Le haut de gamme touristique a beaucoup souffert depuis la pandémie. Heureusement, les entrepreneurs ne se résignent pas et gardent leurs convictions et leur passion intactes quant à l’avenir des établissements de luxe. Ils parient tous sur un retour en force en 2022 à la hauteur de leurs ambitions.

C’est un euphémisme que de dire que la fermeture des frontières, le blocage des transports aériens ont fortement impacté le tourisme. Si le Covid n’a probablement pas dit son dernier mot, une meilleure connaissance des risques permet de reprendre une vie où les projets ne sont pas un vain mot. Ce sont les 4 et 5 étoiles qui ont été les plus touchés, tout comme les grands restaurants même si les aides ont eu une influence positive. Ce contexte n’empêche pas des entrepreneurs dynamiques et ambitieux d’investir et de miser sur leurs belles demeures avec des projets à haute valeur ajouté.

Frédéric Biousse et Guillaume Foucher

Le duo transforme en or ce qu’il touche

Frédéric Biousse a été directeur international adjoint de Cartier avant d’intégrer le monde de la mode. Avec Elie Kouby du Comptoir des Cotonniers, il a repris Sandro en 2007 qui n’avait que deux boutiques à l’époque et réalisait 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le développement a été fulgurant sous leur impulsion avec les rachats de Maje et Claudie Pierlot, jusqu’à atteindre 700 millions de chiffre, une trajectoire remarquée et remarquable. L’homme d’affaires est un entrepreneur né, il a pris un risque, en investissant tous ses deniers et en empruntant, et cela a payé. Pour parvenir à un résultat aussi éclatant, il a fallu travailler sans cesse.

Cette première étape de vie était à la fois passionnante et épuisante, elle a défilé dans l’urgence, les avions, et sous pression. Lors de la vente au groupe KKR en juin 2013, Frédéric Biousse participe à l’opération, mais dans le même temps, il fait part à ses associés de son souhait d’arrêter là l’aventure afin de se ressourcer et de trouver un second souffle. Il a plus d’une corde à son arc et détient déjà d’autres investissements dans différentes maisons, actives dans des secteurs proches de ses intérêts de vie, comme la Maison Plisson ou les restaurants Big Mamma. Il avait également créé avec Guillaume Foucher trois galeries d’art contemporain dans les capitales française et belge.

Guillaume, la fibre artistique

Guillaume Foucher est un collectionneur d’art reconnu, passionné de photo, il a rencontré Frédéric Biousse alors qu’il était encore étudiant à l’école du Louvre. La nouvelle étape de vie qu’il a entamée avec lui avec Les Domaines de Fontenille le passionne. Ensemble, les voici qui se familiarisent avec de nouveaux univers, au fil des chantiers et ouvertures de secteurs inattendus, comme le travail de la vigne dans le Lubéron, la langue espagnole pour Minorque, ou le surf pour la côte basque.

Le tournant de 2013

Cette nouvelle vie a commencé en 2013, avec l’acquisition des Domaines de Fontenille dans le Lubéron, et l’idée d’un lieu confortable et complet, production viticole incluse. La propriété est grande, et permet de travailler en toute tranquillité. Frédéric et Guillaume restaurent, décorent, font un petit bijou de l’endroit, finalement un peu grand pour deux personnes seulement. Pourquoi ne pas en faire une chambre d’hôtes de luxe ? L’engrenage se met en marche, Fontenille rencontre rapidement un grand succès. D’autant que la restauration se fait star. Les efforts fournis permettent à l’étoile Michelin de tomber dans leur escarcelle. On imagine ce que cela a représenté en termes de charge de travail, mais le résultat est là, d’autant que ce domaine n’était aucunement leur spécialité auparavant.

Un domaine qui fait des petits

Ce succès enclenche la suite, et les Domaines de Fontenille font des petits. « Les Bords de Mer » à Marseille sont un nouveau chantier suivi dans la foulée par « Torre Vella » et « Santo Ponsa » dans la petite île de Minorque. L’occasion de montrer la diversité de leur talent en créant deux univers totalement différents. Avec ses deux kilomètres de plages privées, l’endroit est fabuleux. C’est parti, rien ne les arrête plus, les voici sur le pont à l’hôtel « Les Hortensias du Lac » et sa cabane de plage des Estagnots à Hossegor, avant de s’attaquer à la région parisienne, sans oublier une deuxième adresse dans les Landes.

En effet, l’Hôtel du Golf à Seignosse va revivre après un chantier très important et une réouverture le mois dernier. « 70 hectares et l’océan », voici une nouvelle réalisation quatre étoiles, qui bénéficiera du label Relais & Châteaux. Tout a été repensé dans cet établissement de 33 hébergements qui se situe au centre du golf.

Le luxe à portée

En l’espace de quelques années, les voici à la tête d’un groupe indépendant positionné dans l’hôtellerie de luxe, avec une nuance, un luxe accessible, un élément important dans le concept qu’ils ont mis au point lors de sa création. Tous deux sont convaincus que leur choix de mettre en avant de la beauté, de beaux et bons produits ne peut qu’attirer de plus en plus. Une conviction bien ancrée avant même que la pandémie ne renforce ce mouvement profond du public. En marketing, on sait qu’il faut un bon produit, un bon emplacement, un bon management, des moyens financiers, mais il faut aussi que tout cela concorde avec le bon moment.

Et le « luxe abordable » cité par Frédéric Biousse est totalement dans l’air du temps, a priori pour perdurer. De nombreux Français ont de l’argent, qu’ils dépensent prudemment, pour eux, pour leur famille, mais en voulant se faire plaisir.

