Accueil Éco La chronique de Robert Lafont Après Vincent Bolloré et Marc Ladreit de Lacharrière, Arnaud Lagardère convainc Bernard...

Après Vincent Bolloré et Marc Ladreit de Lacharrière, Arnaud Lagardère convainc Bernard Arnault !

Arnaud Lagardère. Arnaud Lagardère. Assemblée Generale du Groupe Lagardere a Paris , France

Arnaud Lagardère remporte son pont d’Arcole. On a longtemps pris le fils de Jean-Luc Lagardère pour un enfant gâté, un héritier capricieux ne faisant que dilapider les restes de l’empire industriel de son père. Dur de succéder au génial fondateur de Matra, qui a tout réussi ou presque (à part le foot avec le Matra Racing) et qui en plus reste un homme sympathique et chaleureux sur le plan humain. Arnaud n’est certes pas dépourvu de talents, c’est un excellent communiquant, mais qui n’a pas toujours fait les bons choix… Son choix de  devenir l’empereur mondial du sport business mais en faisant quasi l’impasse sur le premier sport du monde, le football, peut paraître étonnant. De même, ses rachats au prix fort de sites web effectués à contretemps n’ont pas été suivis des développements attendus. C’est le moins que l’on puisse dire. Diriger le premier groupe de presse magazine et expliquer à tort et à travers que la presse papier n’avait plus d‘avenir était maladroit (cela amoindrit la valeur du fonds de commerce), ou à tout le moins erroné. Une décennie plus tard, les ventes de la presse se maintiennent, contrairement au chiffre d‘affaires pub qui s’est effectivement beaucoup détourné des médias écrits au profit des sites web.

Le démantèlement du groupe de presse qui s’en est suivi s’est fait au pas de charge et à été bradé pour le plus grand plaisir de jeunes loups du secteur, à l’image de l’opportuniste Pascal Chevalier (Reworld) ou de magnats industriels comme Daniel Kretinsky (CMI), ce dernier s’en servant de marchepied pour pénétrer le marché et les influences françaises. On s’attendait donc à ce que la pente étant prise, Lagardère continue sa course vers le bas. Et voilà qu’en quelques semaines, l’ex-jeune homme de 59 ans, aux tempes argentées, semble s’être transformé en redoutable stratège des affaires.

Fort de la menace d’une OPA imminente du fonds activiste britannique Amber Capital, n’a-t-il pas réussi à faire venir à ses côtés Marc Ladreit de Lacharrière (Fimalac), sûrement attiré par la perspective de récupérer les salles de spectacle du groupe (comme les Folies Bergères) ? En même temps, il prenait soin de faire nommer administrateur son ami Nicolas Sarkozy, mais aussi Guillaume Pepy (ex SNCF). Fort de ses relations avec le Quatar, l’ancien président de la République sut faire voter le fond quatari (13 % des actions) dans le bon camp et suggérer à une vieille relation, Vincent Bolloré, de s’intéresser à l’affaire. Le patron de Vivendi ne se fit pas prier longtemps. Flairant le coup, et n‘ayant jamais caché son intérêt pour les pépites du groupe (Paris Match, JDD, Europe 1, mais aussi Hachette…), « Vincent le magnifique » n’arrête pas depuis lors — allez savoir pourquoi — de faire acheter des actions sur le marché. Il en détient 17 % et pourrait vite devenir premier actionnaire avec 20 %, devant Amber Capital (18%). De la belle ouvrage pour le tycoon de Canal Plus….

En quelque semaines, pour le tout Paris des affaires, acheter du Lagardère (valeur qui avait mauvais presse jusque-là) est devenue tendance ! Mais ce n’est pas fini. Le festival des bonnes surprises se poursuit. Ces dernières jours, on apprend que Bernard Arnault, via sa holding personnel, vient coiffer l’ensemble. Le Pdg de LVMH prend 25 % (pour moins de 100 millions d’euros) de Lagardère Capital & Management (LCM), la holding de tête, qui outre les droits de 7,25 % sur Lagardère SA, présente l’immense avantage d’abriter le comité exécutif du groupe et de détenir la société Arjil Commanditée – Arco, garantissant la position d’associé-commandité et gérant de Lagardère SA.

Chapeau maestro ! Arnaud Lagardère vient de jouer un coup magistral. Il a désormais les cartes en mains pour décider lui-même avec qui il veut ou non poursuivre son aventure industrielle. C’est d’autant plus spectaculaire que personne ne l’avait vu venir. Reprenez les papiers parus dans la presse financière, qui annonçaient il y a quelques semaines sa descente aux enfers, voire sa banqueroute ! Du coup, on se prend à se dire que le jeune industriel a peut-être remporté son pont d‘Arcole. Et que le meilleur est sans doute à venir. Une très bonne nouvelle pour la place de Paris, qui prouve que l’establishment de nos grands entrepreneurs a encore de beaux restes ! En affaires, comme dans la vie, rien n’est jamais fini !

Robert Lafont

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

17 − seize =