Stéphanie Barneix-Geyer, une championne du monde face à ses 4 cancers

C’est en 1977, que l’ONU a déclaré le 8 mars comme la Journée internationale du droit des femmes. Dans certains pays, comme en Arménie, la femme est célébrée pendant un mois. Le 28 mars, dans les Landes, où elle vit, Stéphanie Barneix-Geyer évoque les défis et les épreuves de sa vie. Reportage sur cette combattante « miraculée », dont le prochain défi est de rallier le Pérou à la Polynésie Française.

Nous la retrouvons dans la cité balnéaire de Capbreton, où elle s’entraîne quotidiennement. Le ciel est couvert, avec des percées ensoleillées, qui donnent à cette ville connue pour son port de pêche et son port de plaisance des allures estivales. Stéphanie est là, attablée au célèbre Bistro’ Baya. Elle boit son café. Derrière-elle, à travers la grande baie vitrée l’océan étend son horizon marin. Des surfeurs sont, déjà, à l’eau. « Ici, c’est le seul port des Landes, j’y ai beaucoup d’attaches. C’est, également, le paradis des surfeurs », dit-elle en plantant le décor marin. Elle ressemble à ces nageuses, qui ont choisi la natation comme passion. Son visage a été modelé par l’eau, sans doute à l’occasion de ses nombreux entraînements. « J’ai commencé la natation, vers l’âge de 5 ans » raconte-t-elle. Elle n’a jamais remis le maillot de bain au placard, définitivement.  Certes, pendant quelques semaines, elle a dû faire une pause, lorsque sa vie était en danger. Attaquée par un, puis, deux, puis, trois, puis, quatre cancers. C’est une combattante.

Celle qui se tient-là, assise, les cheveux tirés en arrière par une simple couette, avec son chemisier et son gilet bleu, et, pour seule coquetterie ses deux boucles d’oreilles perlées, est une rescapée, une résistante des hauts fonds de la maladie. « Le sport est ma bouée de sauvetage en définitive », déclare cette landaise d’origine.

Elle est née à Mont-de-Marsan et a grandi à Grenade-sur-l’Adour, un village de 2000 habitants qui se situe à une quinzaine de kilomètres au sud de la ville aux 2 M. Sur place, un premier indice démontre la notoriété de cette femme hors-du-commun : la piscine municipale porte son nom. Certes à ses débuts, elle n’était pas aussi reconnue médiatiquement que l’était Laure Manaudou, ou Florence Arthaud, la célèbre navigatrice, première femme victorieuse de la Route du Rhum en 1990, qui est décédée dans un tragique accident d’hélicoptère en Argentine, il y a 7 ans. Cependant, à regarder de près son palmarès et sa vie, Stéphanie ressemble à une wonder woman. Elle est hors-norme. Son nom est dans le Guinness Mondial des Records. Pourtant, au départ, rien ne la prédestinait à affronter tous ces océans.

Une championne est née

Alors que son frère n’est pas du tout dans le bain de la piscine, elle, rejoint le sport-études natation à Mont-de-Marsan, dans le club de Saint-Pierre-du-Mont. Elle se destine, déjà, à une carrière de nageuse-sauveteuse. « J’ai appris à sauver les gens dès l’âge de 18 ans. Par contre, au départ, il y a eu quelques réticences parce que je suis une femme : on a voulu nous limiter au lac. » Elle réussit à convaincre ses pairs, et, devient membre de l’association de sauvetage-côtier qui se situe à Hossegor. Ses pairs n’avaient pas vu son potentiel d’eau de mer. Elle tombe amoureuse de ce sport, qui vient d’Australie. Sa motivation monte en flèche, lorsqu’elle décide de participer au championnat de France. Elle devient championne de France en 1995, à l’âge de 20 ans. Puis, elle enchaîne les autres podiums. En 1999 et 2000, elle est sacrée championne d’Europe et championne du Monde de sauvetage côtier. Etudiante à Bordeaux, en STAPS, en sciences et techniques des activités physiques et sportives, elle concilie ses deux vies. Elle navigue, aussi, dans le milieu du sponsoring, pour financer sa participation aux différentes compétitions.

