Patrick Batard/ABACAPRESS.COM

Ne nous y trompons pas : TSS, la branche de terminaux de paiement d’Ingenico, reste un fleuron technologique et industriel mondial dont la France peut s’enorgueillir et à juste titre.

En 2010, le gouvernement de Francois Fillon ne s’y était pas trompé et s’était déjà opposé à la cession de ce fleuron industriel à un groupe américain. En l’occurrence, Christine Lagarde, alors ministre de l’économie sous la présidence de Nicolas Sarkozy, avait exigé de Safran, actionnaire de référence d’Ingenico, de ne pas céder sa participation de 22,5 % détenue dans le leader des terminaux de paiement au groupe américain Danaher, comme il en avait été alors question.

Le ministre de l’Industrie de l’époque, Éric Besson, avait même qualifié Ingenico de « pépite française essentielle à la filière économique ». Douze ans après, Worldline annonce la vente de sa filiale de terminaux de paiements (TSS, ex Ingenico) au fonds américain Apollo pour 2,3 milliards d’euros. Un fleuron industriel hexagonal qui passe sous contrôle étranger, ce n’est pas une mince affaire, d’autant que les savoir-faire concernés touchent des domaines d’excellence dans un domaine stratégique, celui de la digitalisation des paiements.

Les syndicats ne s’y trompent pas et ont lancé des signaux d’alerte sur les risques de pillage ou de démantèlement à Bercy, restés jusque-là sans réponse. Pour l’instant, le gouvernement et Bruno Le Maire n’ont pas réagi pour dire s’ils s’opposaient à cette cession comme ils en ont le droit. Ce serait un acte fort !

Certes, le groupe américain annonce qu’il garantit que les équipes de recherche resteront bien situées dans l’Hexagone. Mais de telles promesses, on le sait, n’engagent que ceux qui les écoutent. On se souvient de telles promesses au moment de la cession d’Alstom au groupe américain GE et on a vu comme le groupe d’outre-Atlantique s’était assis sur ses engagements ensuite, notamment au plan de l’emploi à Belfort malgré la vigilance active de Jean-Pierre Chevènement.

Certes, le fonds Apollo, géant mondial du private equity, a bien renouvelé son engagement d’investir à court terme. Mais ce n’est qu’à court horizon. Cet épisode fâcheux tombe mal pour un gouvernement qui a fait de la reindustrialisation du pays un objectif central de sa politique. Celle-ci serait sans doute plus aisée à mettre en œuvre si le pays se dotait, comme la Norvège, d’un authentique fonds souverain de 100 milliards d’euros, par exemple. Un fonds qui flècherait l’épargne des Français dans le capital de nos grands groupes pour éviter justement à l’instar de Worldline que sa filiale ne soit dépecée. C’est une proposition que font certains candidats, à l’instar d’Eric Zemmour, reprise en partie par Valérie Pécresse. Il n’est jamais trop tard pour bien faire !

Robert LAFONT

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