Une nuit chez Deneuve

Fin 2018, la star du cinéma français, Catherine Deneuve, vendait son château de Primard en Normandie, qu’elle avait acquis quelques vingt années auparavant. Cette demeure de style directoire à 70 kilomètres de Paris permettait à l’actrice de décorer, jardiner, et garder ses ouailles à l’abri des indiscrets. Ce fut un coup de cœur pour notre duo, qui encore une fois (ne serait-ce pas une habitude ?) trouve que l’endroit magnifique est sans doute trop grand pour ne pas être partagé avec une clientèle.

L’hôtel ouvre finalement cette année, en 2021, un cinq étoiles qui saura attirer les clients, comme toutes les autres réalisations du binôme, d’autant que la restauration est assurée là aussi par un certain Eric Fréchon, qui, en parallèle de ses fonctions au Bristol Paris, est Mentor de la Restauration et Associé des Domaines de Fontenille. Certains seront aussi curieux de découvrir l’ancien refuge d’une star aussi discrète sur sa vie privée que Catherine Deneuve.

Alain Weill, l’investisseur

55 millions d’euros à la Croix-Valmer

L’arrivée du PDG d’Altice France a réveillé les chaumières de La Croix-Valmer, petit village méditerranéen de 3700 âmes dont la proximité avec Saint-Tropez bouscule depuis longtemps l’intimité. Les habitants se sont même inquiétés des investissements toujours croissants de l’homme d’affaires bien connu sur leur territoire. Celui-ci est aussi un peu le sien, car la famille Weill vient à La Croix-Valmer depuis des lustres pour les vacances ; Alain Weill connaît donc parfaitement l’environnement.

D’autant que l’homme d’affaires a investi une petit fortune sur place : le rachat de trois hôtels, deux restaurants et d’une bonne quarantaine de studios a donné lieu à un chantier d’ampleur colossale. En 2019, un cinq étoiles sortait de terre, le « Lily of the Valley », concept bien-être qui va être complété par des suites aux piscines individuelles. Design by Stark, 80 personnes à l’année, 200 en saison, programme de remise en forme, et ce n’est pas fini.

Voir toujours plus grand

Quelle mouche a donc piqué notre businessman pourtant déjà bien occupé par ailleurs ? Celle des souvenirs d’enfance peut-être… Des moyens financiers à disposition également. Après tout, sa fortune est faite depuis la vente de son groupe de médias à Patrick Drahi. Sans oublier que la soixantaine va sonner cette année, le besoin de prévoir de nouveaux projets à titre personnel serait-elle la solution choisie par Alain Weill pour continuer à aller de l’avant, même s’il avoue lui-même s’être laissé aller à voir toujours plus grand au fur et à mesure des avancements du chantier.

Un homme d’affaires hors normes

Peut-être aussi que la création d’entreprises fait tout simplement partie de l’ADN d’Alain Weill. Ce Strasbourgeois a créé à la force du poignet un groupe de médias solide dans un monde on ne peut plus mouvant. Etudiant, il devient l’un des agitateurs de la radio libre, des débuts qui le poussent à poursuivre dans cette voie. Premières années sur NRJ et ni une ni deux, le voici administrateur et DG de NRJ Group et de ses différentes radios en 1992, à 31 ans, avec d’en devenir le PDG.

La passion des médias

Il ne cessera à partir de là de développer sa vision de ce secteur en devenant créateur d’entreprise. Son coup de maître sera le lancement de sa chaine star, BFM TV. Il y a aussi la presse, avec des journaux spécialistes de l’informatique ainsi que La Tribune, qu’il revendra en partie avant de racheter des années plus tard, en 2019, L’Express. Il avoue fréquemment s’inspirer des exemples américains, c’est ainsi qu’il décide de faire de BFM TV une sorte de CNN international, un challenge réussi. Comme tous les businessmen avertis, il hésitera longtemps avant de vendre son groupe à un autre entrepreneur phare, Patrick Drahi. Il reste cependant en fonction aux plus hautes responsabilités d’Altice France, second opérateur français des télécoms et acteur majeur des activités médias.

WMH, nouveau challenge hôtelier

Alain Weill déploie une énergie hors normes. Ses fonctions dans le groupe Altice ne lui suffisent plus, le voici à présent engagé dans la création d’un nouveau groupe, WMH, groupe d’hôtellerie indépendant qui a au moins un point commun avec les médias : le travail ne s’y arrête jamais. S’il a choisi pour se lancer un endroit qu’il connaît comme sa poche, La Croix-Valmer, il a aussi voulu créer un concept différent pour ce projet installé sur le segment du luxe, et membre de Leading Hotels of the World (LHW ). Son hôtel se trouve dans la catégorie de la Réserve Ramatuelle et du Château Saint- Martin et Spa (autres membres LHW de la région).

Pour peaufiner le concept, là encore, l’exemple est venu des Etats-Unis avec une offre « plaisir et bien-être », qui n’a rien à voir avec la thalassothérapie et ne met en avant aucun aspect médicalisé. Santé, minceur, sport, détente, en bref, l’hôtel des hauts de Jigaro est bien éloigné des fêtes tropéziennes et de l’ambiance club noctambule. Alain Weil a insisté sur cet aspect, géré par sa fille, directrice du développement du groupe hôtelier. Il connaît la question, lui qui n’était pourtant pas un sportif averti. Une fois la décision prise, il y a dix ans, il y a mis toute sa détermination.

Avec 38 chambres, 6 suites, deux restaurants, deux piscines, sans oublier la décoration signée Philippe Starck (qu’il a fallu convaincre, car il n’est pas un adorateur de la Côte d’Azur), l’hôtel est totalement intégré dans la nature, sa réouverture devrait attirer ceux qui n’ont pu tester l’endroit l’an dernier. Gageons qu’Alain Weil n’en restera pas là.

V.D.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

17 − douze =