Arnaud Montebourg

On aime ou on n’aime pas l‘ancien ministre du redressement productif. Une chose est sûre, il ne laisse pas indifférent. L‘ayant eu au téléphone juste avant la crise du Covid, voulant lui parler de Thomson Computing (le smartphone et PC français relancé par mon ami Stéphane Français), j’ai pu lui dire à quel point il reste l’un des rares hommes politiques à pouvoir laisser une trace dans la période récente. Que de « petits marquis » (pour reprendre l’expression de Jean-Louis Borloo) du pouvoir dont l‘inanité dans l‘action ne semble n’ avoir d‘égale que le bruit médiatique dont ils ont été l‘objet à un moment donné. Cela va souvent ensemble. Regardez Pascal Clément, l’ancien ministre de la Justice de Jacques Chirac en 2005, qui vient de disparaître à l’âge de 75 ans. Il a été ministre des Relations avec l‘Assemblée de nombreuses années et la presse ne retient que cette mesure « Alerte enlèvement » dont il a été le promoteur. C’est assez cruel, non ? Plus vous parlez, moins vous agissez. C‘est vrai en économie, c’est souvent vrai aussi en politique.

Pour revenir à Montebourg, j’ai pu lui dire de vive voix que : « lui au moins avait démissionné, pour de vraies raisons d‘intérêt national (comme la cession d’Alstom aux Américains) et pas sur des calculs politiciens ». A l’instar de son ami Chevenement qui l’avait fait aussi en janvier 1991 sur un désaccord de fond concernant la guerre en Irak , tout le monde s‘en souvient.
Avec le recul, on mesure à quel point ce sujet de l’impératif industriel est bien devenu névralgique. Dans Le Parisien du jour , l‘impétueux ex-ministre lance  cette pique sur Emmanuel Macron, qui lui a succédé à Bercy : « mon honorable successeur préférant vendre nos fleurons industriels à la découpe, n‘a pas fait la même politique que la mienne : défense de nos intérêts, de notre indépendance technologique, énergétique, industrielle. »
Le plaidoyer pro-domo est habile, le problème est qu‘il sonne juste. Plus loin, l‘ex-deputé de Saône-et-Loire en remet une couche : « il faut racheter les morceaux que GE nous a dérobés (en reprenant Alstom) car c‘est de l‘énergie propre…Les Chinois ont décidé de constituer 10 secteurs clés en entreprises indépendantes dont l‘aéronautique, le ferroviaire, la robotique, les nouvelles énergies…Qu‘est-ce qu‘on attend ? Utilisons les facilités de financement apparues avec le Covid pour cela ».

Au moins, c‘est clair, cela s‘appelle du volontarisme industriel. Celui-là même qui nous a permis dans les années 60, sous de Gaulle et Pompidou, de renouer avec une certaine ambition industrielle sur des grands projets identifiés, dans lesquels le secteur privé est défaillant, comme le spatial, l‘aéronautique ou le nucléaire.
On connaît le résultat. Pourquoi ne pas se réarmer industriellement avec une forte impulsion de l‘Etat comme le font allègrement les Chinois ou les Américains en ce moment ? Cela peut se faire aussi au niveau européen sur des sujets comme le numérique où Montebourg n‘entend ne rien lâcher non plus : écoutons-le : « le démantèlement des GAFA par l‘Union européenne ne doit être programmé, ainsi que la construction d‘un moteur de recherche indépendant européen, tout comme la rémunération obligatoire par les GAFA des données personnelles que leur fournissent les usagers numériques. “En voilà un qui va se faire des amis ! »

Bien qu‘en partie retiré du jeu, le promoteur du made in France a une voix qui continue de porter car beaucoup de Français sentent bien qu’ il ne se contente pas de coups de menton mais qu’il s’appuie sur des convictions , même si il est parfois obligé de composer comme sur les 35 heures, auxquelles l‘ancien ministre ne peut pas s’opposer bille en tête (soutiens de gauche oblige), tout en sachant bien que, c‘est dans l‘hexagone qu‘on travaille le moins dans le monde. Ce qui ne veut pas dire que le Français n‘est pas travailleur, loin s‘en faut. Une capacité qu’il est à même de constater au jour le jour maintenant qu‘il est devenu entrepreneur. N‘hésitant pas à 57 ans, et contrairement à beaucoup qui pantouflent dans des postes publics (comme l’ancienne ministre de l’environnement, Dominique Voynet devenue en janvier 2020 Directrice de l‘Arist de Mayotte !!!) après avoir vécu sous les lambris dorés des palais de la République, à lancer de petites affaires de zéro sur des secteurs ni stratégiques ni très rentables. Du miel avec Bleu Blanc Ruche, aux amandes avec la Compagnie des amandiers (40 millions d‘euros d‘investissements mobilisés pour replanter 2000 ha dans le Sud), sans parler des crèmes glacées avec la marque La Mémère (glaces sans additifs lancées avec le maître glacier, Meilleur Ouvrier de France via la société Compagnie laitière des glaces paysannes, 40000 pots en 2 mois…)…

Une image porteuse d‘entrepreneur à succès qui devient , et c’est nouveau dans notre pays , le meilleur des atouts pour pouvoir refaire de la politique et au plus haut niveau. Nos compatriotes semblant avoir enfin saisi qu’il n’y a rien de tel pour pouvoir défendre l’intérêt de leur pays qu’un entrepreneur surtout s’il a réussi . Après tout, pourquoi pas, l‘avantage avec Montebourg c‘est qu’il sait désormais ce qui se passe sur le terrain et à l‘intérieur des boites. Tout le monde ne peut en dire autant. Notamment dans notre personnel politique voire nos administrations…Dernière bourde en date de celle-ci (relevée par l‘IFRAP et sa présidente Agnès Verdier-Molinié) concernant la contrepartie des aides administratives. „Les aides visant l‘apprentissage ne pourront être utilisées dans les entreprises de plus de 250 salariés que si elles accueillent 5% d‘alternants. Ce qui reviendrait à embaucher 200000 alternants supplémentaires en 2021, ce qui est impossible. « Ce n‘est qu‘un exemple ! Continuons le combat, notre prospérité à venir est à ce prix. » Et Montebourg peut jouer un rôle non négligeable…

Robert Lafont

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