Mourad Boudjellal, entrepreneur à succès et président charismatique du RC Toulon, nous donne sa vision de l’entreprenariat. Tout y passe : Hollande, Montebourg, le contrat de travail, les charges qui pèsent sur les entreprises. ..

Entreprendre :

Certains patrons optent pour l’exil fiscal. Les charges sont-elles le nœud du problème ?

Mourad Boudjellal :

Si je partais de la France, cela serait pour quitter définitivement le pays. Aujourd’hui, on a l’impression qu’on a été stigmatisé à cause de quelques employés privilégiés qui ne sont pas de véritables patrons. Pour moi, le patron de Renault n’est pas un patron, c’est un employé privilégié.
Quand je vois le coût de l’assistanat, c’est impressionnant. On a une politique d’assistanat qui est légitime parce qu’il faut aider, c’est essentiel pour l’équilibre d’une société. Un jour, cela sera peut-être moi qui viendrai quémander. Quand je vois le coût que représente ce système, je me dis qu’il serait certainement préférable de perdre des recettes sur des charges sociales sachant que beaucoup d’entreprises en France sont des artisans, de petits employeurs en sous-effectif en raison du coût du travail et des charges sociales.
L’Etat le regagnerait d’un autre côté car cela serait autant d’allocation chômage en moins à payer. L’Etat reprendrait les recettes fiscales de façon directe et indirecte. De façon indirecte en récréant du pouvoir d’achat et directement grâce à la fiscalité recréée. Je ne comprends pas pourquoi personne ne fait ce calcul tout bête pour qu’une entreprise refleurisse. En comparant les deux schémas, cela paraît une évidence : à l’arrivée, le coût sera de zéro et la charge compensera le produit.

Entreprendre : 

Après une expérience en 2006 auprès du PS lors des municipales à Toulon, êtes-vous de nouveau tenté par la politique ?

Mourad Boudjellal :

J’étais novice, j’avais été endoctriné par les socialistes qui m’expliquaient que tout était corrompu et qu’il y avait la menace du Front National. C’est la seule fois que j’ai fait de la politique et le Front National a été élu. Je ne suis pas tenté par la politique car je n’ai pas de solutions à apporter. Si un jour il y avait un véritable projet, quelque chose auquel je crois, oui, j’irais. J’ai la sincérité de dire je ne suis pas meilleur que ce qui se fait, mais j’ai au moins la sincérité de le reconnaître.

Entreprendre :

Que pensez-vous du pacte de responsabilité de François Hollande ?

Mourad Boudjellal :

Quel désaveu pour la Gauche ! Hollande était quand même l’ennemi du grand capital, c’est ce qu’il avait annoncé se présentant comme l’ennemi de la finance. Il serait bien que Hollande comprenne que les emplois aidés, c’est d’une grande stupidité. Quand vous prenez quelqu’un et que vous lui donnez un emploi aidé, c’est comme si je vous disais « vous allez être gardienne de ces murs ». Quelles richesses allez vous créer ? Un emploi est quelque chose qui crée des richesses et qui peut générer d’autres emplois et dynamiser l’économie. Là, il ne s’agit pas d’emplois mais de l’assistanat. François Hollande est sincère mais un peu perdu dans sa démarche. Je pense qu’il a sincèrement envie de redresser la France. Il crée sans arrêt de nouveaux impôts pour réduire les déficits, mais ce n’est pas ce que l’on attend, on veut qu’il réduise les déficits par la création de richesses.

Entreprendre :

Faut-il gérer la France comme une entreprise ? Un chef d’entreprise à la tête du pays vous semble-t-il une solution ?

Mourad Boudjellal :

Ce qui est sûr, c’est qu’en politique il faut des gens qui ont montré des capacités autres que celles de savoir gérer une ascension consensuelle dans un parti ou un milieu particulier. Parce que ça, ce n’est pas du talent, c’est de la soumission. Aujourd’hui, un homme politique, c’est avant tout quelqu’un qui a su se soumettre dans un parti pour gravir les échelons. Il y a une bonne partie des leaders politiques dont le seul métier est la politique. La politique, c’est un métier, une passion, un don de soi. Les gens qui viennent en politique vivaient bien avant et veulent aider les gens à mieux vivre, et non bien vivre grâce à la politique. Aujourd’hui, voici la problématique : ce sont des gens qui n’ont rien démontré dans leur vie, qui n’ont rien fait, qui sont déconnectés du monde réel. Je serais curieux de donner 7.500 euros à Arnaud Montebourg, que je respecte, lui dire « voilà ton capital social », et revenir au bout d’un an.

Entreprendre :

La France est-elle un pays favorable pour entreprendre ?

Mourad Boudjellal :

Aujourd’hui, pour être chef d’entreprise, il faut être un peu fêlé, il faut être un peu fou. Toute personne qui lit
le Code du travail s’enfuit en courant.
On stigmatise ceux qui créent. Nous sommes rentrés dans une logique où ceux qui parlent, ceux qui critiquent ont pris plus d’importance que ceux qui créent. On oublie tout simplement que s’il n’y a plus de créateur, il n’y aura également plus personne pour les critiquer. S’il n’y a plus de créateurs, qui va produire de la richesse et oser prendre des risques ? On parle de disproportions entre employeurs et salariés, mais il existe également une disproportion des responsabilités.

On caricature ceux qui ont réussi mais parle-t-on des entrepreneurs qui ont eu leurs biens saisis, qui sont redevenus salariés et dont on a saisi une partie du salaire, de créateurs qui n’ont pas le droit au chômage ? Parle-t-on de temps de travail pour les entrepreneurs ? Lorsque l’on est entrepreneur, les soucis sont omniprésents et ne laissent jamais de répit pour être en vacances. Quand n’y a –t-il plus d’échéances en fin de mois à satisfaire ? Quel mois dans l’année n’avez-vous plus d’échéances à supporter pour pouvoir partir en vacances ? Il existe un très beau projet de loi pour que les salariés touchent des bonus sur les résultats de l’entreprise. Si l’entreprise obtient des résultats, c’est grâce aux salariés, je suis d’accord sur cepoint. Mais a-t-on dit un jour que si les résultats étaient atteints grâce aux salariés, ils étaient également responsables en cas de manque de résultats. A-t-on déjà parlé de malus applicables aux salariés dans un tel cas ? On ne peut être responsable d’un côté et ne pas l’être de l’autre.
On peut estimer que les résultats sont effectivement liés à un investissement fort des salariés mais on peut a contrario considérer que le manquement de résultats est la conséquence d’un défaut d’investissement des salariés.

Aujourd’hui, on a perdu la notion fondamentale du contrat de travail. Avec tout le respect que je dois aux salariés, j’estime que le contrat de travail est un deal : je t’emploie, tu m’aides à créer des richesses et je te donne une partie des ces richesses.
Mais actuellement, on est dans un schéma d’adoption du salarié. On oublie les principes de bases, les gens demandent
des garanties à vie, mais quel entrepreneur a une garantie du chiffre à vie ? Comment donner des garanties qu’on n’a pas ?
Même quand vous avez une entreprise qui marche, comment être sûr que cela va continuer à fonctionner dans le temps ? Ce n’est pas possible. Comment pouvez-vous être sûr que votre personnel va correspondre à l’évolution de la société et du marché?
Tout va si vite.

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