Par Didier Pitelet, Président Fondateur de La Maison-Henoch Consulting

Comme toute révolution, ce que l’on présente comme l’avenir d’internet, le metaverse porte déjà en lui la dualité humaine du bien et du mal.
A l’instar d’internet qui a doté l’humanité du meilleur avec un accès à l’information, à la connaissance, au progrès scientifique (…) et du pire avec la haine des réseaux sociaux, le Darknet, la pornographie sans aucune régulation pour les enfants, le culte de la violence avec des vidéos qui entretiennent des propagandes malsaines et j’en passe.
Le législateur a non pas un train mais des années-lumière de retard laissant la population et en particulier les plus vulnérables, aux mains de ce qu’il est convenu d’appeler des truands en bandes organisées.

Où est l’esprit des lumières ?

En seulement 20 ans l’universalisme du web a détrôné celui du siècle des lumières, y compris notre devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » en cherchant notamment à sublimer l’égalitarisme en place de l’égalité ; le fait que chacun puisse s’exprimer librement est une excellente chose, si le respect d’autrui était le postulat de la relation numérique.
La mainmise de multinationales américaines exporte un modèle culturel qui est un véritable poison pour la vision républicaine de certaines démocraties, à commencer par la nôtre ; pour preuve l’explosion de toutes les formes de communautarismes qui entretiennent l’entre soi avant tout et la haine de la différence.
Sans parler de l’impact écologique du web qui est aujourd’hui l’une des sources les plus nocives contre la lutte du réchauffement climatique.
Selon un article paru dans le Figaro le 22 août dernier, l’ensemble du numérique représente 10% de l’électricité mondiale et 4% des effets de serre sans parler de l’exploitation des mines pour extraire les matériaux de fabrications des composants. Les spécialistes prédisent à horizons 2025, dans trois petites années, que nous devrions passer à 20% de la consommation d’électricité mondiales et de 7 à 8% des émissions de gaz à effet de serres.

La balance de son impact sur les sociétés et le bien vivre est relativement mitigée : elle aboutit à un « deux poids, deux mesures » avec l’encensement de nouvelles idoles portées par leurs allégeances au sexe, à la violence, à la haine d’une part et l’asservissement à un monde consumériste du tout, tout de suite et le moins cher possible avec une facilité d’achat et de comparaison jamais connue.

De Google et de Facebook, les pionniers qui se rêvaient en « nouvelle conscience de l’humanité » et « nouvelle église », nous sommes aujourd’hui devenus une civilisation aseptisée du temps réel, soumise au jugement permanent du politiquement correct ; la nouvelle vague du wokisme accélérant le processus d’assujettissement, il faut se méfier de tout ce que l’on dit ou écrit ; Desproges et Coluche doivent se retourner dans leurs tombes.

Le politiquement correct cadenasse la libre pensée

Le politiquement correct en bonne conscience des dérives du web est devenu l’arme absolue pour cadenassée les « libres penseurs ».
Pour exemple, celui des entreprises qui les aligne sur une langue de bois pathétique et nourrit la plupart des raisons d’être qui ont émergé dans le sillage de la Loi Pacte et du fameux rapport Senard/Notât. Elles se ressemblent toutes en prônant un monde meilleur à la portée de tous.

Une des conséquences de ce contexte amplifiée par la crise de la Covid, est ce que l’on nomme « La grande démission » qui, partie des États-Unis, touche désormais toute l’Europe, en particulier la France dont les démissions ont bondi de 20% au premier trimestre 2022 vs la même période de 2021, soit 470 000 français qui ont quitté leurs employeurs (aux USA près de 48 millions d’américains ont quitté leurs emplois).

Le Metaverse, avenir de l’humanité par avatars interposés ?

Ce monde qui sublime aujourd’hui le « je » au « nous », qui encense l’égo et l’individualisme est aujourd’hui le terreau nourricier du metaverse, nouveau mot à la mode pour designer ce que certains n’hésitent pas à qualifier d’avenir de l’humanité.
Mark Zuckerberg, en baptisant son groupe Facebook, Meta, en est convaincu, le monde meilleur est possible… en mode virtuel.
Fini les soucis, les questions existentielles qui taraudent l’humanité depuis sa création « qui suis-je, ou vais-je, pourquoi ? » et ont nourri des millénaires de questionnements.
Le célèbre « connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux » du temple de Delphes est enfin réalité, je vais me connaître en un clic, je vais vivre la vie rêvée des Anges par avatar interposé.

Qui peut croire que cette réalité virtuelle qui, pour l’instant, s’apparente à une version à peine améliorée de Second Live soit sans danger pour le sens même de l’humanité.
« J’ai une vie de merde dans la vraie vie et une vie de rêve dans le metaverse ».
Lorsque l’on voit l’impact des jeux vidéo sur l’explosion de la violence des jeunes ou encore du porno (lire les rapports sur les agressions sexuelles en maternelles), on imagine aisément les dérives virtuelles qui ne manqueront pas de passer dans le monde réel.
Les premiers cas de viols virtuels ont déjà défrayé la chronique.
Dans un monde où tout serait permis, peut-on imaginer que ce soit le meilleur qui en sort gagnant s’il n’est pas, en amont organisé, pensé pour le meilleur de l’humanité justement.

