The road in disrepair with a lot of potholes. Cars go with the risk of breakdowns.

Par Emmanuel JAFFELIN, Philosophe, écrivain, auteur d’une Archéologie du Rond-Point (Amazon)

Tribune. Il va de soi lect-rice/eur que ce que tu vas lire coule comme l’eau sous le pont et exprime ce que tu vis et vois en marchant sur les trottoirs ou en roulant « dans » les rues et « sur » les routes. Le sol goudronné de la France se dégrade. Il est très loin du caractère lisse qu’il avait dans les années 70 ou qu’il doit avoir dans les circuits réservés aux voitures sportives ou aux motos ou, plus simplement , dans d’autres pays !

Notre pays n’est plus celui de la com-pétition, mais il mérite de devenir, comme l’ont réinstauré les Gilets jaunes, un pays de la pétition et des Cahiers de Doléance.

Commençons par le territoire des piétons : le trottoir. En marchant, je remarque depuis déjà des mois, le caractère non lisse et donc plein de reliefs et de trous contre lesquels le pied se bute ou plonge en entraînant une chute. Ce constat me rendait si attentif au relief du sol d’une ville de la banlieue parisienne, qu’il y a une semaine, je proposais mon aide, à un aveugle dont je voyais le bâton impuissant à repérer tous les reliefs et tous les trous. En marchant, il me dit qu’il avait constaté depuis des années la dégradation des sols et pensait que les aveugles ne devaient pas être les seuls à en pâtir. Je lui répondis qu’en effet, observant les personnes âgées marcher avec leur canne, je constatais leur prudence et leur lenteur augmenter.

Quant aux routes, elles sont pleines de trous et de comblements de trous, les creux et les reliefs faisant de ces rues et routes des chemins peu agréables en vélo et en moto, mais moins repérables en 4 roues et plus (voiture, camions et bus). Au fond, ces routes sont plus faites pour les tracteurs et les chevaux que pour les véhicules à moteur, chose que les ministres qui se déplacent en voiture avec chauffeur ni ne voient ni ne sentent. Et leur aveuglement augmente lorsqu’ils prennent l’avion. Comme quoi, le cul sur un vélo perçoit mieux la réalité  des routes qu’un supposé QI dans son sinistre fauteuil de Ministre.

Le plus comique, ou plutôt, en me référant à Socrate, le plus ironique, tient au fait que les routes françaises sont encombrées de dos d’ânes et d’autres ralentisseurs qui ne font qu’ajouter au ralentissement spontané des conducteurs un ralentissement forcé et légalisé, prouvant, sans que les politiques en ait conscience, que ce qui est ex-cessif est in-signifiant.

Penser dans cette tribune aux ralentisseurs sur les routes et aux reliefs problématiques des trottoirs  est une invitation adressée aux hommes politiques d’accélérer leur pensée en commençant par d’abord refaire les trottoirs par respect des piétons d’un pays vieillissant, pour, ensuite, faire des routes un lieu compatible avec la modernité  des véhicules qui ont des freins plus sophistiqués que l’ idéologie actuelle de la sécurité ! La démarche officielle qui pose les ralentisseurs feint de ne pas voir que la piètre qualité des routes multiplie les motifs invitant les conducteurs à ralentir et que les politiques deviennent les (dos d’) ânes de la démocratie ! Mais au fond, lect-rice/eur, c’est notre société qui ralentit : de même que les personnes âgées ralentissent avant leurs décès, l’Etat français annonce sa mort par son ralentissement politique qui se manifeste par le mauvais état des routes

Si je mets dans le titre de cette tribune, une majuscule à la lettre E du mot Etat, c’est moins pour désigner l’actuelle structure des routes de France que pour mettre en Evidence la cause de cette mauvaise structure, à savoir l’Etat lui-même ; ce qui signifie que la route est un des nombreux symptômes d’un Etat qui s’arrête, qui ne circule plus, tellement il est bouché, ce qui illustre la décadence de ce pays qu’est (qu’était ?) la France. No way ?

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