Cette stratégie permanente de croissance tous azimuts est sans doute ce qui caractérise le mieux l’entrepreneur par rapport au manager. Même s‘il ne faut pas opposer les deux. Car un entrepreneur qui n‘est pas aussi un tant soit peu manager ne peut guère aller très loin !

On peut dire ce que l’on veut. Ce qui distingue un grand entrepreneur d‘un chef d’entreprise plus ordinaire, c‘est bien cette capacité chevillée au corps de dépassement et de développement incessant ; toujours tournée vers la croissance et de nouveaux défis. Observez l’américain Elon Musk, son aventure spatiale à peine entamée avec Space X, voilà le créateur de la Tesla, qui veut maintenant devenir, pourquoi pas, un grand tycoon des médias ou des réseaux sociaux en prenant 9,2% de Twitter. (Au passage, le coût des actions Twitter de 2,5 milliards de dollars en valent déjà un milliard de plus !).

Idem pour notre flamboyant Bernard Arnault, critiqué injustement par La France Insoumise (qui n‘est pas à un excès près), oubliant au passage, dans leurs beaux raisonnements égalitaires, que LVMH est devenu à la fois le plus grand contributeur d’impôts en France et aussi le plus grand créateur d’emplois privés.

Ce n‘est pas neutre, reconnaissons-le. De telles incongruités médiatiques ne semblent guère affecter, dieu merci, le cheminement du patron de Louis Vuitton. Celui-ci continue, à 73 ans, sa spectaculaire montée en puissance dans des domaines nouveaux : l’horlogerie avec Hublot, la joaillerie avec Tiffany‘s, l’hôtellerie avec Cheval Blanc ou Belmond, voire même le vin rosé de Provence avec Château d’Esclans.

Un parcours d’expansion à nul autre pareil pour le géant mondial du luxe et qui est devenu un formidable symbole pour tous les entrepreneurs ambitieux de notre pays. On pourrait dire la même chose de nombreux autres capitaines d’industrie : Vincent Bolloré toujours en tête d‘une nouvelle acquisition;  ce sera peut être CGR, le numéro deux français des salles de cinéma, originaire de La Rochelle, avec 73 cinémas et 700 salles actuellement mis sur le marché.

Voire Xavier Niel en pôle pour reprendre de nouveaux opérateurs télécom en Europe mais qui n’oublie de se diversifier dans de nombreux autres secteurs (Unibail, Nice- Matin, Lunettes pour tous, 2XM Organic avec In Vivo..) Des secteurs certes stratégiques, mais n’oublions pas l’industrie, activité moins médiatique où le parcours incessant d‘un homme improbable venu de Syrie quasi orphelin laisse pantois.

Mohed Altrad, c‘est lui dont je veux parler, mais vous l‘aviez reconnu. Ce grand passionné de sport vient d’étrenner la superbe victoire en Grand Chelem des Coqs du XV de France avec leurs splendides maillots bleus avec en effigie le logo d‘ Altrad, vient encore de franchir un palier dans sa conquête mondiale. Une belle reconnaissance pour l’homme de Montpellier devenu en quatre décennies le premier employeur privé du Sud France.

Un homme modeste que j’ai connu à ses débuts, dans les années 80, lorsqu’il s’essayait à reprendre (c’était la mode à l’époque des repreneurs d’entreprises sur le modèle Tapie) la petite affaire d’échafaudage Mefran à Florensac (34), Pme placée en redressement judiciaire et dont personne ne voulait. Altrad ne s‘est pas dégonflé. Il y est allé avec son énergie et son business-plan. On connaît la suite, une montée en puissance fulgurante. L‘empire Altrad est probablement devenu la plus belle réussite industrielle française de ces dernières décennies avec 2,7 milliards d‘euros de chiffre d‘affaires, 55000 salariés à travers le monde et 15,4 % de rentabilité. À coup d’acquisitions mais en réussissant, ce qui est exceptionnel, à conserver presque 80 % du capital de son entreprise. C‘est assez rare pour être souligné. Demandez à Patrick Drahi ou Martin Bouygues ce qu’ils en pensent.

Altrad est un vrai entrepreneur car il ne pense qu’à la croissance et au développement. Dernier rachat en date, celui d‘Endel (500 millions d‘euros de chiffre d’affaires, 5000 collaborateurs) repris au groupe Engie, qui le place d‘ores et déjà comme le leader mondial de la maintenance nucléaire. Cela tombe bien, le savoir-faire est essentiellement français et ne demande même qu’à s’exporter.

Précisément la force du groupe montpelliérain grâce a son implantation internationale dans de nombreux pays. Des Altrad, des Pinault, des Rouiller, des Granjon, il nous en faudrait des milliers. Au-delà des présidentielles, ce sont les entrepreneurs et leurs équipes qui vont faire réussir la France.

Robert LAFONT

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