Un vide juridique incroyable

Malheureusement comme pour internet, le metaverse se lance dans un vide juridique et éthique incroyable, suivant la formule « on apprendra en marchant ».
En 2022, n’importe quel enfant voit et consomme ce que l’humanité a de pire sur son smartphone, imaginez qu’il le vive dans le metaverse !

Comme toujours, le monde de l’argent sent l’opportunité du business ; les sponsors se bousculent pour préempter leurs univers ; certains arrivent même à vendre des produits plus chers dans le virtuel que dans le réel. L’art se convertit aux NFT…
Le monde des vanités est désormais sans limite ; tout se monnaye déjà, rien n’existe, tout se vend. Le monde rêvé des marchands et des développeurs est lancé et, promis juré, point de bonheur sans. Pour être dans le coup il faut y être, autrement la sanction tombe, on est ringard.

Que dire pourtant de ce grand patron, tout heureux de plastronner, après avoir tenu son premier comité de direction dans le metaverse, ou encore cette entreprise qui, sous couvert d’innovation, lance des séances de recrutement dans le metaverse ?
Et si on ouvrait les yeux sur le déni de l’humain qui est en jeu ?
Recruter sans humains présents, diriger sans être au cœur de la mêlée, est-ce bien raisonnable ? Finalement, le ringardisme n’est pas forcément là où on le croit être…
Depuis 25 ans l’entreprise et son organisation souffrent d’une déshumanisation d’une violence incroyable avec son lot de burn-out, de désengagement et j’en passe, la littérature sur le sujet ne manque pas.
Le management désincarné sous la pression du court terme et de l’hyper-profitabilité a asséché le sens même des relations humaines profondes et sincères.

Comment peut-on imaginer sincèrement reconquérir son humanité perdue (ou oubliée) avec une ribambelle d’avatars ?
Parce que les jeunes aiment jouer, il faut s’y mettre ?
C’est franchement les prendre pour des gogos !
Et pourtant, comme pour l’internet « ancienne génération », le metaverse regorge déjà de perspectives formidables dans les domaines variés de la formation, de la santé, de l’industrie…
Les progrès techniques sur le sensoriel vont permettre de pratiquer dans le virtuel et parfaire le geste parfait ; l’avenir de la formation se joue indiscutablement aussi dans le metaverse.
Qu’en sera-t-il de l’enseignement ?
Le monde des grandes écoles est devenu un marché comme les autres avec son lot de fonds de pension et autres actionnaires qui, ces dernières années, ont opéré des mouvements de concentrations incroyables au point où la cartographie mondiale des établissements s’est considérablement transformée.
La logique du profit ayant très souvent primée, là aussi, sur la qualité des cursus.
Demain, il y a fort à parier que des cursus seront 100% sur le metaverse, diplôme compris.
Les nouveaux humains nés avec les générations Z et Alpha impulsent ce mouvement de fond et le rendent incontournable ; raison de plus pour ne pas confondre vitesse et précipitation dans son déploiement sous la pression des firmes diverses et variées.
À un moment donné, si l’on veut vraiment créer de la valeur, n’est-il pas nécessaire de penser les notions de transmission, de durabilité et de protection de la vie, ici nommée données.
Avec l’exemple d’internet, nous savons que l’humanité a accouché du pire et du meilleur sans en tirer encore de vrais enseignements ; avec le metaverse, tout va aller beaucoup plus vite car une génération complète est prête à vivre virtuellement.

Les entreprises peuvent sanctuariser l’humain réel

Les entreprises auront entre leurs mains la possibilité de « sanctuariser » des rapports humains dignes de confiance ; si elles ne sont pas aidées par le politique (comme c’est trop souvent le cas), elles devront repenser tous les modes de vie et leur propre utilité ; elles devront rapidement s’ouvrir aux enjeux des neurosciences qui seront en passe de devenir un pilier à part entière du management. Au nom du bon sens, elles sont un rempart au wokisme et autres ingérences culturelles portées aussi par ces univers virtuels.
Avec optimisme, il est possible de penser que le metaverse devienne rapidement une opportunité pour élaguer tous les superflus qui empoisonnent la vie des équipes, de repenser ses rites culturels sans oublier demain, dans 5/10ans la gestion d’équipes 100% virtuelles et tout ce que cela va induire sur le plan juridique.
Internet a transformé le monde, le metaverse va le révolutionner en espérant que le meilleur prévaudra sur le pire.
Chacun aura sa part de responsabilité.

Didier Pitelet

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