Parmi les personnalités issues de la vie civile du premier gouvernement de la présidence d’Emmanuel Macron, la remplaçante de Myriam el Khomri a un profil étonnant… et un réseau impressionnant !

Un poste à hauts risques

L’Hôtel du Châtelet, au 127 rue de Grenelle, est un ministère clé. Le nouveau président et son gouvernement sont en effet attendus sur leur capacité à inverser durablement la courbe du chômage, ce qui reste le grand échec du quinquennat précédent.

La nouvelle ministre affirmait qu’à chaque nouveau poste, elle se posait la question : «Est-ce que le job auquel je postule va être utile et amusant ?». Si la réponse à la première question est incontestablement positive, la seconde pourrait bien être nettement plus aléatoire.

Historienne et psychologue

Le parcours universitaire de Muriel Pénicaud est, lui aussi, pour le moins atypique. Après une licence en histoire (1975) et une maîtrise ès sciences de l’éducation (1976) obtenues à l’université Paris-Nanterre, elle ira passer un DEA de psychologie clinique à Strasbourg (1980). En 1995, elle suivra également l’Executive Program de l’Institut européen d’administration des affaires (INSEAD).

Vive la Territoriale !

À 21 ans, la jeune Muriel débute sa carrière dans les collectivités territoriales, dans ce qui deviendra plus tard le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT).

Elle occupe ensuite diverses fonctions dans des structures territoriales en Lorraine où elle fut, notamment, directrice de la Mission locale pour l’insertion des jeunes de Metz et, en Normandie, avant d’être repérée par le ministère du Travail. En 1991, elle intègre le cabinet de Martine Aubry, qu’elle conseille sur la formation professionnelle.

Une bien belle carrière

En 1993, Muriel Pénicaud rejoint alors le groupe Danone, en tant que directrice de la formation et des ressources humaines. En 2002, elle est recrutée comme directrice générale adjointe chez Dassault Systèmes. Six ans plus tard, elle retourne chez le géant agroalimentaire, cette fois-ci comme directrice générale des ressources humaines.

Elle y développe notamment un système de couverture sociale pour les 100.000 salariés du groupe à travers le monde, Dan’Cares. Elle est également membre de conseils d’administration et de comités exécutifs de grands groupes français, dont Orange, Aéroports de Paris ou la SNCF.

Un pied privé, un pied public

Durant sa carrière dans les grands groupes, Muriel Pénicaud a toujours conservé une place dans le secteur public. Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Emploi, l’a nommée en 2006 présidente de l’INTEFP, l’école des inspecteurs et des contrôleurs du travail, poste qu’elle a occupé jusqu’en 2009, tout en conservant son emploi chez Dassault.

Si elle y voyait «un symbole d’ouverture», les syndicats SNU et UNSA l’ont accusée de «pantoufler depuis 10 ans dans le privé» et d’être «la représentante du MEDEF».

Politiquement vôtre

Si elle n’appartient à aucun parti, Muriel Pénicaud a toujours été proche du monde politique. Membre de 2008 à 2014 du Haut conseil pour le dialogue social, elle est chargée en 2009 par le Premier ministre de l’époque, François Fillon, d’une mission sur le stress au travail.

Et en 2014, c’est un autre François, Hollande, qui lui confie la mission de gérer la fusion entre Ubifrance, en charge du soutien à l’export, et l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII).

Dialogue social

Membre du Haut conseil du dialogue social, Muriel Pénicaud a côtoyé Jean-Denis Combrexelle. Ce haut-fonctionnaire est l’auteur d’un des rapports qui a inspiré la loi El Khomri. Le Haut conseil publie, tous les quatre ans, les chiffres de la représentativité des syndicats. Toujours utile pour mettre un peu de liant dans les relations.

Avec Emmanuel au CES

Nommé à la tête de Business France en 2014, elle a la charge de promouvoir les entreprises françaises à l’international et de drainer vers l’Hexagone les capitaux étrangers. Dans ce cadre, elle accompagne au CES de 2016 le ministre de l’Économie de l’époque, un certain… Emmanuel Macron. Business France fait depuis l’objet d’une enquête préliminaire du parquet national financier autour de l’organisation de cet événement.

Passage de relais

Une femme ministre qui succède à une femme ministre, le cas est assez rare pour être souligné. La sortante, Myriam El Khomri, a salué en Muriel Pénicaud «une femme de conviction engagée en faveur du dialogue social».

En tout cas, les réformes souhaitées par Emmanuel Macron sont très proches de la première version de la loi El Khomri. La nouvelle titulaire du poste aura-t-elle plus de succès ?

Féminisme discret

En 2009, la DRH de Danone est la cofondatrice du programme Eve pour le développement du leadership des femmes. En 2010, le groupe organise le premier séminaire de leadership interentreprises pour les femmes et hommes «éclairés». Depuis, l’idée a fait son chemin, toujours soutenue par Danone rejoint notamment par L’Oréal et Orange.

La 8ème édition Europe se tiendra du 11 au 13 octobre à Evian, la 4ème édition Asie-Pacifique à Shangaï en juillet et 1ère édition Afrique en décembre.

Syndicats bienveillants

Alors que les négociations sur la réforme du droit du travail s’annoncent serrées, les principaux syndicats se montrent jusqu’à présent plutôt positifs. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, a déclaré : «C’est quelqu’un de direct, qui dit les choses et qui a une connaissance à la fois technique et politique des dossiers».

Même son de cloche du côté de la CFDT, Laurent Berger affirmant : «C’est une femme que j’apprécie. Je pense qu’elle a une vision et pense qu’il faut articuler le développement économique avec de la justice sociale». Pourvu que ça dure !

Pas de stress !

Le Rapport sur le Bien-être et l’efficacité au travail rédigé en 2009 par Muriel Pénicaud, alors DRH de Danone, Henri Lachmann (P-DG de Schneider Electric) et Christian Larose (syndicaliste CGT) a servi de base à la négociation de 2013 sur la qualité de vie au travail.

Parmi les 10 propositions, les 3 auteurs insistaient sur «la nécessité d’un dialogue social dans l’entreprise». La nouvelle ministre du Travail mettra-t-elle cette bonne résolution en application ?

Si la photo est bonne

Celle qui, enfant, se rêvait chef d’orchestre, a une autre passion, la photographie. Un art qu’elle pratique plus qu’en amateur. Elle vient d’exposer une série de photographies en noir et blanc consacrées aux oiseaux dans le cabinet de curiosités parisien Deyrolle.

Les bénéfices seront reversés au fonds Sakura, un fonds mécène qu’elle a créé pour promouvoir le lien entre art et enjeux sociétaux. C’est l’un des seuls aspects de sa vie privée que dévoile cette femme discrète, mère de deux enfants.

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