Nuclear power plant after sunset. Dusk landscape with big chimneys.

Par Yvon Gattaz, ancien chef d’entreprise et président de CNPF de de 1981 à 1986.

Tribune. Mon premier contact avec les centrales électriques se produisit lors de ma troisième année d’élève ingénieur à l’Ecole Centrale car il y avait une grève déclenchée par la CGT paralysant complètement la centrale électrique à charbon de Clichy qui allait être forcée de d’arrêter. Le Gouvernement fit appel aux élèves ingénieurs et nous demanda de participer au sauvetage de la centrale, ce que nous avons accepté immédiatement avec plaisir.

J’ai donc passé une huitaine de jours dans un dortoir de 20 jeunes élèves ingénieurs et nous avons pu constater les difficultés que représentait la conduite d’une centrale électrique même à charbon, et surtout les graves pollutions qu’elle produisait. Ce fut pour nous un souvenir historique et héroïque. Le meilleur souvenir que j’en ai gardé personnellement fut la dégustation du délicieux corned beef en boîte que nous avait livré l’armée américaine.
Les prises de position hostiles des écologistes contre toutes les centrales nucléaires et les résultats spectaculaires qu’ils ont obtenus auprès de grands pays comme l’Allemagne ne cessent d’interpeler les chercheurs, les scientifiques, les ingénieurs et les techniciens qui se sont intéressés, de près ou de loin, à ce problème vital pour les pays industriels.

Dans la Section Economie politique, statistique et finances de l’Académie des sciences morales et politiques à laquelle j’ai longtemps appartenu et que j’ai même présidée pendant 20 ans, nous nous sommes souvent posé ce problème compte tenu de la présence parmi nos membres de Marcel Boiteux dont on connait le rôle majeur qu’il a joué lorsqu’il était président d’EDF pour imposer les centrales nucléaires françaises, stratégie qui a abouti à faire de la France le pays moderne le plus « nucléarisé » alors que des grands pays comme la Chine et l’Allemagne en sont restés aux centrales à charbon les plus polluantes.

Jeune ingénieur, je me suis intéressé de bonne heure à ce vaste problème grâce à mon ami et camarade de Centrale Robert Galley qui fut neuf fois ministre, on le sait, et particulièrement Ministre de 1968 à 1969 chargé de la recherche scientifique et des questions atomiques. Robert eut l’amabilité de m’inviter une journée pour visiter l’usine de Marcoule qu’il avait lui-même construite de 1955 à 1958 avant d’entreprendre la construction de Pierrelatte.

Galley était un propagandiste acharné de l’énergie nucléaire et il prenait même le risque de se promener avec quelques éléments radioactifs dans sa poche de veste, ce qui était sûrement très imprudent car il oubliait ce qui s’était passé pour Marie Curie, morte du polonium qu’elle avait elle-même découvert.

Les défauts de soudure constatés sur nos centrales électriques nucléaires actuelles sont vraiment alarmants et nous nous trouvons aujourd’hui dans l’obligation de faire appel à des spécialistes étrangers, ce qui est vexant pour notre pays qui a perdu une belle priorité technologique.

A ce jour, la France compte 18 centrales électriques nucléaires en exploitation pour un total de 56 réacteurs nucléaires de puissance. Dans ce domaine, nous sommes le deuxième producteur mondial après les Etats-Unis et notre couverture nucléaire en production d’électricité est à 67,1 % en 2020, ce qui constitue encore un beau record dont nous pouvons être fiers.
Outre sa pollution insignifiante, l’électricité nucléaire a l’avantage d’avoir un prix très bas au kilowattheure. En effet, les estimations les plus récentes sur le prix du mégawattheure nucléaire ne dépassent pas 60 euros alors que l’on sait que le coût allemand des centrales à charbon atteint 100 euros, l’éolien 80 euros et le photovoltaïque 100 euros. Un avantage économique auquel les entreprises françaises sont très sensibles.

Pour l’avenir, tous les gouvernements du monde se posent la question de la production d’électricité la plus adaptée. Or il semble que les énergies renouvelables telles que les éoliennes et les panneaux solaires ne fonctionnent jamais au bon moment car elles sont éphémères et donnent de l’électricité lorsqu’on n’en a pas besoin. Ce qui faisait dire à Marcel Boiteux : « L’éolienne, c’est du vent ». Quant aux meilleurs centrales électriques, les centrales hydrauliques, elles présentent elles-mêmes une dangerosité reconnue et on se souvient de la catastrophe de la rupture du barrage de Malpasset dans le Var en décembre 1959 qui avait fait 423 morts ou disparus.

Reste également le vaste problème des déchets radioactifs dont on parle souvent mais je me souviens d’une visite d’académiciens que nous avions faite à l’usine de Cherbourg et nous étions revenus rassurés sur la qualité et l’extrême sensibilité des pouvoirs publics sur ce problème d’enfouissement des déchets pour le long terme. Il semble que les dernières méthodes mises au point soient une parfaite sécurité pour les siècles à venir.
On le voit, les centrales électriques nucléaires méritent une réhabilitation après une mise à l’index qui a été absolument scandaleuse.

Comme ces centrales émettent le moins de CO2 dans l’atmosphère, on pourrait effectivement en profiter pour changer leur nom comme l’avait si intelligemment fait les médecins à propos du nucléaire et l’invention de la résonnance magnétique dans l’expression ésotérique mais très sympathique pour tout le monde d’IRM qui n’est absolument pas contestée.
La solution pour demain est donc de transformer le nom des centrales nucléaires en « centrales écologiques » car elles le méritent bien.

Et alors le monde s’enthousiasmera !

Yvon Gattaz
Ancien chef d’entreprise et président de CNPF de de 1981 à 1986.
Membre de l’Institut
Doyen de l’Académie des sciences morales et politiques
Fondateur de Radiall, d’E.T.H.I.C., du METI et de l’Assoc
iation Jeunesse et Entreprises

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