« Ce que je veux, c’est que dans la plus petite salle, le dernier client ait la même qualité de service que le premier client dans la grande salle ! » Il est intarissable sur son métier, Jean-Pierre Lemoine, 90 ans, lui qui a démarré comme simple projectionniste en 1947 à l’âge de 19 ans et qui aujourd’hui dirige et détient le cinquième réseau de cinéma en France (derrière Pathé-Gaumont, UGC, CGR, ou Kinepolis mais devant Cinéville ou MK2 de Marin Karmitz). Avec une implantation qui va jusqu’au Maroc (leader avec 6 cinémas) et en Espagne. Passionné de cinéma, celui qui le jour où enfant il a vu son premier film « La belle au bois dormant » au cinéma de Fontainebleau, disait déjà à son père « quand je serai grand, j’aurai ma salle de cinéma » aura bien réalisé ses rêves et au-delà de tous ses espoirs.

Aujourd’hui, ce qu’il y a de fort malgré son âge, c’est que notre battant n’a pas changé et continue d’ y croire bec et ongles : « j’en ai vu d’autres en 70 ans de métier, malgré les épidémies et les crises, même pendant la guerre, on n’a jamais fermé de salles. En 1945, quand les chars américains ont remplacé les chars allemands, les cinémas tournaient et les spectateurs étaient au rendez-vous. Aujourd’hui, il y a une peur collective inédite alimentée par les médias », déclare-t il à Boxoffice Pro avant de conclure plus allant que jamais : « j’espère que le deuxième semestre sera fracassant ! »

On ne se refait pas, et on le croit sur paroles, et si l’enthousiasme ou la passion n’étaient pas devenues la première qualité de tout entrepreneur. Une qualité qu’il faut chérir à tout prix et qui ne s’apprend pas, rassurez-vous, dans les écoles de commerce. Alors cultivez- la au maximum de votre côté, ce qui n’empêche pas d’être réaliste, ce n’est pas incompatible, c’est ce qui ressort de tous ces succès story que nous essayons de diffuser au sein des pages du magazine Entreprendre depuis 1984…

Et Lemoine, en matière d’enthousiasme, d’en rajouter une couche : « Vous savez le jour où je me suis lancé après guerre dans le cinéma, on m’a dit que le secteur allait connaître la crise à cause de l’arrivée prochaine de la télévision (rires). Alors, vous savez, j’en ai vu d’autres. Rien ne remplace une séance au cinéma : le rire ou la peur sont communicatifs dans une salle, c’est incomparable ! » On a la foi ou on ne l’a pas !

Son groupe Megarama (180 cinémas dans l’Hexagone, dont 73 comme propriétaire des murs, et 6,08 millions d’entrées), qui a obtenu un PGE de 4 millions d’euros, multiplie les investissements. Rachat de deux multiplexes à Saint-Etienne et Dijon, lancement d’un vaste centre de 7 salles à Givors ( Rhône) et injection de 10 millions d’euros dans un cinéma de 12 salles à Montluçon (Allier) .

Qu’est-ce qui fait courir l’entrepreneur de Bray-sur-Seine (Seine-et-Marne) ? La passion, à n’en pas douter. Toujours aussi persuadé de l’attractivité du 7ème art, il ne croit pas du tout par exemple a l’essor du drive, qui ne renvoie pas du tout les mêmes émotions.

Un parcours d’exception assez singulier au moment où tant sont saisis par le doute ou l’attentisme. L’exemple de Jean-Pierre Lemoine témoigne qu’on a toujours intérêt à avancer et agir quels que soient les conjonctures. Ne pas avoir les deux pieds dans le même sabot, comme on dit !

Robert Lafont

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

13 − huit =