Ancienne directrice de la RSE du Groupe Galeries Lafayette, aujourd’hui consultante et directrice de la publication du site « Raisons d’être », Marie-Hélène Plainfossé revient sur les complexités de la RSE à la lumière du nouveau baromètre 360Impact qui récompense cette année Schneider Electric, Hewlett-Packard et LVMH.

Entreprendre : La notion de « raison d’être » des entreprises s’est institutionnalisée. Par le rapport de Jean-Dominique Senard et de Nicole Notat de mars 2018 d’abord. Puis par la loi Pacte du 22 mai 2019, qui lui donne une réalité juridique, ensuite. Cette évolution législative peut-elle engager les entreprises à ne pas faire de la raison d’être une simple formule, mais plutôt un projet stratégique structurant leur évolution ? 

Marie-Hélène Plainfossé :Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, il faut bien entendu être vigilant quant à l’authenticité de la démarche mais je suis plus confiante sur leur engagement réel, sans trop de langue de bois. Le changement climatique et le déclin de la biodiversité sont des faits incontestables qui affectent les entreprises. Comme je l’ai écrit en citant l’écologiste américain David Brower « there is no business to be done on a dead planet”, il devient vital pour les sociétés, pour durer, de préserver l’environnement et d’œuvrer pour que notre planète reste un lieu accueillant et nourricier pour l’humanité. Ensuite, les Etats et les organisations internationales feront peser des contraintes de plus en plus lourdes sur les acteurs qui voudraient s’affranchir de leurs obligations en la matière. Même si on peut regretter la lenteur des règlementations et des coopérations transnationales sur les sujets RSE, à l’image de la déception suite aux résultats de la COP 26, un mouvement à la fois local et global s’est mis en place depuis plus de 30 ans et porte des fruits. Enfin, on peut compter aujourd’hui sur les citoyens et les opinions publiques pour dénoncer les pratiques contraires aux engagements affichés. Les salariés et les clients privilégient déjà les entreprises qui sont plus en accord avec leurs valeurs. Ils se détourneront des acteurs les moins vertueux sur un plan environnemental au sens large.

Entreprendre : La crainte d’une instrumentalisation de la politique RSE est réelle, sur fond de greenwashing. Avec le baromètre « Impact 360 », dont le nouveau média que vous dirigez, Raisons d’Être, est à l’origine, pensez-vous être capable d’identifier des indicateurs de mesure pertinents pour éviter que les thématiques RSE soient détournées à des fins marketing ?

Marie-Hélène Plainfossé : L’ambition de Raisons d’Être est justement de regarder, avec une vision 360, toutes les dimensions de la politique RSE des entreprises étudiées. Il peut être tentant pour tel ou tel groupe de mettre en lumière ses bonnes pratiques dans un domaine tout en dissimulant d’éventuels impacts beaucoup moins glorieux de ses activités. Le baromètre a justement été construit pour prendre en compte l’ensemble des grands objectifs, au sens du Global Compact

Entreprendre : Il est parfois difficile d’imaginer qu’un groupe comme le géant du luxe LVMH, troisième au classement de votre baromètre, puisse incarner un modèle durable. Comment une telle entreprise, dont les produits sont vendus dans la plupart des pays du monde, peut réellement espérer relever le défi d’un développement croissant et durable ?

Marie-Hélène Plainfossé : Je ne suis pas une spécialiste du groupe LVMH mais son positionnement dans le baromètre est le fruit d’une recherche minutieuse et approfondie sur de multiples critères. Le groupe, dont les nombreuses marques sont autant d’ambassadeurs de la France dans le monde, est précurseur et possède une direction de l’Environnement depuis 1992, créée au lendemain du Sommet de Rio. En outre, avoir un bon classement dans notre baromètre n’est pas un certificat de perfection. L’idéal sera atteint quand nous saurons, comme cela était quasiment le cas avant l’ère industrielle, recycler tous les déchets que nous produisons sans émettre plus de gaz à effet de serre que ce que notre planète peut absorber. Nous avons donc tous, à la fois individuellement et collectivement, beaucoup de progrès à accomplir.

Entreprendre : On pense souvent que la politique RSE est réservée aux grandes entreprises ou à certaines PME florissantes. Pensez-vous que chaque entreprise puisse, à son échelle, déployer une politique RSE ? Quels conseils donneriez-vous aux dirigeants de petites et moyennes entreprises, qui seraient sincèrement tentés par la mise en place d’une politique RSE dans leur organisation ?

Marie-Hélène Plainfossé : Depuis toujours, des organisations de toute taille et dans des secteurs d’activité très variés s’efforcent d’allier développement économique et développement durable dans leur réflexion stratégique puis dans son déploiement opérationnel. Je pense à quelques exemples qui illustrent cette diversité : François Despagne, le propriétaire du Grand Cru de St Emilion Grand Corbin Despagne, qui a décidé de passer l’ensemble de ses vignobles en bio dès la fin des années 1990 ; le cabinet de conseil en stratégie opérationnelle TENZING, crée en 2016 et composée d’une quarantaine de consultants, qui s’est d’emblée donné comme finalité d’œuvrer pour l’égalité des chances tout en étant B Corp dès sa création. Je pense aussi à beaucoup d’entreprises labélisées EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) avec des démarches remarquables comme les jouets en bois VILAC. Pour rassurer de petites structures qui pourraient se dire que la RSE n’est pas pour elles, on peut leur dire qu’une démarche plus systématique peut les aider à plusieurs titres : d’abord à faire des économies par une revue approfondie de toutes leurs consommations (énergie, eau, matières diverses) et en valorisant leurs déchets. Ensuite en allant plus loin grâce à une démarche d’écoconception ou à une réorganisation de leur production. Faire appel à des consultants onéreux n’est pas du tout une condition sine qua non pour concevoir et mettre en œuvre, à l’échelle d’une petite entreprise, une démarche de développement durable.

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