Gaffes de Joe Biden : actes manqués ou premiers signes de la maladie d’Alzheimer ?

Joe Biden (Photo Yuri Gripas/ABACAPRESS.COM)

Par Catherine Muller, Docteur en psychologie

Tribune. Depuis quelque temps maintenant, Joe Biden fait les délices de la Toile en multipliant les bourdes, à tel point qu’une rumeur y circule, s’inquiétant de l’état de ses fonctions cognitives que l’âge aurait pu altérer, et évoquant même une possible maladie d’Alzheimer. Ainsi, le 28 septembre dernier, le Président a fait le buzz lors d’un discours où il présentait le bilan de son programme de lutte contre l’obésité.

Comme il est d’usage dans ce cas, il cite les parlementaires qui ont été les artisans de cette lutte, et particulièrement l’une d’elles, Jackie Walorski, qu’il cherche alors du regard dans l’assistance. Il a beau chercher, il n’arrive pas à la trouver, et pour cause! Elle est morte déjà depuis deux mois. Or, il ne pouvait l’ignorer, puisque lui et son actuelle épouse avaient publié en cette occasion un communiqué où ils se disaient « choqués et attristés » par son décès.

« Les erreurs de la vie »

Freud a consacré tout un livre, sa « Psychopathologie de la vie quotidienne », à ce genre d’absence ou de bévue, qui sont pour lui, en fait, des « actes symptomatiques et révélateurs ». Il les appelle les « erreurs de la vie », et en fait un inventaire exhaustif: oublis de noms, lapsus, méprises en tous genres, pertes d’objets et actes manqués, toutes sortes de bizarreries que nous faisons très souvent, sans le vouloir et parfois sans même nous en rendre compte !

Ces petits travers sont pour lui bien loin d’être anecdotiques et négligeables,  ils sont la manifestation inconsciente  de pensées qui nous perturbent, parce qu’elles nous font honte ou nous font mal, et que nous essayons de cacher, à nous-mêmes comme aux autres. Ces « actes manqués et accidentels » se produisent quand nous pensons à deux situations en même temps, l’une, habituelle et anodine, et l’autre, évoquée par la première, si douloureuse que nous faisons tout pour refouler son existence. Il y a alors comme des parasites sur la ligne, les deux pensées vont malencontreusement fusionner en une seule, produisant un résultat parfois absurde et parfois inconvenant, et plongeant son auteur dans la gêne ou le ridicule.

Le fantôme de Neila

Cette analyse psychanalytique s’applique parfaitement à la situation délicate dans laquelle s’était retrouvé le Président ce jour-là. Adresser des félicitations et des remerciements publics à une personne dont il a tout particulièrement apprécié le travail est un exercice dont cet habitué de longue date des meetings politiques est plus que familier, et il avait bien l’intention de s’y livrer avec la même bienveillance que d’habitude. Mais cette pensée positive va être perturbée par des images, totalement négatives, celles d’un horrible drame, Jackie Walorski ayant été, comme Neila, sa première femme, tuée dans un accident de voiture.

C’est grâce à  Neila, le « cerveau » de sa campagne, qu’il s’était lancé avec succès en politique, et en cette période de Noël 1972, Joe se sentait le plus heureux et le plus chanceux des hommes. À peine trentenaire, il venait de remporter les élections sénatoriales dans le Delaware, et surtout il etait profondément amoureux, et depuis leur premier regard, d’une femme magnifique, avec qui il partageait  ses rêves de pouvoir, et qui lui avait donné trois merveilleux enfants, deux fils et une toute petite fille, presqu’encore un bébé.  Ce grand bonheur allait se briser net! Alors que sa femme était partie avec ses enfants chercher un sapin pour Noël, un chauffard lui coupa la route, la tuant, elle et son bébé.

Cette horrible tragédie l’a définitivement marqué, au point que, lors d’un discours à  l’Université de Yale en 2015, plus de quarante ans après l’accident, il a confié que « son monde entier avait été changé pour toujours ».  Ce catholique libéral avait aussi reconnu dans les colonnes du journal La Croix qu’il avait, à l’époque du drame,  réellement pensé à se suicider, mais qu’en regardant Beau et Hunter dormir, il avait su « qu’il n’avait pas d’autre choix que de se battre pour rester vivant”. Donc il a bien fallu que la vie continue, de sénateur du Delaware il est devenu vice-président de Barak Obama, puis Président lui-même.  Mais cette carrière sans faute n’aurait guère pu s’accommoder de l’image d’un homme incapable de faire son deuil et tourné vers le passé, alors il a dû apprendre à enfouir toute cette tristesse en lui!

Le handicap  d’Hunter

Une autre gaffe présidentielle, encore plus spectaculaire, a aussi déchaîné les réseaux sociaux! Le 1er mars dernier, Joe Biden était au Capitole, devant tout ce que compte la classe politique des États-Unis,  pour prononcer le très solennel Discours sur l’état de l’Union. événement annuel toujours très attendu, et suivi ce jour-là en direct par près de quarante millions d’Américains. C’est dire à quel point un ratage pouvait être lourd de conséquences, et celui  de Biden est monumental!

L’actualité mondiale étant dominée par la guerre en Ukraine, il a bien sûr ouvert son allocution avec cette question cruciale, affirmant avec beaucoup de conviction,  « Poutine peut entourer Kiev de chars, mais il ne gagnera jamais le cœur et l’âme du peuple iranien « , confondant allègrement les Iraniens et les Ukrainiens.  Ce lapsus, parfaite illustration de la définition qu’en donne Freud, « un mot pour un autre », est révélateur d’un drame familial qui aurait pu lui fermer l’entrée de la Maison-Blanche, ce drame a un nom, il s’appelle Hunter, et c’est son propre fils!

Seul survivant des trois enfants que Joe a eu avec Neila, il a grandi dans la tragédie, puisqu’après avoir perdu sa maman et sa petite sœur, et ce avant ses trois ans, il va aussi voir son frère Beau succomber à un cancer du cerveau. Ces malheurs successifs l’ont conduit, selon les confidences qu’il a faites lui-même à un journaliste du New Yorker, dans « un endroit vraiment sombre « , « un tunnel sans fin », dont seule la consommation d’alcool et de drogues lui permettait de s’échapper.

Avoir un fils toxicomane était déjà assez problématique pour un futur Président,  mais il y a pire!  Plus que par les conduites d’addiction de Hunter, Joe est encore plus tourmenté par ses affaires, sa réputation en tant que businessman étant sujette à controverse. Il a, en effet, été  membre du conseil d’administration de « Burisma », une société d’exploitation de gaz ukrainien dont le dirigeant est un personnage plus que douteux! Pendant la campagne présidentielle,  Donald Trump avait tout fait, y compris demander une enquête à son homologue ukrainien, Wladimir Zelensky, pour se servir de cette proximité suspecte et écarter définitivement Joe Biden de la course à la Maison-Blanche.  Mais,  si les relations ukrainiennes de Hunter Biden sentent le souffre, il n’y a, en revanche, rien à creuser ni aucun danger à craindre du côté de l’Iran! En lui faisant  dire « Iraniens » au lieu de « Ukrainiens », l’Inconscient de Joe a ouvert comme un « parapluie psychique » et éloigné la menace qui pouvait peser sur la dynastie familiale !

Catherine Muller
Docteur en psychologie
Member of the World Council of Psychotherapy
Member of the American Psychological Association

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