gattaz pierre

Patron de Radiall et ancien « patron des patrons », Pierre Gattaz se lance dans une nouvelle aventure avec l’ambition de faire prospérer sa petite « start-up » du Lubéron.

Ce rachat d’un domaine dans le Lubéron est-il un changement de vie, une préparation pour l’heure de la retraite ?

Pierre Gattaz : En réalité, il n’y a pas de vrai changement. Ma vie s’articulait déjà à travers plusieurs  activités. Je suis toujours président du directoire de Radiall, mais pendant ma période Medef, une équipe opérationnelle performante a été mise en place et je n’ai pas vu l’intérêt de changer les choses depuis. J’interviens donc essentiellement dans les domaines touchant à la stratégie, à la croissance externe, mais plus au quotidien. Par ailleurs, je suis toujours chez Business Europe, qui me prend une journée par semaine en moyenne à Bruxelles. Et depuis 2017, j’ai créé ma start-up dans le Lubéron. 

Une start-up, le domaine viticole du Château de Sannes ?

P.G. : Oui, c’en est une et à plus d’un titre, car nous repartons de zéro. Auparavant, les raisins des vignes du Château de Sannes étaient vendus en coopérative. Il faut donc créer, le vin d’abord, la bouteille, l’étiquette, un chai… Il s’agit également d’un projet familial, d’un enracinement dans ce nouveau terroir avec ma femme et nos quatre enfants. C’est mon projet après-Medef, pour les dix, vingt, trente prochaines années, si Dieu me prête vie !

Mis à part la beauté de la région, quel attrait portez-vous au vin en particulier ?

P.G. : Le vin est un produit extraordinaire, il fait partie intégrante du patrimoine et de l’image de la France. Avec le vin, on parle excellence, mais aussi process, vente, marketing… C’est un produit merveilleux qui contribue au rayonnement de notre pays. Mais on ne peut pas se refaire, je suis un citoyen qui a une obsession : faire progresser l’emploi. Chez Radiall, nous n’avons délocalisé que lorsque nous y étions obligés, et constaté qu’en créant des emplois à l’étranger, par rebond, on en crée aussi en France. En 1993, Radiall avait 4 usines et 900 personnes en France ; aujourd’hui, 5 usines pour 1600 personnes. Le raisonnement est identique pour ma TPE du Lubéron, nous avons démarré à 5 ou 6 personnes, il faut déjà doubler les effectifs. Et puis, créer de l’activité pour les prestataires de services, les artisans, ma start-up doit être contributeur de richesse pour le Vaucluse. 

Vous avez prévu de produire en biologique ?

P.G. : Oui, nous sommes environ à mi-chemin de la conversion en bio. Depuis le 27 mars, nous avons un nouveau chai, un gros investissement pour faire le meilleur vin possible. Le Lubéron est connu pour le tourisme, mais la météo provençale avec son mistral, ses sols assez proches de la vallée du Rhône, ses hivers un peu rigoureux (nous sommes à 350 mètres) sont parfaits pour le vin. 

Il semblerait que le vin ne soit qu’une partie du projet ?

P.G. : Le vin reste le produit phare, mais, en effet, il s’agit d’un véritable écosystème qui s’articule sur plusieurs axes. Il y a ainsi sur le domaine l’huile d’olive, le miel, la réhabilitation d’une truffière, 15 chambres sur place, qui permettent d’organiser des séminaires, pour travailler ou se ressourcer. Et nous venons de lancer un parfum « Songe de Sannes » avec un maître, Jean-Claude Ellena, « un hommage aux senteurs de la Provence et à l’esprit de l’été ». Une autre grande partie du projet s’articule autour de rencontres musicales, littéraires, économiques. Ce lieu de vie doit permettre des échanges de connaissances autour de différents thèmes culturels. Je veux tout faire pour que ce concept soit aussi celui de l’excellence française. C’est un vrai projet entrepreneurial doté d’une vision citoyenne de création d’activités. Dans une entreprise comme dans une région, ou en Europe, l’espoir et la fierté sont les clés, qui manquent parfois. Voici ce que j’essaie de cultiver au-delà du vin. 

Le « temps de la nature » comme vous dites est différent de celui des affaires, cela ne doit pas être si facile à gérer ?

P.G. : Exact ! S’installer dans cet écosystème local signifie adopter le temps de la nature. Il est vrai que je souhaiterais atteindre la rentabilité dans dix ans, un plan ambitieux pour un domaine agricole, vus les investissements élevés, les caprices du climat… Donc, on fait, on crée, on ne baratine pas, la montagne est à gravir avec les risques que cela comporte, comme pour tout entrepreneur. Par ailleurs, cela permet des rencontres formidables avec des vignerons merveilleux. A une époque où l’on parle beaucoup de la planète, le mouvement vers le bio, c’est aussi arrêter de dire « il faut faire », mais « je fais ».

Vous avez créé le fonds de dotations « Y croire », destiné à encourager le développement de l’entrepreneuriat dans les zones isolées, urbaines et rurales en février 2019, de quoi s’agit-il ?

P.G. : C’est un projet cohérent avec mon combat absolu pour le plein emploi en France. Tous nos autres voisins y arrivent, y compris chez les jeunes, pourquoi pas nous ? L’association « les Déterminés » de Moussa Camara a obtenu de très bons résultats en formant des jeunes de quartier à la vie en entreprise ou à la mise en place de projets. « Y croire » agit dans les territoires, à commencer par les Hauts-de-France. La première promotion comptait 200 personnes, avec le choix de revenir pour une formation plus longue. Finalement, une cinquantaine de personnes ont suivi. En réalité, il a fallu surtout  travailler le savoir être, plus que le savoir faire, pour redonner confiance. 3 à 4 promotions par an sont prévues, la prochaine dans les Ardennes, une magnifique région avec des opportunités encourageantes en tourisme. En bref, au Château de Sannes, comme chez « Y croire », il faut du concret, pas de « yaka, faukon ».

Propos recueillis par Anne Florin

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