Modèle de réussite entrepreneuriale à la française, Mohed Altrad montre la voie à suivre par ses homologues patrons
Profitez de la crise pour accroître vous activités
!

J’aurai voulu trouvé meilleur exemple pour illustrer le titre de mon dernier livre Réussir en France malgré la crise (1) que je n’aurais  pas pu ! Le parcours fantastique de Mohed Altrad, souvent présenté par nos médias sous le seul angle de ses déboires dans le rugby ou en politique (aux dernières municipales à Montpellier) constitue pourtant le type même de  formidable réussite entrepreneuriale, qui fait tant rêver ! Aux États Unis, à n’en pas douter, Mohed Altrad serait assurément considéré comme une star à part entière, un monument national dont on scrute les moindres faits et gestes. Nous n’en sommes pas là dans l’hexagone.

Consacré « Entrepreneur mondial de l’année  » par EY en 2015, l’histoire de cet orphelin d’origine syrienne débarqué en France a l’âge de 20 ans avec 200 Francs en poche s’apparente à un véritable conte de fées. Il démontre que, contrairement à ce que l’on dit, il n’y a aucune fatalité, et que l’on peut à partir de rien, si ce n’est talent et courage, bâtir de zéro un empire industriel, leader européen des services à l’industrie, sans réseaux, sans argent et sans famille. Plutôt que d’être ébloui par un tel parcours, certains préfèrent semer le doute ! Qui finance Altrad ? Ne serait-ce pas Assad ! Sans aucune preuve bien entendu… Ainsi va le monde ; les mauvaises nouvelles chassent toujours les bonnes. Et il est tellement plus rassurant pour des observateurs bien assis dans leurs fauteuils de jeter l’opprobre sur des parcours méritants que de s’interroger sur leur propre médiocrité.

Le hasard ou la chance fait qu’en tant que patron du magazine Entreprendre, nous avons eu la chance de rencontrer et d’interroger Mohed Altrad au tout début de son épopée industrielle. Nous étions en 1986, ce jeune français aux cheveux mi longs à la voix hésitante et calme, un peu frêle même, ne savait pas où poser les pieds. Après avoir passé un Doctorat en Informatique et avoir exercé quelque temps chez Alcatel, ce trentenaire toujours bien habillé venait de reprendre à la barre du tribunal de commerce Mefran une belle entreprise d’échafaudage du Languedoc située à Florensac ( 34), près de Béziers mais dont bizarrement personne ne voulait. À cette époque, jeune patron de presse de 29 ans, je suis allé rendre visite au petit  ‘Tapie  en herbe ‘de l’Hérault.

Pour se faire mieux accepter ou élargir ses réseaux, Altrad eut l’idée de sponsoriser ce qui était alors le Sporting club de Toulon, alors un club de Division 1. Lors des déplacements du club, le patron de Mefran avait l’habitude d’inviter aux matchs et ensuite aux restaurants nombre de journalistes et hommes d’affaires. Cela lui permit de vite se faire un nom dans le milieu des affaires et aussi de la presse. La couverture d’Entreprendre, pourquoi le cacher, eut également son petit effet. Mohed en fut très fier, il me l’avoua bien après. Hommes d’affaires intraitable, grand professionnel du contrôle de gestion, il écrit même un livre sur le sujet, le self-made-man montpelliérain était à la recherche d’une identité, d’une surface financière et sociale à même sans doute de compenser les blessures intimes de son déracinement initial, celui de ses origines et des steppes désertiques de la Syrie. D’un caractère complexe voire ombrageux, mais toujours très sociable, il se fit même une spécialité d’écrire de nombreux romans assez personnels. C’est dire que l’imagination était également au rendez vous de ce destin hors normes…

Aujourd’hui,à 70 ans passé, Altrad continue d’avoir faim de conquêtes. Il n’est pas rassasié. Doté d’une solide trésorerie( un milliard d’euros) et d’un faible endettement ( 1,1% de dette nette sur EBITDA), la multinationale de Montpellier (2,60 milliards d’euros de chiffre d’affaires), Altrad Group  veut mettre à profit la crise et ses opportunités pour accroître encore son périmètre et ses activités dans le monde. Après avoir réalisé la reprise, en plein confinement, d’Adyard, une belle société de services à l’industrie pétrolière de 110 millions d’euros de chiffres d’affaires située à Abou Dabi, Mohed Altrad reconnaît « étudier actuellement de nombreux dossiers de rachats, rendus possibles par les difficultés de trésorerie liées la
pandémie.. ». Une stratégie offensive à l’international où nombre d’entreprises n’ont pas pu bénéficier, comme en France, de l’appui financier des PGE ( 130 milliards d’euros accordés à ce jour ), une situation qui pourrait donner des idées à d’autres opérateurs tentés de mettre la main sur des concurrents étrangers devenus attractifs car fragilisés ou exsangues. Le malheur des uns fait-il le bonheur des autres ? Sans doute, en rappelant que le mot crise signifie aussi opportunité !
Sur un autre secteur, celui de la banque, la BNP-Paribas met la main, pour 110 millions d’euros, sur le bancassureur belge bpost (165 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 720000 comptes à vue ) qui est aussi le dixième acteur bancaire du pays. Ce n’est qu’un exemple ! Plus que jamais, la crise actuelle ouvre de nouveaux horizons à ceux qui souhaitent se renforcer à l’international. C’est sans doute une aubaine pour nos acteurs nationaux. Merci à Altrad de nous le rappeler si clairement. Avis aux amateurs !

Robert Lafont


(1) Le livre de Robert Lafont, président d’Entreprendre Réussir en France malgré la crise est disponible en kiosques (Les dossiers pratiques 21) ou en version digitale sur Lafontpresse.fr

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