La France s’infantilise-t-elle ou s’américanise-t-elle ?

Par Emmanuel Jaffelin, philosophe

Tribune. Après deux crimes en série aux Etats-Unis en mai, la France a vécu cette semaine un assassinat « à l’américaine ».

USA first : Mardi 24 mai 2022  à  Uvalde au Texas, un homme de 18 ans est entré dans une école primaire et y a tué 19 enfants et deux adultes, puis a été tué par la police. Et, le samedi 14 mai avait eu lieu à Buffalo (Etat de New York), dans un supermarché, une fusillade raciste ayant fait 10 morts (en majorité des afro-américains) et classant ce crime dans la rubrique « raciste ».

Apparemment, aucun rapport entre ces deux crimes et le meurtre d’une jeune fille de 13 ans retrouvée poignardée hier, mercredi 8 juin 2022, en France (Saône et Loire) !

D’abord, il ne s’agit pas d’un crime en série ; ensuite, le meurtre n’a pas eu lieu avec une arme à feu ! Ces deux points, une fois relevés, force est de croire qu’il est très distinct des crimes américains, mais en réalité, mieux vaut la peine de reconnaître deux autres points: le premier indiquant qu’un enfant(ou un jeune) peut tuer un enfant ; le second montrant que dans ce monde post-moderne le passage à l’acte et l’absence de rétention des pulsions est le fruit d’un laxisme éducatif et d’une société qui ne veut plus punir ses enfants. Bien sûr, l’enfant arrêté, s’il s’avère à l’origine du crime, sera puni, même si un mineur ne peut être condamné à la prison à perpétuité ( au maximum, il peut l’être à une durée de 20 ans). A force de sacraliser les enfants , notre société feint de les aimer, mais risque de banaliser leurs crimes (sans parler du fait qu’ils sont utilisés par les dealers de drogue qui connaissent la mollesse de la justice à leur encontre).

Après avoir interdit le mardi 2 juillet 2019 la gifle et la fessée que pratiquaient les parents envers leurs enfants, la France macronienne est rentrée dans le rang et devenue le 56e pays à interdire ce geste défini comme une violence, mais non compris comme un signe d’amour et un sens de la norme. L’idée de cette loi est de faire entrer le droit à tous les niveaux de l’être humain et de ne pas reconnaître aux parents une autorité physique sur leurs enfants nés d’un acte physique[1]. Reste à espérer que le droit ne permettra pas à la Justice d’accuser les parents d’être co-responsables du crime commis par leur(s) enfant(s). Ce monde, qui préfère le droit (le pénal) à la morale (la punition), nous introduit à l’im-monde.

Souvenons-nous : Qui bene amat, bene castigat ( qui aime bien, châtie bien) ; et : « L’Enfer, c’est l’absence de punition » ( Kenizé de Kotwara).

Moralité : en ne sanctionnant plus physiquement les enfants, la France s’infantilise et s’américanise ; car, même si les Etats-Unis n’ont pas interdit la fessée, ils autorisent le port d’arme aux enfants et ils ont technologiquement développé la relation humaine au virtuel et à l’image, ce qui explique que de nombreux enfants ne fassent plus la distinction entre le virtuel et l’actuel, Platon dirait : entre l’image et le réel[2].

Emmanuel Jaffelin
Auteur de l’Eloge de la Gentillesse (François Bourin, 2010, Pocket), de l’Apologie de la punition (Plon, 2014), Célébrations du Bonheur (Michel Lafon, 2021)


[1]– sauf dans le cas de la procréation assistée

[2]– le réel est le monde des idées chez Platon, idées qui ne sont pas des représentations mentales par lesquelles nous définissons les idées (Descartes inclus) : selon Platon,  les idées sont les êtres constitutifs de la réalité.

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