Si le Champagne reste la référence, il entraîne dans son sillage des mousseux d’excellent rapport qualité-prix. Moins prestigieux, moins onéreux, ces vins à bulles prennent une place de plus en plus importante dans les rayons de la grande distribution.

Pétillants, effervescents, les vins à bulles progressent à la vitesse grand V. Crémants, Blanquettes, et leurs cousins étrangers tels que le Cava espagnol, le Sekt allemand ou le Prosecco italien se vendent comme des petits pains. L’expression « vin effervescent » regroupe à la fois les vins mousseux et les vins gazéifiés, traités selon les techniques en place de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV).

Les Français se portent bien

Parmi les Français, certains disposent d’une AOP. Le trio de tête est constitué par le Crémant d’Alsace, le Crémant de Bourgogne, la Clairette de Die. Viennent ensuite le Saumur, le Crémant de Loire, le Vouvray, le Crémant de Bordeaux, le Touraine, la Blanquette de Limoux, le Crémant de Limoux, le Crémant du Jura, le Montlouis, et le Bugey Cerdon.

En France, le chiffre d’affaires des vins effervescents enregistre des taux de croissance à deux chiffres depuis une dizaine d’années. Avec une progression de plus de 28% des ventes et plus de 10% en volume, des taux bien plus élevés que le rayon des vins dits « tranquilles », ce secteur fait l’objet de toutes les attentions. Les bulles rosées sont également parties prenantes du phénomène, devenant un segment favori des consommateurs. Au niveau mondial, tant pis pour le cocorico, c’est l’Italie qui est en tête des ventes, suivie de la France, de l’Allemagne et l’Espagne. Les citoyens les plus assoiffés au monde sont les Allemands, suivis des Français, des Russes, des Américains et des Italiens.

Dynamisme des Italiens et Espagnols

Les bulles italiennes et espagnoles sont en plein essor, provoquant de facto une vive concurrence pour certains effervescents français, particulièrement le Champagne et les AOP qui ne bénéficient pas ou peu de la progression des volumes, même s’ils parviennent à se maintenir en chiffre d’affaires. Ils pèsent encore plus de 45% du marché français en valeur. Pourtant les usages se modifient. Aujourd’hui, les jeunes notamment ne consomment plus ces bulles nature ou en kir, mais dans des cocktails remplis de glaçons et d’ingrédients divers.

Dr Oetker, le leader trouble-fête

La marque est surtout connue en France pour ses publicités de plats surgelés. Mais ce groupe allemand est aussi propriétaire du groupe Henkell & Co., ne pas confondre avec Henkel, spécialiste des produits d’entretien. Le Henkell avec deux « l » est spécialiste des vins et spiritueux, mais il est aussi et surtout le grand leader en termes de vins pétillants au niveau mondial et produit du Sekt, du Cava, du Prosecco, du Crémant (maison de crémants de Loire et de Saumur Gratien & Meyer), et même du Champagne (Alfred Gratien).

Depuis moins d’un an, Dr Oetker a doublé de taille en prenant 50,67% des parts de la société Freixenet. Cette marque de cava est devenue populaire sur le marché français depuis qu’elle est commercialisée par sa filiale française, la maison de négoce bordelaise Yvon Mau. Le Cava, produit presque exclusivement en Catalogne, a misé dès le début de son aventure sur un excellent rapport qualité/prix. Freixenet apporte également dans sa dot la maison de champagne Abelé.

Spritz : gros lot pour le Prosecco

Ce nouveau cocktail est devenu un véritable cas d’école. Il y a quelques années encore, on aurait regardé d’un œil suspicieux cette boisson à la couleur a priori peu engageante d’un bel orange presque fluo. Le groupe italien Campari, propriétaire de la marque Apérol depuis son rachat en 2003, s’est en tous les cas frotté les mains de son coup de maître. Lorsque la décision est prise de relancer l’Apérol, Campari met en place sa stratégie : formation de barmen, organisation d’événements pour les clients, référencement en grandes surfaces.

Une fois ce nouvel indispensable de l’apéritif bien installé pendant la saison estivale, d’autres opérations de relations publiques faites en hiver permettent de désaisonnaliser la consommation, pour transformer le Spritz en cocktail classique, au même titre que le Mojito ou la Caïpirinha. Une excellente affaire pour le Prosecco italien, ingrédient indispensable de la recette de cette boisson devenue le dixième cocktail le plus vendu au monde. Les ventes de ce vin ont augmenté rien qu’en 2018 de 6%. 75% de la production (640 millions de bouteilles) est destinée à l’exportation.

Optimisme au programme

Les ventes de bulles devraient poursuivre sur leur lancée, car ces vins pétillants disposent d’un territoire large à conquérir. Le niveau de prix moyen du Champagne se situe entre 21 et 22 euros, ce qui laisse de la place pour des vins effervescents différents, entrée, cœur ou haut de gamme. Encore faut-il que l’offre reste visible pour le client dans un rayon où les marques se multiplient parfois. Le fait est qu’aujourd’hui les grands acteurs des vins effervescents misent pour le futur sur le lancement de produits de qualité supérieure. Autre élément porteur d’espoir : les marchés asiatiques. Le Japon est déjà un excellent client, mais la Chine reste un terrain à développer y compris sur l’entrée de gamme. Thierry Blandinières, le très actif président d’InVivo, premier groupe agricole français, l’a bien compris et veut faire de sa filiale de distribution de vins un leader mondial.

A.F.

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