Photo Ronan Houssin/ABACAPRESS.COM

Par Denys Malengreau, planificateur d’identité numérique

Tribune. En 2017, 36 millions de Français étaient sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, ils seraient quelque 53 millions. Soit a minima 10 à 15 millions de Français de plus en 5 ans. Si les réseaux sociaux ont pu jouer un rôle d’influence, entre autres, lors de la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016, qu’en est-il aujourd’hui ?

Les candidats à cette atypique élection présidentielle française de 2022 ont bien compris l’enjeu stratégique d’un positionnement numérique. Les équipes d’Éric Zemmour ont ainsi dépensé sur Facebook plus de deux fois en publicité (36 957 euros) que celles de Marine Le Pen (15 203 euros).

Éric Zemmour surclasse également Marine Le Pen sur Facebook avec un taux d’engagement de 7 % sur un an (janvier 21-22) contre 0,57 % pour cette dernière. Stratosphérique.

Sur YouTube, avec ses 58 000 abonnés, pour une chaîne créée en 2016, la dirigeante du Rassemblement National (RN) est loin des 459 000 abonnés d’Éric Zemmour pour une chaine lancée seulement en août dernier. Ces quelques chiffres non-exhaustifs devraient interpeller à l’aune des derniers sondages donnant Marine Le Pen à plus de 10 points d’avance sur son concurrent.

Les sondages classiques saisissent-ils pleinement les forces numériques en présence ? Ou bien donne-t-on trop d’importance à l’influence supposée des réseaux sociaux dans cette campagne ? De nombreuses analyses scientifiques ont néanmoins relevé les mécanismes d’influence numérique qui, contre toute attente, ont porté Donald Trump au pouvoir en 2016.

Le paysage des réseaux sociaux et leur accès a considérablement changé en France comme partout ailleurs dans le monde. Les Français en l’occurrence passent en moyenne 1 heure de plus par jour sur leurs smartphones et 1 heure et demi de moins sur leurs ordinateurs et tablettes depuis 2017.

Les sondages prennent-ils en compte ce phénomène sociologique dans sa pleine mesure ?

Le mobinaute est-il plus enclin à faire preuve de légèreté dans l’expression d’un vote en recourant —ce n’est qu’une hypothèse— davantage au smartphone qu’au PC pour répondre à un sondage en ligne ?

Comment expliquer qu’un citoyen sondé par le très sérieux Harris Interactive puisse exprimer un vote pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour, puis annoncer s’abstenir ou voter pour Emmanuel Macron lors d’un deuxième tour avec le même Jean-Luc Mélenchon qui aura eu sa voix au premier tour ?

Dans un sondage publié ce 6 avril 2022, 5 % des personnes exprimant une intention de vote pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour voteraient en effet pour le président sortant lors d’un deuxième tour Emmanuel Macron – Jean-Luc Mélenchon. Et 3 % d’entre eux s’abstiendraient dans ce même scénario. 8 % soutiendraient Jean-Luc Mélenchon au premier tour, puis ne le soutiendraient plus au deuxième tour !

Audience sur les réseaux sociaux, usage massif du smartphone, facteurs conjoncturels divers ; le groupe de personnes acceptant de participer à un sondage est-il aussi représentatif en 2017 qu’en 2022 du groupe de personnes qui ira voter ? Cette question, le baromètre QOTMII, qui fonctionne en analysant des millions de données sur le Web, l’impose par des résultats qui diffèrent fortement de ceux obtenus par les sondeurs.

La méthode de QOTMII ? Conjuguer des analyses quantitatives et qualitatives que seules des machines sophistiquées soutenues par de l’intelligence artificielle peuvent réaliser en instantané.

Côté quantitatif, le moteur de recherche de QOTMII scanne toutes les sources Web, réseaux sociaux, y compris les sites de presse et médias ainsi que les blogs politiques d’influence, afin d’en dégager des mesures de buzz, de bruit médiatique, de visibilité de chacun des candidats en lice. Aucun candidat à une élection ne peut penser se faire élire sans prendre une place substantielle.

Côté qualitatif, QOTMII analyse les perceptions et valeurs positives et négatives qui sont associées aux candidats. Ces mots-valeurs porteurs de sens et d’émotions fortes sont à la base de QOTMII qui calcule instantanément des scores d’émotion apparentés à ce que les sondeurs nomment « cote de popularité » ou « cote de confiance ». La logique voudrait qu’aucun candidat impopulaire puisse remporter une élection.

Finalement, QOTMII a développé un algorithme qui mixte ces dimensions quantitative et qualitative sous la forme d’un indicateur de potentiel électoral consultable sur l’application QOTMII Politique France.

Résultat ? On note une certaine correspondance entre les cotes affichées par QOTMII et les chiffres des sondages à l’exception toutefois de deux candidats et pas des moindres : Marine Le Pen et Éric Zemmour. L’une plus basse, l’autre plus haut. L’un, Éric Zemmour, obtient un score de potentiel électoral le qualifiant au second tour depuis de longues semaines sans discontinuer. L’autre, Marine Le Pen, toujours en-dessous et disqualifiée.

L’usage du big data à des fins électorales est connu. Google Trends s’est montré plus que pertinent lors de plusieurs élections, entre autres aux États-Unis, au Canada ou encore en Allemagne, montrant une forte corrélation entre celui qui est le plus cherché dans le moteur et celui qui est élu. Aujourd’hui, Google Trends montre sensiblement la même tendance que QOTMII.

Quelle méthodologie d’analyse des opinions sera la plus pertinente cette année ? L’approche sondagière classique ou l’analyse big data ? Quelle que soit l’issue électorale, il y aura des enseignements à tirer.

Denys Malengreau (@denys_mlg)

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