Ait Adjedjou Karim/ABACA

Beaucoup de nos anciens ministres gagneraient à s‘essayer, comme Arnaud Montebourg, à des initiatives concrètes !

On peut reprocher certaines choses à Arnaud Montebourg, sauf celles d‘avoir su s’élever (un des rares à l‘avoir fait) lors d‘arbitrages importants, tels celui de la cession d‘Alstom à l’américain GE, du temps de François Hollande et Manuel Valls. On se souvient qu‘ en 2014 l‘ancien ministre du redressement productif avait su proposer un plan alternatif de reprise maintenant la souveraineté française en alliance avec le groupe japonais Mitsubishi.

Certes, Montebourg n‘a pas tout bien fait. Porté par une allure altière et le verbe haut des meilleurs avocats du barreau, Monsieur de Montebourg, comme se plaisait à l’égratigner les chansonnièrs (parce qu’il sortait avec une Châtelaine), s‘est souvent enfermé dans des postures par trop théoriques.

Ainsi, lors des dernières présidentielles, sa candidature avortée s’est finie en eau de boudin parce que l’ancien député de Saône-et-Loire, petit fils de boucher à Autun, n‘a pas su se départir de réflexes pavloviens propres à son camp d’origine : celui du Parti Socialiste. Alors que le pays réclamait de renverser la table sur de nombreux sujets et de renverser les clivages, Montebourg, guère aidé par les médias, n‘a pas su se hisser à la hauteur de l’événement. Je peux l’écrire, car je le lui ai dit en face (le 18/9 /2021) dans un café de l‘École militaire à Paris, en présence de l’entrepreneur financier Enguerrand Rochefort. Nous étions deux dans cette brasserie du VII eme arrondissement, à le presser, ce matin- là à s’adresser au pays dans sa globalité. À gauche mais aussi à droite sur les sujets de réindustrialisation mais aussi d‘immigration et d’insécurité qu’il ne fallait pas laisser au seul Éric Zemmour. Ce dernier avait certes le courage de la vérité mais aussi le dogmatisme de l’intellectuel.


Montebourg avait une carte à jouer pour éviter le face à face redouté Macron Le Pen. Il aurait pu rebattre les cartes. Au plan économique, et de la réindustrialisation, j’avais en face de moi un homme compétent ayant réponse à des sujets majeurs sur lesquels il avait fait plancher beaucoup et pas seulement des Énarques.

Un rendez- vous raté qui en appelle d‘autres. Mais cela supposera pour lui de réussir à s‘affranchir, lorsque c’est nécessaire, de ses premiers soutiens d‘origine. Le pays n’appartient pas à la gauche de la gauche. Si l‘on veut pouvoir se mettre dans la filiation de Chevenement voire même de Gaulle, il faut savoir rompre avec les amarres de certains soutiens. Anecdote : je peux le révéler aujourd‘hui, il ne m‘en voudra pas, le soir même (le 17 octobre 2021) de parution de mon article sur lui sur Entreprendre.fr ou Lafontpresse.fr, je reçois un coup de fil gêné aux entournures de notre ambitieux aux dents longues. « Cher Robert, je vous remercie de votre article mais si vous pouviez amodier le passage me concernant sur le sujet de l’immigration. Il y a des gens chez moi qui n’apprécient pas..“
Tout est dit. Tant qu‘ Arnaud Montebourg continuera à chercher en priorité à satisfaire ses premiers soutiens, il ne percera pas.

À 59 ans, Il a compris, mieux qu’ aucun autre dirigeant (à l‘exception de Nicolas Dufourcq qui vient de publier chez Odile Jacob un remarquable ouvrage sur le sujet  » La désindustrialisation de la France « , mais lui n‘est pas politique même s‘il dirige BpiFrance) que le relèvement du pays ne se ferait pas sans une une massive politique de reindustrialisation du pays, à l’instar de ce qu’a fait Georges Pompidou en son temps, ou notre voisin allemand dans les 30 dernières années. Chantre du made in France, le créateur du miel Bleu Blanc Ruche ou des glaces La Mémère, a même fondé avec Yves Jego un label certifiant la fabrication Origine France Garantie qui fait autorité.


Il se passionne pour les entrepreneurs. Il a donné à notre magazine Entreprendre de nombreux et détaillés entretiens. Pas un mois sans le voir encore aujourd‘hui venir soutenir dans les territoires un de nos chefs d’entreprises. Récemment aux 24Heures du Mans avec Gregory Trebaol, notre ami d‘Easybike qui relance le Solex (usine à Saint-Lô -50-) et aussi maintenant les cycles Lejeune.
Au delà des ces initiatives, Montebourg met lui même la main a la pâte. Et cela change des ministres qui pantouflent …

Savez-vous par exemple qu‘il est en train,avec CDA, de relancer complètement la filière française de l‘amande.Une belle initiative où associé avec le publicitaire François Moulias, la Compagnie des Amandes (CDA), fondée en 2018, a déjà levé 8,8 millions d’euros auprès d’entrepreneurs (le promoteur nantais du groupe Réalités – Yoann Choin-Joubert, DacoBello – famille Abitbol -ou l‘Inrae) ainsi que via des campagnes de financement participatif (plateforme Lita). Grâce à CDA, près de 300 hectares d’amandiers ont pu être déjà plantés dans le Sud de le France (Aude, Provence..) et l‘objectif est d‘arriver à 2000 hectares d‘ici 2025. Un changement d’échelle qui doit permettre à la filière française de se reconstituer. Un usine de casserie d‘amandes va voir le jour dans le Var à Signes, un investissement de 13 millions d‘euros qui permettra de traiter à lui seul quelques 2500 tonnes d’amandes par an, soit quatre fois la production actuelle du pays.

Un bel exemple de ce qu‘un ancien ministre peut apporter sur le terrain. Madame Emmanuelle Wargon, ancienne ministre du Logement, au lieu d‘aller pantoufler au sein de la Commission de régulation de l‘Energie, devrait s‘ essayer à créer une entreprise de panneaux photovoltaïques ou de conseils à l’économie d’énergie. Ce n‘est qu‘un exemple ! Ce serait un formidable encouragement.

Robert Lafont

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