Carte postale de France

Avec le Covid, on a perdu l’habitude de voyager. Quand on quitte les autoroutes et les sentiers battus, on tombe sur une France d’un autre âge. Parfois méconnaissable. Dans le Loiret, après Orléans, la petite ville de Gien semble toute accrochée à sa faïencerie ou à son Musée de la Chasse, comme si rien d’autre n’allait pouvoir exister

Devant le vieux pont Anne de Beaujeu, datant de 1734, la Maison de la presse indique en vitrine être toujours en recherche d’un apprenti vendeur. Sur les quais de Loire, inutile de trouver un petit bistrot ouvert. Nous sommes un jour de l’ Ascension, et dans l’hexagone, ce n’est pas toujours difficile de travailler.

Plus loin à Briare, célèbre pour son Pont-canal du XVII eme siècle et ses fameux émaux, le bourg est propret et assez vivant au centre et jusqu’à la place de l’église Saint-Etienne. En revanche, dès que vous quittez la rue principale : presqu’un village fantôme. De belles rues pavées, des maisons de belle allure en enfilade presque toutes fermées ; sur certaines d’entre elles, de perceptibles enseignes qui attestent que le village grouillait d’activité. On en est loin aujourd’hui. À quelques centaines de mètres, la Loire poursuit son cheminement tranquille dans un paysage grandiose que seuls les cyclotouristes semblent avoir redécouverts, quitte à provenir de Hollande.

Ces villages fermés devraient être un vrai sujet surtout en période de pénurie de logements. N’est-Il pas temps pour le ministre du logement d’essayer de réhabiliter ou de chercher à rénover ces logements anciens fermés de nos bourgades plutôt que de s’escrimer à construire plus de zones pavillonnaires quand ce ne sont pas des barres d’immeuble. Arnaud Montebourg bizarrement est un des seuls à en avoir parlé. C’est étrange. On n’entend pas les écologistes sur le sujet. Il est vrai que les habitants envolés ou partis ailleurs ne votent guère.

À Autun, la place du Champ de mars grouille de monde. Et bien peu de souviennent que c’est là que Bonaparte a été initié au Français en 1779, à l’âge de 10 ans et durant quatre mois. Cela ne lui a pas si mal réussi. Talleyrand a été aussi nommé un temps évêque, en 1788, même si on ne l’y a guère beaucoup vu (20 jours au maximum) dans la cité Eduenne.

À propos d’Eduens quand j’interroge à la réceptionniste de L’Hotel des Jardins du Lac, celle-ci me renvoie à un centre commercial mais aucunement au nom d’une tribu gallo-romaine. Le mont Bibracte n’est pourtant pas loin, celui sacré des grands chefs gaulois au pied du Mont-Beuvray, celui aussi sur lequel voulait se faire enterrer justement Francois Mitterrand aux côtés des tombes de nos vénérables chefs Éduens.

Ce ne fut pas autorisé tout président qu’il soit. Un dernier coup de Jarnac même si à Château-Chinon trône sur un panneau indicatif à l’entrée l’auguste visage de son altière silhouette. Château-Chinon, petite ville du Morvan où l’hôtel du Vieux Morvan, celui-la même où il appris sa victoire en 1981 et qui depuis à été sacrément modernisé. Un peu comme le PS, tellement modernisé du reste qu’ on finirait bien par le perdre.

Un peu plus loin, Montceau-les-Mines relancée par sa gare TGV, 1h30 de Paris, n’en finit pas de repeindre ses façades, mais sans avoir jamais le charme d’un Cluny. La vénérable abbaye, fondée en 910 par Guillaume le pieux, première église de la Chrétienté d’Europe, édifiée bien avant Rome et qui fut détruite à la Révolution. Ce génie propre que nous avons de mettre à bas ce qui nous porte en avant. Les 35 heures ont porté un coup décisif à notre désindustrialisation. L’économiste Christian Saint-Etienne le rappelle à juste titre.

À Vonnas, dans la Bresse, c’est un autre registre. De ce petit village de l’Ain, Georges Blanc à fait un temple de la gastronomie française. Du monde entier, on se presse pour participer aux agapes de ce Maître Chef, trois étoiles au Michelin et qui se vante à juste titre de rester le seul au palmarès du Bibendum sans discontinuer depuis 90 ans. À écouter Georges Blanc : l’affaire n’est pas pliée mais il vise le record des 100 ans. Gageons qu’il fera plus.

Georges Blanc avec plus de 340 salariés et plus de 10 établissements à lui seul à de quoi séduire le monde…
Ainsi va la France, un potentiel inimaginable pour une population qui souvent n’en a même plus conscience tant elle entend parler de soi en mal. La réussite, c’est d’abord dans la tête. Raison de plus pour que nos médias infusent rêve et ambition à tous et à chacun. On en est loin, ce n’est pas grave. Continuons d’avancer. Nous en avons vu d’autres.

Robert Lafont

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