Quand François Fillon a lancé le 29 aout 2016 son fameux avertissement. « Qui imagine le Général de Gaulle être mis en examen », il visait alors Nicolas Sarkozy, et ne s’imaginait pas que cela allait, tel un boomerang, pouvoir s’appliquer à lui. C’est pourtant cette même phrase qui sonnera le glas de sa possible victoire aux élections présidentielles de 2017 où il partait grandissime favori, après sa belle victoire aux primaires des Républicains face à Juppé et Sarkozy en particulier. On a pu en arriver là parce que le Parquet National Financier, au prix d’un zèle frénétique et d’une accélération du calendrier judiciaire jusque-là jamais vue, le candidat des Républicains se trouva piégé, presqu’obligé à renoncer. Son entêtement à poursuivre (il était trop tard pour préparer une autre candidature, François Baroin n’ayant pas montré une envie folle de le remplacer au pied levé, comme le lui avait demandé Nicolas Sarkozy, ce qui fit hésiter aussi par effet de contagion Alain Juppé, l’autre recours possible) mit du plomb dans l’aile à une campagne qui devait l’amener jusqu’au plus haut sommet de l’État. De tonalité conquérante, la campagne de l’ancien premier ministre devenait celle d’un candidat aux abois, éternellement sur la défensive et dont les propositions n’imprimaient plus malgré la résistance d’un nombre de partisans encore fourni comme on le vit lors du discours de la résilience, place du Trocadéro, le 5 mars 2017.

L’élection présidentielle française (la plus importante de nos institutions) avait bien été tourneboulée, « les mouches avaient changé d’âne » comme on dit en rugby ! « Elle a été faussée » comme le dit au JDD l’ancien ministre de l’intérieur Brice Hortefeux.
Après un tel boulet, son rival, déjà chouchou des médias, n’avait plus qu’à dérouler son programme sans fausse note jusqu’au tapis rouge du palais de l’Élysée.
Voilà où on est rendu jusqu’aux déclarations fracassantes de l’ancienne présidente du PNF, Eliane Houlette devant la commission parlementaire, révélant avoir été l’objet de « pressions » de sa hiérarchie afin d’accélérer les poursuites contre François Fillon.

Bien entendu, nos médias à juste titre et comme un seul homme se mettent à remettre en cause l’intégrité et l’indépendance de notre justice. Que ne l’ont-ils fait à l’époque ! Mettre en examen le candidat favori d’une élection présidentielle à quelques jours de la clôture des inscriptions. Pas besoin d’avoir fait Saint-Cyr pour comprendre que l’histoire n’est plus du tout la même. D’autant plus que le PNF, c’est avéré aujourd’hui, a mystérieusement changé le cadre juridique de l’enquête sur Fillon et son épouse le 24 février 2017. A partir de ce jour-là, on sait que la mise en examen devenait possible et même souhaitable. Rappelons que l’enquête préliminaire avait été ouverte un mois plus tôt sur la simple base d’une accusation issue d’un article paru dans le Canard Enchaîné. Il n’y a que les journalistes français pour avoir laissé croire, à part quelques rares exceptions, (Marianne, Le Point ou l’Évènement magazine) que l’élection allait pouvoir se dérouler comme si de rien n’était. Un vrai « bal des faux culs! »

Il faut dire qu’en face, le jeune candidat, venu de nulle part, avait du répondant et du style. Il allait aussi pouvoir casser le sempiternel clivage gauche-droite qui fait tant de mal à notre pays. On allait voir ce qu’on allait voir. On n’avait rien à perdre et tout à gagner à essayer. Macron tel l’homme nouveau était devenu le héraut du renouveau français à venir. On y a cru. Quelques 70 news ou magazines people lui consacrèrent sa une durant cette période contre quelques petites couvertures à son concurrent direct. On ne sort pas indemne d’un tel traitement médiatique…
Et puis le programme d’En Marche restait alléchant. Personne ne l’avait lu. Ce n’est pas grave, on y parlait de monde nouveau, de progrès et même de révolution. Mieux, on allait pouvoir tout faire „en même temps“. Difficile de ne pas succomber…

Quelques trois ans plus tard, certains ont déchanté, d’autres se sont habitués.
Nous en sommes là jusqu’aux déclarations faites sous serment par Madame Houlette, désormais à la retraite. Des déclarations qui peuvent déranger même si on se doutait que dans cette affaire, rien n’était innocent. Avec le PNF créé par lui, Hollande croyait avoir trouvé la parade pour mettre à terre celui qui devait être son rival, un certain Sarkozy. Malheureusement pour lui, Hollande ne pouvait imaginer qu’il ne serait même pas en capacité de se représenter. C’est une autre histoire…
On fait comme si on découvrait. Mais c’est trop tard, le président est élu et pour cinq ans. D’ailleurs en fin politique qu’il est devenu à travers un apprentissage forcé et chahuté ( crises des Gilets Jaunes, SNCF, retraites, et Covid) Emmanuel Macron n’a pas tardé à prendre les devants et à demander au Conseil Supérieur de la Magistrature de „ lever les doutes“ sur les pressions qui se seraient exercées sur le PNF à cette occasion.

Personne n’est dupe de cette saisine qui permettra de faire baisser la pression et de gagner de précieux mois sur une polémique qui commence à sérieusement enfler et que bizarrement un grand quotidien comme Le Parisien aura réussi à totalement ignorer dans sa dernière édition dominicale. (Le Parisien est une filiale de LVMH, on sait par ailleurs que Bernard Arnault est proche d’Emmanuel Macron). Ainsi va le monde médiatico politique hexagonal…

Robert Lafont

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