Elle regrette que ce « super sport » ne soit pas davantage mis en avant. D’autant plus que, dans le monde, selon un rapport de l’OMS, plus de 300 000 personnes meurent chaque année de la noyade. Santé publique France, l’agence nationale sous tutelle du ministère de la Santé, avait publié une étude en 2018. Dans cette étude, elle montrait que les noyades accidentelles avaient augmenté de 30% par rapport à 2015. L’alerte a été suivi d’effets, même si la noyade accidentelle reste la première cause de mortalité des jeunes de moins de 25 ans. Stéphanie « adore l’océan, adore sauver des vies. Elle adore les championnats. » Son triptyque de vie se résume à ses trois mots : études-piscine-océan. Un triptyque qui se transforme en aventure sportive internationale, lorsqu’elle part aux Championnats du monde, en Australie.

Des défis australiens… à Hawaï

« La première fois que je suis partie en Australie, dans la Sunshine Coast, dans le Queensland, c’était en hiver 1997. J’y suis allée une demi-douzaine de fois, depuis, grâce à mes sponsors, et, à mes victoires. » A chaque séjour, elle reste plusieurs mois pour s’entraîner et se perfectionner. Là-bas, elle se rend compte de l’attrait de son sport dans l’île-continent du Pacifique. Puis, la passion engendre un nouveau défi : celui de relier une île à l’autre sur sa planche de sauvetage, à la force des bras. Après l’ivresse des piscines et de la côte landaise, celle des océans au pluriel semble frapper à la porte de son cœur. En 2003, elle se rend dans l’archipel mythique d’Hawaï, et, participe pour la première fois aux championnats du monde de paddle, qui consiste à relier Molokai à Oahu. Dans sa catégorie de 14 pieds (+/- 4 m), sur sa planche, elle termine première (seule participante de sa catégorie). Pendant plus de 7 heures, ce mois de juillet 2003, elle alterne les positions à genoux et couchée. La mer est propice à la traversée. Elle avance à la force des bras, et, va jusqu’au bout de son défi aquatique de 54 kms.

« A la suite de cette première compétition à Hawaï, je décide de faire l’année d’après, en 2004, deux championnats du monde, dont celui de longue distance. Tout va super bien. Mes défis se multiplient et mes sponsors me suivent. Je me marie en octobre avec Walter, déjà, embarqué dans l’aventure. »

Des podiums…au premier cancer

En Italie, en septembre 2004, elle participe à ces championnats du monde de longue distance. Elle monte sur le podium. A Viareggio, elle prend conscience de ses succès, qui s’enchaînent. Ses podiums se sont multipliés depuis ses 5 ans. Elle n’en a pas encore 30, lorsque, ce qui ressemble au bonheur et à l’ivresse des succès, se transforme en épreuve vitale. Lors d’une consultation un radiologue lui dit : « Ne vous inquiétez pas, ce sont des petits adénomes. Vous avez 1 chance sur 200 000 d’avoir un cancer du sein. » Stéphanie s’inquiète. Elle ne dort plus bien la nuit. Nous sommes en novembre 2004. « Je fais un cauchemar que j’ai un cancer. » La biopsie qu’elle réalise malgré l’avis des médecins lui donne, malheureusement, raison. Elle a bien un cancer du sein.

Elle suit un traitement très lourd : une chimiothérapie, qui sera prolongée par une radiothérapie. En tout, elle va passer quelques jours au fond du trou, « au fond du seau », comme elle dit. Avec sa volonté de fer, elle se relève très vite. Et, décide de remporter ce nouveau défi qui la touche en pleine ascension. Elle devient une boulimique de livres sur le sujet. Elle cherche, interroge les experts, lit et re-cherche, et, re-interroge. Elle est montée sur le ring. C’est le combat de sa vie. « Au début, c’était dur car tout s’est arrêté. Puis, les médecins ne voulaient pas que je continue de faire du sport. J’en faisais en cachette », dit-elle en rigolant. En ligne de mire : les prochains championnats du monde, pour lesquels elle s’entraîne malgré les traitements. Ses cheveux repoussent à peine.

