La violence est elle devenue un langage?

Tribune. La prolifération d’actes brutaux dans la cité pose la question : pourquoi ces gens font-ils cela? Ont-ils des revendications à satisfaire, une réprobation à manifester, une critique enfin à formuler auprès de qui mène la barque? En admettant que « le char de l’Etat » (comme on dit) soit tiré à hue plutôt qu’à dia, et qu’il puisse y avoir à redire sur la façon dont nous sommes dirigés, cela justifie-t-il les saccages et les agressions publiques comme secrètes qui se multiplient sous nos yeux ébaubis? Précisons cependant à l’attention du lecteur pointilleux que si ébaubis qu’ils soient, nos yeux ne s’alarment évidemment que des violences publiques, les autres n’étant portées à la connaissance tardive de l’opinion que par le jeu très à la mode des dénonciations et des ragots. Mais ça en fait du raffut ces ragots. Quel ragoût!

Cependant, le char en question n’étant certes pas une carriole, ceux qui s’adonnent à la fureur ne semblent pas vouloir manifester quant au fond une volonté d’inflexion de la politique menée, mais surtout un abandon de toute politique délibérée. Ce nihilisme s’en prend, nous le constatons, aussi bien aux valeurs qu’à la culture et à la langue. Ce qui est à l’oeuvre c’est la substitution de la violence comme langage à toute autre forme d’expression articulée. A l’encontre de ce que professent les docteurs de vertu de la gauche et de la gauche extrême, les actions agressives et même souvent barbares qui sont menées ne proviennent que peu d’un sentiment d’insatisfaction sociale, et ne visent en rien l’obtention d’un avantage déterminé ou la satisfaction d’une revendication légitime.

Elles sont motivées à l’essentiel par le déclassement et l’esseulement qui en résulte. On a par légèreté privé toute une population de son histoire et de ses fiertés.

Comment s’étonner qu’elle s’en prenne à ses maîtres négligents pour ne pas dire indélicats. Après Colbert le restaurateur des finances publiques du Royaume, Napoléon le rétablisseur de L’Etat et de l’Ordre, Voltaire le penseur et maître de la langue, Baudelaire le poète, vient le tour de De Gaulle sauveur du pays.  Avec ces plates excuses prononcées à la bonne franquette par qui de droit en Polynésie (française pour combien de temps?) on touche le fond. C’est oublier étourdiment que l’effort nucléaire de la France fut l’instrument de sa résurrection comme nation! Marat a dit : « Malheur à qui s’accuse soi-même ». On a troqué l’épitre contre la jérémiade. La question se pose enfin : y -a-t-il un comble à la médiocrité et à l’incompétence?

Priver un peuple de sa mémoire, gommer avec méticulosité les aspérités et les reliefs de son orgueil national, ôter en somme les individus qui le composent de l’ensemble auquel ils appartenaient, c’est les chasser de leur maison natale. C’est dire à tout ces gens, jadis citoyens d’une grande nation ou sujets d’un grand monarque dont les splendeurs rejaillissaient sur eux : vous n’êtes plus rien, et sans attendre le jugement dernier, poussières, vous êtes redevenus poussières, alors disparaissez !

Chassés, battus, humiliés, méprisés, que peuvent donc faire ces Jacques? Les impénitents bavards qui nous gouvernent devraient lire l’histoire plutôt qu’oublier de l’enseigner. L’ancêtre de nos Jacques se nomme Jacques bonhomme. En 1358 il mit le feu au Château et déclencha une révolte qui préfigura celle des gilets-jaunes et fut nommée Jacquerie  par référence à son action, dans la région de Meaux avant de gagner la France toute entière. Le roi était Jean II le Bon. Il fut fait prisonnier par les Anglais et accumula des catastrophes tout au long de son règne, ce qui permis à Maurice Druon, auteur bien connu d’une suite d’ouvrages historiques intitulée Les Rois maudits, de lui consacrer un livre titré: Quand un roi perd la France.

La période relatée n’est pas sans rappeler celle que nous vivons. Une guerre commencée vingt ans auparavant et qui durera plus de cent ans livre le pays à des envahisseurs étrangers, en l’occurrence les anglais. Au moins était-on à l’époque en famille car les Plantagenêts étaient les cousins des Valois et tout le monde parlait français. L’ignorance de l’histoire nous amène hélas à la revivre. Remémorons la scène du début de la délivrance le  25 février 1429 à Chinon. Une humble jeune-fille demande à voir le roi: « Sire je suis mandée par Jésus roi du ciel pour libérer le royaume … ».

Souvenirs, souvenirs.

Jean-François Marchi

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