Le culot et la simplicité ! Le jour où Paul Morlet, BEP d’électricien et employé à la SNCF depuis 2 ans, eut l’audace de contacter, à l’âge de 21 ans, son idole, un certain Xavier Niel pour financer son premier magasin « Lunettes pour tous », il y a été un peu au flanc lorsqu’il le rencontre au débotté, en 2014, dans les allées du Salon des Entrepreneurs.

Ses premières montures créatives branchées et vendues sur Twitter n’avaient pas été jusque-là un franc succès. Le futur ex-cheminot ne s’est pas démonté. Son concept original de commercialiser des lunettes à 10 euros et livrables en 10 minutes sembla suffisamment disruptif pour pouvoir convaincre le fondateur de Free de financer sa première boutique en plein centre de Paris.

Comme il le rappelle aujourd’hui : « On a tous à un moment une idée dans le coin de sa tête. Sauf que moi, je l’ai fait ! » Depuis, le petit gars de la création d’entreprise, un fan au passage de notre magazine Entreprendre (il nous avait contacté à l’époque pour un premier coup de pouce) a fait son chemin depuis. Il est passé en 2021 à 29 magasins, 390 salariés et 22 millions d’euros de chiffre d’affaires. Un véritable chemin de croix, mais ce qui est fabuleux avec lui, c’est que maintenant, cela ne lui suffit pas : il veut devenir aussi industriel.

Ne supportant plus l’idée d’importer ses montures de Chine, Morlet veut désormais ouvrir sa propre usine de 60 salariés en France pour y relocaliser au moins 40 % de ses ventes. Selon lui, « ce n’est pas tellement plus cher, cela fait baisser notablement les frais de transports et aussi les coûts d’immobilisation et de stockage ».

Selon les indiscrétions d’Entreprendre, ce pourrait même se faire dans les Ardennes à Revin dans les locaux de l’usine destinée jusque-là aux Cycles Mercier (avant qu’on ne s’aperçoive que le montage financier ne tenait pas la route). « Lunette pour tous » pourrait même y embaucher à terme 60 personnes, même si rien n’est encore officiellement acté.

Une aubaine pour la région des Ardennes, véritable centre industriel des années 60, et qui ne se remet pas du départ récent de l’usine de chaussures Bata et qui ne peut se reposer sur la seule « Fonderie des Ardennes » ou sur le « succès story » du leader européen du chauffage au bois, le groupe Invicta-Deville.

L’initiative de Paul Morlet devrait donner des idées aux chaînes d’optique leaders du marché, les Optical Center ou Alain Afflelou. Qu’attendent-ils eux aussi pour devenir industriels et se fournir dans l’Hexagone ? C’est ce que les consommateurs désormais attendent. Plus globalement, l’initiative de « Lunettes pour tous » devrait aussi inciter nos rois du -commerce à investir la production. La plus grande usine d’Europe de lunettes, celle d’Essilor Luxoticca-Ray-Ban, n’est-elle pas toujours située en Italie ?

Chez nous, si le jurassien Lamy a été récemment repris, qu’attend ainsi Boris Saragaglia, le fondateur grenoblois de Spartoo, pour lancer sa propre usine de fabrication de chaussures ? Après tout, Grenoble n’est pas loin de Saint- Jean-de-Moirans (Isère), siège de la fameuse usine Paraboot qui, me dit-on, a du mal à recruter et à faire face a la demande. C’est un autre sujet… Relocalisation, on vous a dit et surtout volontarisme, comme le dit Morlet : « Malgré les incertitudes, il faut y aller. Si vous n’y allez pas, un autre le fera avant vous et ce sera fini. » À inscrire au fronton de toutes les écoles de commerce et même, soyons fou, des facultés.

Robert LAFONT

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