Bruno Le Maire (Tschaen Eric/Pool/ABACA)

Au déjà de l’impact économique et social, la renonciation du projet de boulangerie industrielle en Bretagne par Bridor envoie un message très négatif pour le made in France et la politique de réindustrialisation du pays. Il n’est pas trop tard pour revenir dessus. Mais c’est à Bercy de faire le nécessaire et vite.

Ce n’est pas de gaité de cœur que le plus breton des bretons, l’entrepreneur Louis Le Duff renonce à créer 500 emplois dans la nouvelle usine qu’il envisageait de créer à Liffré, près de Rennes. Un magnifique projet pour sa nouvelle usine Bridor, investissement géant qui venait parfaitement compléter ses deux établissements de Mayenne (Louverné) et Ille-et-Vilaine (Servaine) dont les capacités sont déjà pleines.

Louis Le Duff, le mythique fondateur de la Brioche Dorée, n’est pourtant pas du genre à renoncer. Et pourtant, véritable incarnation du rêve entrepreneurial français, celui qui a démarré avec une simple échoppe, qui réalise aujourd’hui 2,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en conservant (ce qui n’est pas si fréquent l’entier contrôle de son groupe Le Duff avec mes marques Brioche Dorée ou Del Arte) s’estime victime des rodomontades et des tracasseries tant de l’administration que des associations locales dites écologiques.

Celles-ci lui reprocheraient notamment de vouloir avec son projet d’usine « accaparer des terres agricoles ou devoir utiliser de l’eau. » On nage en plein délire car on ne voit pas comment mettre en place une usine de pains et de viennoiseries sans avoir à occuper un minimum de terrains. Un véritable procès en sorcellerie (d’autant que la famille Le Duff investit personnellement sur l’agriculture bio), vis à vis de l’entreprise qui tourne au ridicule et qui prêterait à sourire s’il n’avait pas aussi de larges conséquences pour l’économie de Rennes et de sa région.

Et on peut comprendre la réaction du roi du croissant dans sa récente menace de s’installer aux États- Unis, en Allemagne voire au Portugal pour développer ses capacités industrielles. Time is money. Dans la compétition mondiale, personne ne nous attend. Et Le Duff de déclarer à juste titre : « nous ne pouvons-nous permettre d’attendre dix ans pour que nos projets industriels aboutissent alors que nos concurrents allemands mettent deux ans à construire une usine ! » Tout est dit !


Face à ce gâchis tant économique et social, il n’est pas trop tard pour que Bruno Le Maire se saisisse du dossier et fasse libérer le champ de cet investissement made in France aussi vital que symbolique. Car ne nous y trompons pas, si notre ami Le Duff confirme bien sa décision de renoncer à investir dans cette nouvelle usine, c’est un message fort qui sera envoyé aussi à tous les entrepreneurs de France et ce n’est pas vraiment le moment avec le surcoût de 50 milliards, lié aux augmentations du coût énergétique qui vient de tomber sur l’ensemble du tissu économique national. Nos entrepreneurs en ont vu d’autres, mais ce n’est pas une raison.

De nombreux chefs d’entreprises suivent avec attention l’évolution de ce dossier important et si significatif.

Robert Lafont

4 Commentaires

  1. Comme d’habitude en France c’est une poignée d’extrémistes qui impose sa loi plus aucun grand projet ne peut aboutir et des milliers d’emplois perdus

  2. Importer des matières premières d’Europe de l’est pour revendre un produit fini en Chine ou aux États-Unis, c’est ça la réindustrialisation de la France? Qu’un croissant fasse le tour du monde avant d’être consommé, ça vous parait raisonnable? Réindustrialiser intelligemment, ce serait plutôt plutôt avoir des usines qui produisent en France pour vendre aux Français avec des matières premières locales quand c’est possible.

  3. Ce n’est pas pour autoriser mais pour interdire ce projet que M. Le Maire devrait intervenir.
    Ce ne sont pas des extrémistes qui imposent leur loi mais le secrétaire général de l’ONU qui appelle à des « actions ambitieuses et crédibles » pas plus tard que la semaine dernière. source : https://www.radiofrance.fr/franceinter/chronique-du-chaos-climatique-que-dit-le-nouveau-rapport-sur-le-climat-publie-a-l-ouverture-de-la-cop27-4235927

    En clair, ce projet c’est :
    – les produits ultra-transformés surgelés
    – des ingrédients venant majoritairement d’europe de l’est
    – des exportations hors europe (Asie et Amérique)
    – Sortir 650 tonnes de produits de panification chaque jour
    – utiliser 200 000m3 d’eau par an (soit la moitié de ce que consomme la ville de liffré)
    – 21 hectares de zones humides exploitées
    – des espèces menacées

    Quelle est la définition du progrès selon le site entreprendre ?
    Qui est « on » dans:
    « Et on peut comprendre la réaction du roi du croissant dans sa récente menace de s’installer aux États- Unis, en Allemagne voire au Portugal pour développer ses capacités industrielles. »?

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