« J’ai envie de traverser… un océan ! »

Stéphanie réussit à vaincre son premier cancer. Trois autres suivront, en 2009, en 2015 et en 2018. Cette femme est une résistante. Elle est devenue, malgré elle, championne du monde du combat contre les cancers. Sa force ? « Tout est dans le mental, dans la volonté » répond-elle. Avec sa notoriété ascensionnelle, ses proches et ses nouvelles amies, elle veut effectivement traverser un océan. Nous sommes en 2009. La rémission de son premier cancer lui ouvre les vannes de tous les défis incroyables. Grâce à Chantal, Alain, Odette, Laurence et Karene, d’autres malades, elle prépare son projet fou : relier la petite île de Cape Breton au Canada à sa ville de Capbreton, dans les Landes. Une vraie folie.

Pour la réaliser, elle embarque avec elle deux autres sportives de haut-niveau qui vont participer au départ en juillet 2009 à la grande traverser de l’atlantique sur une planche. « Nous avions réussi à boucler le budget de 800 000 €, avec des sponsors locaux, comme Roxy, TFE, et, Delpeyrat. Et, au dernier moment, deux mois avant le départ, j’apprends que j’ai mon second cancer. J’en parle aux filles, Alexandra Lux et Flora Manciet. Et, je leur dis qu’on ne lâche rien. Elles sont d’accord. »

Les « 3 mousquetaires », comme les appelle une proche, sont au départ ce 5 juillet. Elles vont se relayer 21h sur 24h, parcourant les 4830 kms sur leur planche à la force des bras. Ces championnes du sauvetage en mer vont réussir leur pari, sécurisé par un voilier d’assistance qui porte bien son nom de Passager du vent. 54 jours plus tard, elles atteignent Capbreton. Là, plus de 10 000 personnes sont au rendez-vous pour les accueillir. Elles entrent dans le Guinness Book des records.

Cap sur l’optimisme et de nouveaux projets impossibles (?)

« Impossible ne fait pas parti de mon vocabulaire », s’amuse à dire Stéphanie. Après la traversée de l’Atlantique, direction le Cap Horn. Elle, qui travaille en dehors de ses défis pour la mairie de CapBreton dans le secteur du tourisme et de la sécurité des plages, travaille, depuis peu, à l’échelon départemental.

Infatigable, elle a lancé une association, Cap ô pas cap, en 2013, avec Alexandra le Mouel, et d’autres, pour « sensibiliser les enfants à l’eau ». En décembre 2014, elles partaient toutes les 3 (Flora Manciet ayant été remplacée par Itziar Abaxal) pour le fjord de Garibaldi au Chili. Elles passaient le Cap-Horn. En 2015, avec sa notoriété, qui dépasse, dorénavant, les frontières, elle lançait une autre association : Hope Team East.

« Là, il s’agit d’aider tout le monde, sans exception. Et, la clef reste le défi sportif », explique-t-elle en avalant son café. Dernier projet en date : Cap Optimist. « Cette fois-ci, le projet est de relier le Pérou à la Polynésie Française. Nous serons 6 filles à nous relayer pour parcourir ces 8000 kms. Je vous donne rendez-vous dans moins de 9 mois, en janvier 2023, à Lima. » Elle sourit et se lève. Et, file s’entraîner. Le poste de surveillance de Capbreton est à moins de 100 m. Dehors, elle est restée la même. Ou presque : elle a, juste, enfilé sa combinaison de sauvetage. Elle porte sa planche de près de 4 m. Elle se met à courir et dévale la petite pente sablonneuse. Les vagues sont fortes. Elle plonge. Au loin, elle salue de la main et se dirige vers les autres surfeurs. « Rendez-vous à Lima ! », son invitation résonne encore alors que le soleil est à son zénith. Stéphanie Barneix-Geyer est plus qu’une « wonder woman », elle est devenue une « wonder acqua-woman ». A suivre…

Pour en savoir-plus sur l’association : www.hopeteameast.fr

Pour en savoir-plus sur le défi de 2023 : www.capoptimist.com

 Antoine BORDIER

        

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