Désormais acteurs incontournables de la société civile, les ONG peuvent se targuer de capacités d’influence immenses. Un rôle démocratique salutaire, permettant d’exercer un contrôle citoyen sur les activités des entreprises et gouvernants politiques, qui se heurte cependant à de nombreux abus. Rapports d’enquête bâclés, suspicions de fausses informations ou encore allégations de manque d’indépendance et de méthodes partisanes viennent entacher le bilan de certaines ONG.

Affinités politiques et conflits d’intérêts : des ONG pas si vertueuses ?

Le 1er mai 2018 éclate ce qui sera l’un des plus grands scandales du quinquennat d’Emmanuel Macron. En plein cœur de Paris, un homme alors inconnu s’engage, brassard « police » au bras, dans l’interpellation musclée d’une jeune manifestante. Quelques jours plus tard, cet anonyme devient Alexandre Benalla, chargé de mission à l’Élysée et fidèle du Président Macron, marquant la naissance d’une affaire aux ramifications complexes.

Sur les réseaux sociaux, les internautes se déchaînent et les doutes s’installent. Les Russes auraient-ils volontairement gonflé le bad buzz en ligne pour affaiblir la majorité présidentielle ? Très vite, « Disinfolab », une ONG basée à Bruxelles chargée de lutter contre les propagations de fausses informations dans l’espace numérique, confirme l’hypothèse d’une influence russe sous-jacente. Faux profils, bots ou fermes à trolls directement gérées par une officine du FSB : les lieux communs de la guerre digitale ont tous, à un moment, été évoqués. Jusqu’au plus haut niveau gouvernemental. Mais la méthodologie de « l’étude », fondée sur l’extraction de dizaines de milliers de profils Twitter, fait scandale.

Ses conclusions, quant à elles, sont rapidement rejetées par d’autres enquêtes. Certes, un hyperactivisme militant, polarisé autour des bases sympathisantes du Rassemblement National et de la France Insoumise, a déchaîné la toile. Mais le Kremlin y a été parfaitement étranger. Terrible désaveu pour l’ONG, obligée de se rétracter. Certains, comme le blogueur Oliver Berruyer, ont d’ailleurs souligné que son fondateur, Nicolas Vanderbiest, avait par le passé publiquement témoigné son hostilité à François Fillon, principal opposant à Emmanuel Macron, alors qu’il ne cachait pas son soutien au candidat « En Marche ». Derrière le paravent de l’ONG nécessairement vertueuse et dévouée à la vérité, Disinfolab aurait ainsi tenté d’imposer une grille de lecture imputant faussement aux Russes la paternité d’attaques visant Emmanuel Macron.

Le fondement de la notoriété des ONG est leur supposée indépendance de toute forme d’intérêts financiers. Une réalité qui, pourtant, n’est plus si évidente. Greenpeace, par exemple, mène une guerre acharnée contre le nucléaire civil. Tout en faisant une promotion bruyante de l’éolien, qui n’est pourtant pas exempt de critiques. Là où le bât blesse, c’est que Greenpeace est aussi actionnaire de la coopérative Greenpeace Energy qui, en Allemagne, propose à ses clients des « offres vertes » largement tournées vers le renouvelable. Dans une très moindre mesure, Greenpeace est aussi sociétaire d’Enercoop en France, une société la encore spécialisée dans les énergies renouvelables que Greenpeace a d’ailleurs saluée comme étant le « meilleur » producteur d’électricité verte. Un positionnement et un curieux mélange des genres qui, sur les réseaux sociaux, irritent une partie de la communauté scientifique spécialisée dans l’énergie, qui considère que l’hostilité de l’ONG envers le nucléaire est non seulement scientifiquement injustifiée, mais aussi non dénuée d’intérêts financiers troubles.

Corruptions et faux témoignages : des accusations gravissimes encore rarement confirmées

Souvent prostrées face aux attaques des ONG, les entreprises visées semblent désormais chercher à rendre coups pour coups et à dénoncer les supposées failles des accusations. Car, parfois, de lourdes suspicions fragilisent les attaques des ONG. Rapports bidonnés, faux témoignages, voire corruption des personnes interrogées viendraient nourrir des dossiers à charge. Dans le cadre de la construction du controversé pipeline de Standing Rock aux USA, les ONG auraient ainsi construit de « faux témoignages » auprès des tribus sioux concernées par le projet.

Des insinuations aussi portées contre les membres des ONG ayant attaqué l’homme d’affaires Dan Gertler, accusé d’avoir tenté de contourner les sanctions américaines en République Démocratique du Congo, où il est actif dans l’exploitation minière. L’ONG a d’ailleurs publié un rapport à charge, affirmant pourtant, à sa huitième page, que « Global Witness et PPLAAF ne peuvent pas prouver de façon irréfutable que Gertler a bien établi ce réseau complexe pour échapper aux sanctions américaines depuis 2017 ». Selon les avocats de Dan Gertler, les faux témoignages, voire les tentatives de corruption contre certains acteurs du dossier, auraient été au cœur de la stratégie de Global Witness et de la PLLAAF.

Selon Jeune Afrique, « une enquête de Global Witness est notamment accusée d’avoir proposé de l’argent à des agents de la banque contre documents et des témoignages ». L’article souligne aussi les suspicions de la défense de Dan Gertler quant à « un journaliste du quotidien israélien Haaretz, avec lequel Global Witness et PLLAAF ont collaboré », accusé « d’avoir dicté de faux témoignages à un interlocuteur lié à Dan Gertler ». Des accusations évidemment démenties par l’ONG, mais qui font échos à des abus méthodologiques passés, mis en œuvre par des ONG bien connues.

Fraudes scientifiques, faux rapports : les méthodologies d’enquête remises en cause

Greenpeace a, ainsi, plusieurs fois été accusée de fraude scientifique. Dans les années 1990, l’ONG a ainsi prétendu que certains moutons de Patagonie, ainsi que leurs bergers, tendaient à perdre la vue en raison du trou de la couche d’ozone. Une affirmation démontée par un reporter qui, en 1992, démontra que seul un ranch était touché, du fait d’une maladie parasitaire.

L’ONG Oxfam, qui lutte pour un meilleur partage des richesses, a elle aussi fait les frais de ses affirmations un peu trop hâtives. Son argument phare, répété à l’envi dans les médias et affirmant que 26 milliardaires détiendraient autant que la moitié de l’humanité, serait ainsi infondé, selon de nombreux experts. « Le rapport d’Oxfam semble déformer la réalité à tel point que l’on peut se demander s’il n’est pas une entreprise délibérée de falsification des faits dans le but d’intensifier la perception des inégalités » suggère Pierre Lépinoy, ingénieur économiste, membre du bureau d’Eurodéfense-France. En réalité, en fonction des indicateurs pris, la réalité est bien plus complexe que les chiffres avancés par l’ONG, Thomas Piketty lui-même jugeant nécessaire de considérer des données plus pertinentes. Alors, réelle étude scientifique ou argument communication, les chiffres d’Oxfam sont loin de faire l’unanimité dans la communauté scientifique.

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