Bernard Arnault (LVMH)

Les marques de luxe saisissent que la qualité et la sécurisation de leurs productions faisaient partie intégrante de leur ADN.

Bernard Arnault n‘est pas seulement un génie du marketing et de la distribution de luxe. Il est
aussi, n’oublions pas sa formation d’ingénieur, un industriel hors-pair. Le groupe LVMH crée chaque année quelques 2500 nouveaux emplois CDI nets plus 5000 contrats d’apprentissage dont une bonne partie est affectée aux usines du groupe, notamment Louis Vuitton dans la Manche ou dans l’Allier.

LVMH détient 16 ateliers sur tout le territoire, le dernier en date inauguré il y à deux ans dans le Maine-et-Loire à Beaulieu-sur-Layon. On pourrait en dire au tant d‘Hermès, le célèbre maroquinier de luxe français (6,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires avec 14000 collaborateurs dans le monde) qui chaque année annonce de nouveaux recrutements dans ses ateliers de fabrication du Jura ou près de Bordeaux, à Saint-Vincent -de-Paul (Gironde) où la « maroquinerie de Guyenne  » annonce embaucher en une année quelques 250 personnes. Qui dit mieux ?

Et maintenant la fabrication de lunettes. Avec l‘annonce de la prise de contrôle total de Thélios, producteur de lunettes qu‘Arnault détenait au delà des Alpes avec le groupe italien Marcolin, LVMH fait montre de son plein intérêt pour les activités industrielles, signifiant au passage que le savoir faire et les marges allaient être dans l’avenir de plus en plus dévolus à ce niveau, et qu‘il fallait songer, comme dans la maroquinerie, à maîtriser l’ensemble de la chaîne. C‘est une attente et une tendance de fond de la part des consommateurs, du point de vue par exemple d‘une meilleure traçabilité. C‘est vrai dans l’alimentaire mais pas seulement.

L’opération semble donc stratégique d’autant que Thélios a réussi en 4 ans à devenir l’un des principaux fabricants de monture avec deux unités de production de 4,6 millions de lunettes, avec près de 880 salariés principalement situés dans la vallée des Dolomites en Italie. Avec cet accord, Thélios va pouvoir fabriquer l’ensemble des lunettes de LVMH (dont Dior, Fendî, Céline, Kenzo, Berluti, Stella et bientôt aussi Givenchy) sans exclure de produire pour d‘autres comme le font déjà les principaux producteurs mondiaux comme EssilorLuxottica ou Safilo.

Une telle internalisation de la fabrication rejoint celle choisie également par François-Henri Pinault qui n‘a pas hésité à créer de toutes pièces une filiale dédiée, Kering Eyewear,qui réalise 620 millions d‘euros de chiffre d‘affaires en fabriquant pour les marques du groupe (Saint-Laurent, Gucci, Lindberg..) mais aussi pour Richemont, le groupe sud-africain du luxe avec ses marques Montblanc ou Cartier, qui reste associé à hauteur de 30% du capital de Kering Eyewear.

Pour les groupes de luxe, l’intégration verticale et la maîtrise du savoir-faire industriel devient presqu‘aussi essentielle que le marketing ou la distribution. À l’heure de l’essor du digital, les consommateurs ont plus que jamais besoin de se rassurer sur ce qu’ils achètent. Une bonne nouvelle pour les vrais industriels du made in France comme Seb ou Manitou.

Robert Lafont

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