tous les étages de notre organisation sociale puisse continuer durablement avec un volant de 5,973 millions de demandeurs d’emplois (dont 3,729 millions en chômage total et 2,3 millions en chômage partiel) tout en ayant « en même temps » plus de la moitié de ses entreprises qui reconnaissent avoir du mal à recruter le personnel dont elles ont besoin, si on se réfère aux enquêtes annuelles de la Banque de France. Essayez de trouver un commercial, un comptable, un informaticien, un serveur, un soudeur ou un cuisinier : c’est la croix et la bannière !

Où sont passés nos jeunes en mal de débouchés professionnels ? Ils attendent un emploi de chargé d’études socio-économique et social dans un organisme quasi-public ? Je n’arrive pas y croire. De fait, tout contribue à maintenir en l’état de tels bloquages. Universités sans sélection et déconnectées du monde économique, dévalorisation des petits boulots et des jobs d’intégration : c’est pourtant là qu’on apprend le plus et qu’on peut se faire remarquer dans une entreprise quand on n’a pas de réseaux. Il est vrai qu’à leur décharge les entreprises engoncées dans leurs règles sociales ne poussent guère à la promotion interne ou à l ’ascenseur social.

Voilà ce qui arrive quand on veut tout égaliser et tout mettre sous statut. Merci à nos syndicats au passage. Bon heureusement, les PME ne fonctionnent pas trop sur ce type de règles. Quand quelqu’un a des résultats probants, cela se voit d’autant plus que l’entreprise n’est pas de grande taille. Au-delà de ces dysfonctionnements intrinsèques à notre marché du travail, n’oublions pas que ces deux dernières années, en 2020 et 2021, notre État dispendieux aura dépensé pas moins de 50 milliards d’euros en aides à l’emploi à ne plus savoir qu’en faire dont les fameux plans jeunes « pour sauver l’emploi ».

À la limite et comme me le soufflait un jour l’entrepreneur à succès Jean-Pierre Bansard (président du groupe Cible et de l’Intercontinental de l’avenue Marceau à Paris), « il vaudrait mieux que Pôle emploi mette gracieusement à disposition des PME les jeunes sans qualification au chômage à condition qu’elles s’engagent à les recruter en CDI au bout d’un an ». L’idée est à explorer, même si elle bouscule bien des a priori. Efficacité oblige !

À un moment ou à un autre, devant notre incapacité à avancer sur le plan de l’emploi, il va bien falloir changer de logiciel et laisser le marché arbitrer davantage. À vouloir surprotéger nos jeunes, ne les enferme-t-on pas dans des cases qui finissent par se retourner contre eux ? N’oublions pas que l’économie se base sur la confiance, le risque, la responsabilité ou l’expérimentation : autant de valeurs cardinales dont nos pontes du ministère du travail, à commencer par madame Elisabeth Borne, son actuelle locataire qui, j’ai regardé, à part deux brefs passages dans le privé (Sonacotra et Eiffage) a fait l’essentiel de sa carrière (chef de cabinet, conseiller de ministère, préfet…) dans l’administration. C’est dire la vision qu’elle peut avoir du marché de l’emploi !

Tous ces grands dignitaires de la sphère publique ont mis sous le boisseau depuis des années ces notions de risque et d’expérimentation sur le terrain. C’est dommage. Vous êtes jeunes ? Rien n’est pire que de ne rien avoir à faire. Acceptez tous les boulots de la terre, même s’ils vous paraissent peu gratifiants de prime abord. C’est là que vous allez apprendre le plus. Être caissier de supermarché ne veut pas dire que vous allez le rester toute votre vie. En revanche, si vous voulez lancez votre chaîne de magasins, un tel passage vous sera sans doute aussi utile que tout ce que vous aurez appris à l’IUT de commerce ! Avançons.

Robert Lafont

1 COMMENTAIRE

  1. J’ai envie de répondre par une question, où sont passé les emplois d’ingénieur (conception mécanique) type cadre ? Le télétravail a permi les délocalisations de ces postes. Nombreux sont les BAC+5 sans emplois, doivent-ils prendre des emplois au SMIC ? Vous rigolez ou quoi ?

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